‹ Hégel: Exposition de sa doctrine, avec une table analytique des matièresChapitre 27 sur 29 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

Après avoir irarersé la série de ses maaifestatioDs particulières, le concept religieux a conscience de luimême» se sait en tant qu'absolu , et devient la vraie religion 4 la religion chrétienne, qui repose sur les preuves orUologiqtÂes de V existence de Dieu.

La religion absolue est évidente, car elle est la conscience de l'objet identique avec Tobjet lui-même;

Elle est vraie et libre, car elle ne relève de rien d'extérieur, ne laisse en dehors d'elle aucun élément du concept religieux absolu , mais les absorbe tous dans l'unité;

Enfin , elle est positive révélée : ceci a besoin de quelques explications.

Par ce mot de révélation, on entend ordinairement : l"" que Dieu lui-même s'est fait connaître aux hommes; 2'* que cette connaissance leur ayant été donnée extérieurement , le christianisme est une religion positive.

Examinons un peu la valeur qu'il faut donner à ce mot.

La religion absolue est positive dans ce sens , que tout ce qui est pour la conscience, affecte une forme objective. Les lois de liberté, de moralité, qui consti-

tuent ressence même de i esprit, nous sont d'abord communiquées par l'enseignement , et il en est de même des lois de l'état; mais ce n'est pas à dire pour cela qu'elles doivent conserver ce mode d'existence externe; en tant qu elles sont rationnelles , nous devons nous les assimiler y en faire notre propre nature.

11 en est de même de la religion chrétienne. Toute sa doctrine est d'abord positive , extérieure , historique , mais elle ne doit pas en rester là , être seulement une affaire d'imagination, de mémoire.

La valeur que l'on donne à la partie positive de la religion (les miracles, l'histoire d'un individu), c'est de prouver la vérité de la doctrine, et de servir ainsi de fondement à la foi. Mais, à part les objections qu'on peut accumuler contre les miracles, les explications naturelles plus ou moins vraisemblables qu'on en peut donner, l'esprit est placé trop au-dessus des faits sensibles, pour qu il puisse se légitimer par eux , et c'est ce dont fait foi l'histoire de la religion. Les magiciens de Pharaon opèrent les mêmes miracles que Moïse, et le Christ lui-même rejette les miracles comme critérium de vérité. Cest à l'esprit seul à rendre témoignage de l'esprit, mais ce témoignage a plusieurs degrés ; il peut être une vague sympathie, une adhésion instinctive, comme* il peut s'appuyer sur des opinions préconçues, des raisonnements, etc. La forme la plus élevée du témoignage de l'esprit, est la forme philosophique, dans laquelle

ridée pore, écartanl toute hypothèse^ fait sortir la vérité de son propre sein ^ et prouve la nécessité de son développement par ce développement lui-même. Mais on ne saurait raisonnablement espérer que tous les hommes possèdent la vérité sous forme philosophique ; il est des deg^rés de culture intellectuelle qui nécessitent la confiance en l'autorité. Les miracles même ne sont pas sans utilité pour les hommes charnels , qui ne se fient qu'au témoignage de leurs sens , et il est intéressant de les voir réduits à ce minimum.

1. En tant qu'il est Fidée absolue se réalisant ellemême ^ Diea est nécessairement trinaire.

!<" Dieu est la substance universelle, Fètre qui ne sort pas de lui-même» la pensée pure qui est Tessence de toutes choses : — le père.

2"" Mais cette pensée, en tant quelle est toute réalité, n'est pas une généralité abstraite; elle se pense ellemême , se double et se développe en une multiplicité dldées : c*est Télernelle naissance du là-foç, — le fils.

3<>De cette différence qu'il a posée dans son sein, Dieu revient éternellement sur lui-même , et comme ESPRIT , il est la personnalité absolue > dans laquelle , malgré la pluralité des personnes , il n'y a cependant qu'une personnalité (1).

(1) Dieu est le syllogisme par excellence, qui se reproduit jusqu'aux dernières limites de la nature et l'esprit fini, c'est le noyau qui impose au cristal sa forme invariable. Les termes de ce syllo-

Par rapport à l'espace, on pourrait distinguer ainsi ces trois moments , qui se passent pour ainsi dire en difTérents lieux : dans le prentrier moment. Dieu est en dehors de Fespace, du monde, du fini (le royaume du Père) ; dans le second, Dieu est la nature et Tesprit fini (le royaume du Fils) ; dans le (roisième, il est Téglise qui, à la fois sur la terre et dans le ciel, jouit dans le monde de toute la plénitude de la grâce divine ( le royaume de TEspril ).

2. Comme Dieu est esprit , il s'oppose sans cesse ce qui n'est pas lui, non-seulement comme monde intelligible, mais comme monde sensible, phénoménal, pour arriver, par une antinomie réelle, à une conciliation réelle avec lui-même : réternellc création (1).

Dans la création ou la distinction des moments en Dieu, gtt la déchéance, \e péché originel La nature en soi n'est pas le mal , mais elle est la possibilité du mal, en tant que Tesprit individuel, ayant conscience de

gisme divin sont : l'identité, la forme du général; la différence^ la forme du particulier; lunilé concrète, la fusion des deux termes i la forme de la personnalité.

