L INTRODUCTION
heureusement traités et des vers sortis de plein jet. Des développements prosaïques et traînants encadrent des comparaisons soigneusement cherchées et développées avec art. Des formes surannées alternent avec des tours d'un goût moderne, et qui s'applique à l'être. Toutes les lectures que Vigny a faites depuis quinze ans ont laissé là leur trace ou leur reflet.
Le fond de ce style est classique, ou pseudo-classique. En feuilletant les trois chants d'Héléna, on peut saluer au passage la plupart des « heautés » chères à la poésie de l'époque impériale. Veut-on de la mythologie ? Voici Achille, Diomède, les fils de Léda, « jumeaux radieux des nuits » ; un volcan en éruption « renouvelle le Styx pour les tremhlantes plaines », et, sur le blanc rivage de Lesbos, ce n'est pas le rossignol, mais « Philomèle » qui « gémit ^ ». Des abstractions ou des objets personnifiés? La Douleur, la Mort et la Vengeance sont là, pourvues des majuscules convenables ; la Force et le Génie « couronnent le front » de la Grèce ; « la pudeur tremblante » des compagnes d'Héléna « fuit dans les montagnes » et « la froide fureur » de Mora « frappe en souriant de dédain et d'horreur- ». L'or « marchande la tète » des Grecs ; les flambeaux « retournent aux vaisseaux » ; le sable de la mer « montre son flanc doré » ; « les fers indignés » des chevaux « glissent au sang des morts »,
Et demander au Dieu d'amour et de douleur Des forces pour lutter contre elle et le malheur.
(n, 133-136.) Leurs bras rassasiés, désœuvrés de martyrs. Arrachaient en passant quelques derniers soupirs
^in, 153-154.)