Voir I, 135-186, et les notes
INTUODUCTIOX LV
Ou entendait au fond de l'église en tumulte
Des hurlements, des cris de femmes, et l'insulte,
Et le jjruit de la j^oudre et du fer.
[Héléiia, III, 175-178.)
Et le bois porte au loin des hurlements de femme, L'ongle frappant la terre, et les guerriers meurtris, Et les vases brisés, et l'injure, et les cris.
{U Aveugle, 25A-25Q.)
Et plus loin :
Et le clocher, les murs, les marbres renversés,
Les vitraux en éclats, les lambris dispersés.
Et les portes de fer et les châsses antiques,
Et les lampes, dont l'or surchargeait les portiques.
Tombent : et dans sa chute ardente, leur grand poids
De cette foule écrase et la vie et la voix.
{Héléna, III, 201-206.)
Le quadrupède Hélops fuit ;, l'agile Crantor, Le bras levé, l'atteint; Eurynome l'arrête. D un érable noueux il va fendre sa tête, Lorsque le fils d'Egée, invincible, sanglant, L'aperçoit, à l'autel prend un chêne brûlant, Sur sa croupe indomptée, avec un cri terrible. S'élance, va saisir sa chevelure horrible. L'entraîne, et quand sa bouche, ouverte avec effort, Crie, il y plonge ensemble et la vie et la mort.
{L'Aveugle, 2U-2Ô\:)
On le voit : à l'exemple de Chénier, Vigny s'exerce à rompre la fastidieuse uniformité de la période poétique, à multiplier les césures savantes, à pratiquer le rejet artistique et l'enjambement à effet. Il a pris de lui des leçons de métrique. Ceci est du nouveau. Une autre nouveauté, c'est la recherche de la couleur, sensible dans tout le poème. Ici Vigny a recouru à d'autres sources, et on les devine déjcà.
LVI INTRODUCTION
Depuis Chateaubriand, le pittoresque est devenu un des éléments essentiels du style poétique. Atala a révélé aux écrivains français un art de peindre la nature qui laisse loin derrière lui les descriptions de Rousseau et de Bernardin. L'auteur des Martyrs a repris dans son poème en prose le procédé traditionnel de l'épopée classique et pseudo-classique, la comparaison développée. Il l'a renouvelé, il est vrai, en renouvelant, grâce à ses souvenirs, la matière de ces comparaisons. Les poètes de 1820 brûlent de marcher sur ses traces. Mais n'a pas qui veut les mêmes ressources à sa disposition. 11 faut avoir vécu, voyagé, regardé, enrichi sa mémoire. Tout le monde ne peut, comme le maître, « aller chercher des images » ^ en Amérique ou en Grèce. Faute de mieux, on lui emprunte les siennes. Si les Martyrs ne suffisent pas, les ouvrages d'un autre « pèlerin » sont là, comme un autre réservoir ouvert. On y puise sans vergogne, Vigny tout le premier. Il n'y a pas lieu de s'en étonner. L'auteur de Moïse et (ÏEloa, du Mont des Oliviers et de la Bouteille à la mer est un grand poète par la grâce et la délicatesse du sentiment ou par la profondeur de la pensée, mais c'est un médiocre inventeur d'images. Des grands symboles qui expriment sa conception de l'amour et de la vie, les plus admirés peut-être ne lui appartiennent pas. La Maison chi berger vient en droite ligne des Martyrs -, et la Mort du Loup est sortie d'une stance de Childe Harold ^. A plus forte raison, dans les poèmes de sa jeunesse, s'est-il inspiré de (Chateaubriand et de Byron . J'ai montré ailleurs ce que doivent à