(1) On dit que Dieu a créé le monde, et on considère cela comme un fait contingent , qui a eu lieu , mais qui aurait pu aussi ne pas avoir lieu, un acte accompli une fois pour toutes, une détermination qui n'est pas essentielle à l'idée de Dieu. Dieu , en tant qu'esprit, se révèle nécessairement : sans le monde, Dieu ae serait pas Dieu^

Topposition qui existe entre lui et la substance divine, peut persister dans cette opposition , et faire de la nature son but. L'homme seul est capable d'opérer cette scission , comme aussi , de reconquérir Funité avec Dieu; aussi , si la nature est tombée en l'homme , c'est en rhomme qu'elle a été rachetée. Dans rtmaly$e du Fils , rhnagination tient ces deux moments isolés l'un de l'autre; la création et le péché originel , ayant été présentés comme un fait particuUer, la rédemption a été liée également à l'histoire d'un individu qui , divinement engendré, est remonté au ciel, après avoir triomphé du monde terrestre. Comme tous les hommes se sont séparés de Dieu, dans la personne d'un seul, tous aussi ont été rachetés en un seul homme identique avec Dieu. Ce que l'imagination divise ainsi dans le temps, est l'histoire éternelle qui se répète dans chaque individu. Si on donne un passé à l'histoire divine , on lui donne aussi un avenir; comme après la création, la race humaine est déchue, le monde doit un jour disparaître; le jugement dernier fera justice de tout ce qui n'est pas divin , et dans le royaume de l'éternelle béatitude. Dieu sera tout dans tous (1).

(1) Nous avons emprunté presque teituellemenl à M. Michelet, op. cit. , cet eiposé des idées de Hegel sur la rédemption et la divinité du Christ. Dans une note-supplément (B)^ on trouvera réunis tous les passages de Hegel qui nous ont paru propres à en faire ressortir l'exactitude

-• 234^ — 3. L'église prend naissance avec ce qa*on a appelé Veffusim du Saint-Esprit L'objet de la foi est d'abord la manifestation de Dieu dans un être tombant sons les sens, un individu vivant dans un temps et un lieu déterminés. Mais , par cela seul que c'est une manifestation isolée , elle doit s'évanouir , et passer dans le domaine de la mémoire et de Timagination. L'église change la forme sensible en un élément spirituel ; Texterne devient interne, le passé et l'avenir se concentrent dans le présent. Cette conversion (umkerung) delà conscience, qui commence déjà avec la résurrection du Christ, est définitivement accomplie par l'ascension. Lcsprit ne pouvait se répandre que lorsqu'il aurait dépouillé la chair, c'est-à-dire, lorsqu'il aurait cessé d'être quelque chose de sensible, de présent, d'immédiat. Toutes les discussions qui ont pour objet la vérité de la religion chrétienne, peuvent se ramener à ces deux questions : 1° Est-il vrai que Dieu ait un fils, et qu'il l'ait envoyé dans le monde ? 2<' Jésus de Nazareth, le fils du charpentier, a-t-il été le fils de Dieu, le Christ? Ordinairement , on confond ces deux questions , ou on subordonne la solution de la première à la solution de la seconde , tandis que c'est le contraire qui devrait avoir lieu. La rédemption découle nécessairement de la nature de Dieu , et c'est là le point essentiel auquel il faut s'attacher ; pour ce qui regarde le fait historique , externe, bien qu'il serve de point de départ à la foi,

Il est exposé à d'innombrables objections , et devient inutile , quand on s'est élevé jusqu'à Tidée pure.

Né au sein de l'église, l'individu est destiné à participer à la vérité qu'elle possède, et qui se résume dans la doctrine de la rédemption. Cette adoption de Fenfant par l'église , a lieu dans le iocremmt du baptême.

L'homme doit naître deux fois; d'abord, naturellement; ensuite, spirituellement, comme le brahmine. L'esprit n'est pas immédiat, il est ce qu'il se fait lui* même.

Sans doulc , cette régénération n'est pas exempte de douleur ; Thomme doit lutter contre ses passions, son égoïsme, ses instincts ; mais , si la tristesse inflnie qui résulte de la conscience de la scission entre Dieu et l'homme, n'est pas complètement détruite, elle est du moins bien adoucie ; l'individu ne se Irouve plus en présence d'un monde ennemi, n'a plus à recommencer le combat réel d où est sortie l'église.

Dans le sacrement de V eucharistie y l'homme a conscience de son union actuelle avec Dieu , et en vertu de cette union mystique, tous les fidèles en tant qu'ils sont pénétrés du Saint-Esprit, ne forment plus qu'un cœur et qu'une âme. Mais cette union n'est que momentanée , car le caractère distinctif du point de vue religieux est de donner aux phases nécessaires de l'esprit la forme du temps et de l'espace. C'est à la philosophie à opérer par la voie scientifique l'union indissoluble de l'individu et

de la substance divine. Que si l'on s'étayait de ces mots^ pour reprocher à la philosophie de vouloir s'élever orgueilleusement au-dessus de la religion, nous répondrions , dit Hegel, que ce reproche n'est pas fondé. Comme nous l'avons déjà dit , la philosophie a le même objet que la religion ; elle ne se place au-dessus d'elle que sous le rapport de la forme. Ce que la conscience commune sent et imagine, la philosophie le pense; et, loin de repousser l'imagination et le sentiment , elle essaie de montrer la vérité que recèle cette forme religieuse; mais si la réflexion s'éveille, si le doute commence, il faut que la crise s'opère jusqu'au bout, et alors il n'y a de remède que dans la philosophie.

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