‹ Héléna, poème en trois chants;Chapitre 6 sur 50 · Article cité, p · texte numérisé non relu

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XIV INTRODUCTION

marque : «Avant tout, lorsqu'on se mêle d'épiloguer sur les dates, il ne faut pas soi-même en introduire d'inexactes. » C'est pourquoi il aurait dû lui-même dater non pas de juillet, mais d'octobre 1822, la première édition du Tra/)piste^. Ceci n'est qu'une vétille. Mais l'argument ad hominem invoqué par M. Dupuy peut être facilement retourné contre la thèse qu'il soutient. Si le Trappiste, poème de circonstance, a été écrit par Vigny sous la dictée des événements, à la veille, pour ainsi dire, de sa publication, pourquoi n'en aurait-il pas été de même d'Héléna, autre poème de circonstance? On objectera peut-être que le Trappiste a 228 vers et qu Héléna en compte 941 ? Mais on voudra bien remarquer qu'Alfred de Vigny a eu, non pas trois mois à peine, mais dix environ pour l'écrire, et que cette année 1821 justement est une de ses plus pauvres au point de vue de la production poétique, puisque, si l'on recule Héléna jusqu'en 1816, on ne peut y rapporter en tout et pour tout que la Prison ^.

1. «Le Trapisie {sic), pièce de vers publiée eu uue brochure iu-é", anonyme aussi (comme les Poèmes), parut également en 1822, chez Guiraudet, imprimeur, mais postérieurement aux Poèmes. Elle eut trois éditions : la première en octobre 1822 (la pièce datée alors, sur le titre, du 7 juillet) ; la deuxième en décembre 1822, et la troisième enfin en mars 1823, toutes trois intitulées : le Trapisie tsic). » (De Lovenjoul, les Lundis d'un cherclieur, p. 104.) Il est possible que Sainte-Beuve eût dans sa bibliothèque latroisième édition du poème, et qu'il ait pris un peu légèrement sa date pour celle de la première. L'erreur était assez facile à commettre, — et à relever, — pour qu'on n'y voie point malice.

2. Je m'en rapporte, sur ce point, aux dates fournies par Vigny luinjême dans l'édition des Poèmes de 1829. Ceci ne veut pas dire que j'accepte sans réserves toutes les indications de cette nature données par le poète En particulier, j'aimerais à savoir pourc[uoi la Neige, datée de 1820, et insérée à la fin de 1822 dans les Tablctlcs romantiques pour

INTRODUCTION XV

Un second argument mérite d'être discuté plus à fond. « Pourquoi, demande M. Dupuy, le poème d'Héléna ne saurait-il être antérieur à 1821 ?... La révolution grecque n'éclata dans les principales provinces de la Turquie qu'au mois de mars de cette année, et la prise d'Athènes, sur laquelle le poème s'achève, n'eut lieu que huit mois après. Il semble bien probable qu'un ouvrage, fùt-il en vers, où les Grecs s'emparent d'Athènes, est postérieur à cet événement. Il serait facile pourtant de pousser ce raisonnement à l'absurde. La forteresse de l'Acropole ne tomba entre les mains des Grecs, par capitulation, que sept mois après leur entrée dans la ville, c'est-à-dire le 30 juin 1822. Or le poème d'Héléna nous montre l'Acropole prise : les Turcs en ont été chassés ; quelques juifs, craignant « les vaincus non moins que les vainqueurs », se sont réfugiés, chargés d'objets provenant du pillage, dans une mosquée « au front blanc » qui est bâtie « au coin » du Parthénon en ruines. Faut-il en conclure que le poème d'Héléna est postérieur à la prise de l'Acropole ? La fausse logique dit oui, le bon sens dit non : Héléna avait paru avec quelques autres poèmes au mois de mars 1822 *. »

La démonstration est élégante : elle n'est pas sans réplique. Ce n'est pas huit mois après l'explosion du soulèvement en Modalvieet Valachieque les Grecs s'emparèrent d'Athènes, c'est au début même des hostilités. Ils en

1823, est, par une exception inexplicable, la seule des pièces de Vignj^ antérieures à 1822 qui n'ait pas été recueillie dans la première édition des Poèmes. On est fondé à croire quelle n"a été composée que postérieurement au mois de mars 1822. Vigny, en la reportant à 1820, se serait-il souvenu que les Annales de la littérature et des arts avaient publié en 1822 (t. VII, p. 116i un poème intitulé Eginhard et Imnia ? 1. Article cité, p. 374.

XVI INTRODUCTION

étaient maîtres au mois de juin 1821, comme nous l'avons dit plus haut. La garnison turque, il est vrai, tenait toujours dans l'Acropole. Mais elle y était étroitement bloquée, et en assez fâcheuse posture pour qu'on pût s'attendre à la voir se rendre. Une réoccupation passagère de la ville par les Turcs, suivie d'une reprise par les Grecs, retarda sans doute la capitulation. Mais, vers latin de 1821, on l'espérait de jour en jour ; au début de février 1822, le bruit courait dans les journaux que c'était chose faite ^. Il est incontestable que Vigny a anticipé de quelques mois sur les événements. S'y croyait-il autorisé par les progrès de l'insurrection, si considérables pendant la première année de la guerre ? ou prenait-il ses espérances pour des réalités ? professait-il, en sa qualité de militaire, cette maxime qu'une place assiégée est en général une place prise ? ou bien, en sa qualité de poète, était-il doué de cet instinct divinateur que les anciens attribuaient au «afes ? Par une coïncidence assez curieuse, vers le mêihe temps un autre poète prophétisait, lui aussi, les victoires de la Grèce. C'est Shelley, dans son drame dHellas. La pièce a été écrite, nous le savons de source certaine, au mois d'octobre 1821. Au vers 546, un messager vient annoncer au sultan Mahmoud que « Nauplie, Tripolizza, Mothon, Athènes, Navarin, Artas, Monembasia, Corintheet Thèbes sont prises d'assaut». La nouvelle, à cette date, était exacte pour Tripolizza, Navarin et Monembasia ; pour les autres, elle était prématurée. Ces places ne tombèrent au pouvoir des Grecs qu'en 1822 -. Si nous ne connaissions pas l'époque

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