‹ Hégel: Exposition de sa doctrine, avec une table analytique des matièresChapitre 23 sur 29 · L'ESTHÉTIQUE · texte numérisé non relu

L'ESTHÉTIQUE

SI

L'ËSTBÉTK^UB est la phUosophie de tari.

L'exclusion da beau naturel, qui résulte de cette définition, est loin d'être arbitraire. A la vérité, dans les rapports ordinaires de la vie , on dit bien : une belle couleur, un beau ciel, un beau fleuve, etc. Mais, sans vouloir discuter pour le moment, si le prédicat de beauté convient réellement à de tels objets, nous nous bornerons à affirmer que, la beauté de l'art est placée plus baui que celle de la nature, de toute la distance qui sépare la nature de l'esprit; et cette expression, plus baut, est encore insuffisante, car elle ne désigne qu'une différence quantitative , et la prédominance de l'esprit sur la nature a un caractère absolu. L'esprit est seul la vérité, il renferme tout en lui, le beau est son patrimoine exclusif, et la nature n'est qu'un pâle reflet de cette beauté infinie.

Mais, à peine avons*nous fait le premier pas, en dé* terminant l'objet de nos recberches, que nous venons nous beurter contre des difficultés sans nombre.

1" L'art est-il bien susceptible d'être traité scientifiquement ? N'est il pas ridicule et pédanlesque , de vouloir faire une chose sérieuse, de ce qui, au contraire, est destiné à nous délasser du sérieuiL de la vie?

2° En admettant que l'art puisse avoir un but pratique, et servir en quelque sorte d'intermédiaire entre les sens et la raison, il peut s'associer à l'immoralité, à la frivolité, comme à la sagesse, à la religion; ce n'est qu'un moyen , etdè&4oi1$, il ëcvîent wdiif^e d'une élude sérieuse.

S^" La beauté des ceuvres "d'art se révèle au sens, au sentiment, à l'intuition; elle demande un autre organe que la pensée seiéntifique. Par leur liberté , leur richesse inépuisable, qui rend impossible une synthèse totale, les produits de l'imifination écfaaippent aux formules g^énérales, dans lesqoelies la philosophie voudrait les enchaîner* Le beau de la nature que nous avons écarté, pourrait pent'^ètre à laTlgueur, être ramené à des lois nécessaires , invartables ^ mais l'esprit , Fimaginotion , est le domaine de l'arbitraire et du bon plaisir.

Par toutes ces considérations^ Tari ne «aurait être Tobjêt d'uâe théories scientifique.

Avant d'entrer en matière, nossavons^àrépoiicbre, en quelques motis, à «es objesUons.

Pouf ce qui tient à la'tJKgnité de l'art, il est vrai qu'il peut devem'r un instrument doî|>lafefr, un voHe

briUanI jeté sur quelques objets « etc , iniis» ce qoe n^ns aTOUs à considérer , c'est l'art en luî<*mèfDe» Fart libre dans son but comoie daas ses mojefts. La peasée , elle aussi , peut être rabaissée à un rôle subordooné» e%k^ TîeuTy mais cela ne rempâche pa&d'avoir auasi une exi* stenee propre , de s'élerer à la vérité par ellerméme , d'être à eNe-mème son but.

Ce n'est que^hns sa liberté que Fart est rériiaUe* ment digne de ce nom ; sa dealinaAion la fdu» élevée , c'est de prendre place à cété de la phiiosopiMe et de ,1a religion, et, coume elles, d'amener, sous la forodeqni lut est propre, le divin à TéM de cooscience. C'issidafls les couvres d'art, que les nations nous ont Itfransiiiis leurs conceptions les plus^noUes et les plus întHiies., et ces moBOineiMs sont'tpour nous tm moy«s (qiielquefois Iq seiil)'de «ompreadre la eivilisatHiii' dea 4Dr ciens peuples.

