‹ Hégel: Exposition de sa doctrine, avec une table analytique des matièresChapitre 26 sur 29 · La plus pure de toutes les religions naturelles » est · texte numérisé non relu

La plus pure de toutes les religions naturelles » est

celle de Zoroastre et des anciens Perses. L'opposition du

fini et de l'infini est ramenée au simple dualisme de la,

lumière et des té&cbrcs. On aperçoit même dans cette

reli^on du Zend , la transition dii point de yue sensible au point de vue moral, puisque Topposition de la lumière et des ténèbres est aussi caractérisée comme la lutte du bon et du mauvais principe. Dieu n'est plus une matière inerte , c'est un procès spirituel qui doit finir par le triomphe remporté sur Ahrimane » le royaume des ténèbres.

Dans la religion égyptienne, ce dualisme commence même à disparaître. Le mal y la négation , n'est pas quelque chose d'extérieur à Dieu, mais un moment de sa propre nature. Non seulement Tiphon est en lutte avec Oziris , mais il lui fait sentir directement son influence ; Oziris meurt y mais il ressuscite pour régner dans l'empire du suprascnsible. Ainsi donc, ici, Dieu est la force spirituelle qui arrive à son but en triomphant delà négation, du fini , de la nature.

2. Aux religions de la nature, succèdent les religions de TindivtdtMlité spirituelle ^ qui ont pour base les preu^ ves téléologiques de Vexistence de Dieu. L'ordre et l'harmonie que les peuples aperçoivent dans la nature où leur propre destinée devient une hypostase , une personnification du principe divin ; mais cet ordre , cette harmonie, est d'abord bornée à une sphère plus ou moins étroite, et la réalité n'est pas encore adéquate à l'idée de Dieu.

a. Pour le judaïsme ( la religion du sublime) , Dieu est un être spirituel qui seul apparaît comme positif par

rapport aa néant de Thomme et du monde. Mais cel(« généralité abstraite est en même temps bien restreinte, elle a en dehors d'elle la pluralité; le Diea de Moïse n*est pas le. seul Dieu , c'est seulement le vrai Dieu, le Dieu le plus puissant; de plus, son but est parliculier; c'est de donner à un peuple élu par lui , la terre de Chanaan.

La création qui fait de Dieu un être actif, est un progrès par rapport aux émanations des religions de rinde, mais Dieu ne crée pas encore en lui^-méme et sans sortir de lui-même (1); la matière de la création est encore considérée comme en dehors de Dieu, c'est l'action de Dieu sur quelque chose qui n*est pas lui.

h. Au but unique de la religion juive , succèdent les buts divers du polythéisme. Ces buts nombreux soni les forces morales qui gouvernent la vie de l'individu. Ce sont leurs sentiments , leurs affections , leurs rapports sociaux , Tétat , Fart , la science , le courage , etc., que les Grecs ont divinisé et personniGé; et c'est àcause de cette identification du divin et de l'humain, que le polythéisme grec est la religion de la beauté.

c. Dans la religion du sublime , Dieu reste unité , sagesse abstraite; dans la religion de la beauté, au contraire ^ nous avons une aristocratie céleste qui représente des tendances multiples , isolées les unes des

(1) Allusion à la génération da Xôy^i dans 1c christianisme.

autres ; ce que nous rencontrons maintenant > c'est one totalité rdatiye de ces deux éléments où chaque religion se dépouille de ce qu'elle a d'exclusif, mais cela, par la corruption de son principe. La religion du sublime perd sa direction vers Tun , Téternel, le suprasensible, et d'un autre c6téy les dieux de la Grèce sont dépouillés de leur personnalité, et rabaissés au rôle d'instruments rdestinés à étendre la domination romaine (1).

Le caractère commun des religions de rindiyidualitè spirituelle, cest qu'en elles, la nature, séparée de la substance, n'est plus qu'un moyen de manifestation, subordonné au principe spirituel. Dieu est personnel, moral , mais il n'est pas à lui-même sa fin : le but que poursuit la sagesse infinie et encore un but fini. Dans la religion juiTe, ce but est unique, exclusif; il est multiple dans la religion grecque; général, abstrait (2) dans la religion romaine.

(1) Il est à remarquer que Hegel a toujours eu une sorte d'aversion pour les Romains. Il ne laisse jamais passer ToccasioD de montrer sous un jour défavorable , « ce peuple qui n'a été qu'imitateur en religion, en littérature, en philosophie; » el certes, il faut que cette antipathie soit bien forte, puisqu'elle va jusqu'à mettre en question la vérité de la méthode dialectique. En effet, la religion romaine, qui est la synthèse du principe juif et du principe grec, devrait être plus élevée que l'un et l'autre isolément pris j or, ici il n'en est rien, et la religion romaine n'est qu'une espèce de caput mortuum des deux.

(2) La réunion de tous les peuples sous la domination romaine , •ans tenir compte de leur individualité.

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