Si nous doBuons à l'art unetat bautc^pofi^.» il fnut bieu se souveatn aussi, qu41 «'exprime >pafi( l'idée soios sa forme le ptas élevée, absolue; €e niest qu'une cer«* taise sphère delà férilè^ 'quirest suseeptiUe^'èMre.ma** nifestéci atoisi ;.{Micir qa'UfefmBsée^puissefecev.oir do»(» l'art son objcetificatiott complète i ilj&ut qnieUe>r#H6 adéquate à ette-aième , d^ns Ja^forme- sepsible m'M^ revêt: c'est Je cas po«ir/la/m}èbel«gie gceoqi^^vpAR opposition à la religion diétientie. Dans t sa; religion > son développement intellectuel, respaitidu'iiiandeiiiia-

derne parait avoir dépassé la limite , en deçà de laquelle Fart est l'expression la plus élevée de Fabsolu ; l'art ne suffit plus pour satisfaire nos besoins les pins intimes; nous ne pouvons plus adorer ses cbefs-d œuvre, et l'impression qu'ils produisent sur nous est d'une na* ture plus calme : les beaux jours de lart g^rec, et l'âge d'or du moyen-Age , sont passés sans retour. A part le plaisir immédiat qu'une œuvre d'art nous fait éprouver, ce qu'elle réveille en nous maintenant , c'est un jugement comparatif entre l'idée que l'artiste voulait ex^ primer, et l'exécution; aussi, le besoin d'une science de l'art, se fait-il plus vivement sentir à notre époque, que dans les temps anciens, où l'art se suffisait à luimême, sans appeler la réflexion.

Pour ce qui est de cette objection spécieuse, que les œuvres d'art se dérobent à la forme scientifique parce qu'elles ont leur origine dans l'imagination qui ne connaît pas de frein, nous pouvons dire d'borset déjà , que l'esprit ayant la faculté de se replier sur lui-même, de penser tout ce qu'il produit , et les couvres d'art étant de nature spirituelle, bien qu'elles revêtent une forme sensible. Fart, est sous ce rapport, bien plus prés de l'esprit que la nature extérieure. En s'occupant des (Buvres d'art, l'esprit ne sort pas de son domaine, il se borne à dégager de son envdoppe matérielle Ja pensée qu'il y a renfermée. Par la même raison, on ne peut pas dire que la liberté de Fart soit un obstado à une

théorie philosophique , car les lois absolues de l'esprit Ye retrouvent au fond de cette yariété infinie de formes.

Si, maintenant y nous supposons que toutes les objections sont écartées, et que Ton accorde la possibilité d'une philosophie de Fart, il reste encore à savoir quelle est la route à suivre pour réaliser cette possibilité, et ici, nous nous trouvons en présence de deux méthodes qui paraissent s'exclure mutuellement, et n'arriver, isolément prises, à aucun vrai résultat.

A. Absolument indispensable à ceux qui veulent acquérir des connaissances techniques, la première de ces méthodes a son point de départ dans l'observation , qui, pour être réellement profitable, devrait embrasser tous les chefs-d'œuvre anciens et modernes. Or, ces chefs-d'œuvre ont été dévorés par le temps, ou $ont dispersés çà et là dans des contrées lointaines; de plus, chaque œuvre d'art appartient à un peuple, à une époque, à des circonstances déterminées, et il de* vient impossible de l'apprécier, sans posséder une immense quantité de connaissances spéciales.

Au sein même de celte méthode que l'on pourrait nommer historique , on trouve des points de vue différei^ls qui donnent Heu à autant de principes, de critérium; il s'agit de savoir quel est celui qui doit être considéré comme essentiel , et alors commencent des discussions interminables.

Baqs ces derniers temps,, le géqja aï^Ài valpirs^rs droits j et OB a (ait justice de ce falras delhéories. Une foule de chefs-d'œuvre appartenant au naoycn-âge w à ^ peiiple^ to^t-à*bit étr^ger^ ( h IHtfffatare indie^no^J^ of^t été admirés cpmnie ils l^ n^itaienl» et la juste fipprépi^M<M^<^ cos mçciaments qni échappaient parleur forme i^n^ barrières é^ns les^uelMpu avait Youlu-parquer t^tes les prodiiclioqs de l'esprit , a pré* paré la reconnaissance d'une espèce particulière 4l^tk: Fart romantiqtê^'

B. L^ ^cqn^le méthode qui est le p61e opposé de la preçAÎère, consisterai^ à connaître le beau en iui-méfi^» dans son essence.

n^est ce^rfain que si lebeau4oit é^tre cpnira dans sa nature ,. pu; ne peut employer 4'Mtrje pvqcé4é» que celui que nous «avons mis en qsagepotir l'idée métaphysique fia {général , c'est-àrdire, la méthode spéculative. Mais, cette étude du beau en soi , dans son idée , court lerisqjoede tomber dans une piétapiiysique abstraite. Tout ep prenant Platon pour gu^de, il fajut avouer, que TabstracMon platonicienne ne satisfiiit plu^ les besoins pjbilçMSopi^ques d|^.nQtre499<}tie ; 44l}8 la phjJosol^lije^e^lVt, ppusdevo^nshien i^rendr^ po^ir point de (l^par^ Iç Gçqcept de b^^, n^j^ fion peufs^ arrêtera cet^e absti^a^tiqp. . ,

P^r ,ipdiqu€|r^ çn peu de m9^ la vrai/^ naturçdu concept philosophique de beauté, nous dirons qull doit

réunir dqm $oq mm les d^ux exlrémes: la généralité métaphysique, et la pavticularHé ^npirique; de telle ^rte^ qA^rjitée.se.déy0loppanten une série de manifestations Dâoes^ires » à travers ces manîAistaikn^ particulières, on aperçoive Vidée générale. Cest celte totalité qui manquait aux deux principes que nous avons successivement examinés.

Mais nous n'avons pas triomphé de toutes les difficultés , car on peut nous dire : Où prenez-vous ce concept de beauté? comment le légitimez-vous? Si vous en faites le début de la science , c est un postulat , une pure hypothèse, dont la philosophie ne saurait s*accommoder.

Pour montrer la nécessité de notre objet , il faudrait prouver qu'il est un résultat déduit scientiflquement de ce qui précède ; or , comme nous voulons traiter spécialement de Testhétique et non de la philosophie , il ne nous reste d'autre parti à prendre , que de procéder lemmatiquemmt , et c'est ce qui arrive toutes les fois qu'on veut considérer à part , un membre du système organique de la science.

Nous ne sommes donc pas en possession du concept flcientiiqèe de beauté, mais bien des notions vulgaires qoetTén a dû boao. Ce sont ces opinkins, <foe nous allons preh(kepo«r poînt de départ afin d'arrrvér par la cntique à des déterminations =pliis élevées.

Ces notions vulgaires peuvent se réduire aux trois suivantes:

l"* L'œuvre d'art n'est pas un produit naturel ; elle est le résultat de ractÎYlté humaine.

2<> Elle est créée essentiellement pour l'homme» et en tant que destinée à affecter sa sensibilité ^ elle renferme plus ou moins d'éléments sensibles.

3° Elle a un but

1. De ceque l'art est un résultat de l'activité humaine, on est arrivé à cette conclusion, qu'en suivant des règles tracées d'avance, chacun pouvait devenir artiste; et cette opinion a donné naissance à de nombreuses théories, qu'il ne s'agissait que de mettre en pratique pour produire des chefs-d'œuvre. Mais en réalité , ces règles qui ont une valeur quand elles ont pour objet la partie mécanique de Fart , deviennent tout-à-fait impuissantes , quand elles veulent s'appliquer à la conception artistique. Dans ce domaine, elles ne sont plus que de vagues généralités , par exemple : « on doit choisir un sujet intéressant. » a 11 faut que le langage de chaque personne soit en rapport avec son âge , son sexe , sa position , etc. , etc. »

Pour échapper à l'insuffisance de ce point de vue, on est tombé dans l'excès contraire. L'œuvré d'art n'a plus été considérée comme le résultat de l'activité humaine en général , mais comme le produit d'un esprit spéciale^ ment doué, qui n'a qu'à s'abandonner à sa nature spécifique , à son génie , sans chercher à se rendre raison

de son ceavre , et surtout , sans s'inquiéter des règles qui ne peuvent avoir sur elle, qu'une influence fâcheuse.

Il 7 a dans celte opinion quelque chose de vrai , mais elle pèche y en ce qu'elle considère la production artistique, comme le résultat exclusif d'un état particulier d'enthousiasmé » dans lequel l'artiste se trouve jeté, soit par un objet qui le frappe, soit par des moyens factices. Les erreurs nombreuses dans lesquelles on est tombé sur ce point , rendent très utile de remarquer , que, si le génie de l'artiste renferme un élément de spontanéité, d'inspiration, cet élément ne peut se passer de la culture de la pensée, d'une instruction solide, de connaissances techniques, qui, dans l'architecture et la sculpture surtout , s'étendent jusqu'à l'adresse méca^ nique. Or, il est évident , que ces connaissances techniques ne peuvent pas être un produit de la spontanéité , mais du travail et de la réfleziob.

Enfin, en tant que produit de l'activité humaine, l'art est encore considéré dans ses rapports avec la nature et placé par le vulgaire dans une sphère suborr donnée ; car, dit-on , la nature et ses productions sont l'œuvre dé la sagesse et de la bonté divines, tandis que l'oeuvre d'art a son origine dans l'intelligence et la main de l'homme. La conséquence de cette opinion , c'est que la sphère d'action de la divinité s'arrêterait à la nature, et que Dieu n'agirait pas dans l'homme , et par l'homme ; cesi là une erreur qu'il faut écarter , si Ton

veat arrirer à ooe idée vraie de l'art. Dieu se tnaaifeste, et dans la natore, et dan$ Tart, tBais, ieâprit infini trouve dans respril hovaia, un nnHiea bieo plus approprié à son essence » que la matière inerte.

Ponr tirer un résultat de ce qui précède , nous avoas à nous demander, en dernier lieu, quel t>e8oin do rhomme Tart est destiné à satisfaire ^ et sur ce point aussi nous nous trouvons en présence des opinions ks plus divergentes; les uns, eonsidérant l'art cooime quelque chose de tout^à-fait frivole, un jeu de Vitasàgînation et du hasard; les autres ^ au contraire, lui donnant une position bien plu& élevée , en te voyant intimement lié à la civilisation générale des peuples, à leur religion, etc.

Le besoin absolu de l*art a ses raeiues an plus profond de la conscience bumaioe. L'homme arrive de deux manières à la conscience de soi-même ; d'abord , théorie quemenit en fesant passer à Tétat de connaissance claire, tout ce qui s^agite vaguement, conEosément, dans rintimité de son être; ensuite, prixtiquemenf ^ en imprimant pour ainsi dire le caidiet de so» esprit à tout ce qui rêntonre, de* manière 'à se recennattre danacei^i n'est pas loi. Cest ainsi que Ihcimme enlève au moDde son hétérogénéité, et qu'il s'objeetffie dans la réalité extérieure.

2. Nous avons considéré Tart comme produit de Tacttvité humaine ; nous avons maintenant à l'envisager

en taoi que destiné à af^ir ftur rhesimey et renCermant à ce tUre plus ou moins d'éléments sensiblesi.

A ce point i» Toe, on a dit qoe l'àri était destiné à BOUS procorer des impressions agréables , et les reciierches esthétiques sont venues se résoudre dans la psychologie. Oh s-est demandé > parexieitij^e, comment nous pouyitms trouver dn plaisir dans la crainte, la pitié , le spectacle d une infortune, etc., etc. Mais ces recherches ne pouvaient mener bien loin , car le sentiment est quelque chose de toat-à^fatt subjectif, une forme qui né nous apprend rien sur son contenu ; d'ailleurs , borné à la sphère dp gentiment , Tart ne préseiHe plus de différenée apéoîGque avec Ibi^toii'e, la religion, etc.

Repousaé'sur ce terrain, on a eu recours à une impression $m:gmeri8 produite pDr le beaji, et à un organe parlicalier : lé ^^ qui sans doute devait être ex^cé, perfectionné , mais qui cependant percevait le beau immédiatement , intuitivement. Nous avons déjà parlé des théories abstraites destinées à former le goût, et tout ce que nous venons de dire du sentiment en général , ^'fi^pllque à ce sens particitlier.

Aussi a-t-en renoncé à prendre le goût pour criéerium exclusif 9 et le cùrniai^s&Ar a pris la place de rhomme de goût : nous avons déjà fait ressortir le ciHé pOsHifde ces connaissances qui op t poqr ob|Qt, le tCQips , le lieu , les circonstances historiques dans lesquelles une œuvre d'art âo trouve placée, l'individualité de

l'artisie» etc. Mais nous répéterons que, bien qae ces connaissances soient essentielles , on peut très bien en rester avec elles à l'appréciation purement externe d'an chef-d'œuvre, sans pénétrer jusqu'à son essence, sa véritable nature.

Après ces observations critiques sur Fart dans son rapport avec la sensibilité , nous allons indiquer, en quelques mots, les points de vue principaux auquelsce rapport peut donner lieu.

La relation dans laquelle l'homme se trouve avec les objets extérieurs est de plusieurs ordres : le degré inférieur est une relation purement sensible ; c'est un appétit, un intérêt tout individuel, qui entraîne l'homme vers des objets qui n'ont aussi pour lui qu'une valeur individuelle, et qu'il sacrifie à ses besoins. Ici , le désir a pour objet, non l'apparence, la superficie des choses, mais les choses elles-mêmes dans leur existence concrète.

Au contraire, ce rapport de l'homme aux objets extérieurs, peut être purement théorique, intellectuel. Ce ne sont point des objets isolés que l'individu désire pour satisfaire un besoin physique, maïs il veut les connaître dans leur généralité , pénétrer jusqu'à leur essence , découvrir les lois qui les régissent.

L'art se distingue de l'appétit , en ce qu'il est pur de tout désir de possession; et de l'intérêt théorique, scientifique, en ce quil ne sépare pas la forme sensible indi-

vîduelle, de lidée qui ranime, tandis que pour la science, le particulier , l'individu , n'est qu'un point de départ pour arriver an général.

Ainsi donc , Fart tient le milieu entre la sensibilité et rintdligence pure; il spiritualise la matière, et matérialise l'esprit.

Cette union intime de la pensée et de la forme sensible que nous avons trouvée dans Tœuvre d*art objective , doit aussi exister subjectivement dans le génie de l'artiste. La conception artistique ne gtt ni dans une habileté mécanique , ni dans la pensée pure, mais bien dans leur pénétration réciproque. Si, dans une œuvre poétique, par exemple, on cherchait d abord prosaïquement les pensées, pour les enfermer ensuite dans des métaphores, des rimes, etc., on ne ferait que de la mauvaise poésie.

3. La troisième question que nous avons à examiner est celle-ci : quel est le but de l'art ?

La première opinion qui se présente , c'est que Vari est VimiUUion de la naiure. A ce point de vue, le triomphe de l'art serait de produire une seconde fois ce qui existe, et l'on pourrait déjà considérer cela comme une peine inutile. De plus , la copie est condamnée à rester au-dessous du modèle, car, les moyens dont Thomme dispose sont limités; nilusion qu'il peut produire est partielle, bornée à un seul sens, par exemple.

Comme le principe d'imitation est tout-à-fait formel,

si OD en fait le bul de Tart , le beau objectif dîspanH; en effet, il ne s'agît pins de savoir ce qu'on doit iniler, mais senlement si c'est bien imité; Cette distînelioii de beau et de laid, qu'on établit entre les hontes, les animaux , les actions, led caractères, s'évaiiooit, et ne laisse subsister que le principe abstrait d'iasîlatioo ; or, ce principe lui-même ne conserve pas la valear aiMolUe qu'on vent lui donner, car, si la peinture et la sculp^ ture représentent des objets naturels, on do moins empruntent leurs tjpesà la naturcf , on sera bien forcé d'avouer , que l'architecture et la poésie , en tant qu'elle n'est pas exclusivement descriptive , ne sont pas de pures imitations.

Le bat de lart, dit^-on encore, c'est de réaliser celte maxime connue :

Nihil humani a me alienum puto ;

C'est-à-dire, d'éveiller toutes les passions, de mettre à nu les derniers replis.dn cCBur humain , de montrer sa noblesse, sa sublimité, et aus^i sa méchanceté et sa bassesse, de faire comprendre tout ce que la joie, le bonheur ont de magique , d'entraînant , tout ce que le vice et le crime ont de repoossbot et de terrible.

Mais, si l'art doit ainsi imprimer dans notre àme et le bon et le mauvais, fortifier en nous lesf sentiments les plus nobles, et développer nos instincts les p^us sensuels et les plus égoïstes, îl est évident que son but est

encore formel, et> aamilieu de tous ces éléments hétérogènes , la raison demande Tonité , on but substantiel. Qn a cru satisfaireàses exigences , en donnant pourmission à Tarty d'adoucir. les mœurs , décompter les passions. Cda est vrai , il s'agit seulement de montrer dans-quel sens.

La passion est d'autant plus /violente , qu'elle s'em-r pare de l'homme tout entier , et l'enlève à la conscience de. lui-même. En. traçant le tableau des passions» Fart objectifia oe qui était concentré dans les profondenrsi de l'âme; il fait du moi et de la passion deux choses distinctes 9 et rend ainsi à l'homme sa liberté. La croyance générale que le meilleur moyen d'alléger son cœur, est d'exprimer son chagrin par des larmes, des plaintes y etc., se fonde sur l'observation d'un phénomèQeanalqgjae..

<( Le< cœur humain doit être puriGé par lart» et le moyen d'arriver à ce résultat, c'est d*in$truire. Ainsi< donc, i'art consiste d!ane part^.dans la mise en jeu ides, sentiments». des émotions». et d'autre part»,dan&i'utimé. qu'on peut retirer de ce spectacle^. dans.le /a6uja doçff.. C'est là. ce q^'ex^rime brièvement levers d'Hosace.:

Eiprodesse Yolont et deleetare ^pe%tx:

Si l'on veut.dirQ.qpe Uostructioii, se trouve renfermée imp.licitemmt dans une œuvre d'art» dans ce sens

qpe la pensée qui l'anime est amenée à l'état de cour

science y il n'y a rien à objecter à cela, et cette instruction sera d'autant plus grande que l'art sera plus élevé. Mais on est dans l'erreur si l'on prétend que la mission de l'art est de développer des nôiaximes atetraites, des réflexions prosaïques, etc. Dans ce cas, la forme sensible ne deyient plus qu'un accessoire , une pure enveloppe, le général et le particulier sont en dehors l'un de l'autre , et nous sommes arrivés à la limite, où Fart cesse d'avoir son but en lui-même, et ou il est rabaissé à n'être plus qu'un moyen de distraction ou d'enseignement.

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