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f ^OCT 1959^1 :>XFORl
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appropriées à une température rigoureuse, ne peut donner une idée de Tarrangeroent de cette chambre où tout était disposé de manière à entretenir une perpétuelle fraîcheur. Les murs étaient revêtus d'un stuc brillant qui avait Véclat et le poli du marbre ; des nattes, si finenement tressées qu'elles imitaient nos tissus, remplaçaient les tapis, et les sièges étaient recouvçrts en cuir brodé comme les riches soieries de la Chine. Trois larges fenêtres, devant lesquelles s'abaissait, en guise de jalousie, un treillis de jonc bariolé de vives couleurs, donnaient passage à la brise, dont le souffle frais murmurait continuellement contre les lambris. Le plafond peint en bleu représentait, d'après les procédés naïfs de la peinture chinoise, un ciel peuplé de papillons et d'oiseaux qui voltigeaient autour des étoiles. . De grands vases de porcelaine du Japon , placés dans les encoignures, contenaient des gerbes de fleurs choisies parmi les espèces qui s'épanouissent dans l'ombre et n'exhalent que de faibles parfums. Les flots de gaze qui retombaient autour du lit laissaient apercevoir la croix et le bénitier de
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cristal attachés au chevet. Une magnifique toilette, que le baron avait fait venir de Paris, était dressée au milieu de la chambra ; ce meuble, qui contrastait avec la décoration de l'appartement, en complétait Télégance : c'était comme un échantillon du luxe de la vieille Europe au milieu de l'opulence créole, et Mlle de Kernadec y attachait un certain prix ; elle s'en approchait dès qu'elle était éveillée ; la glace, qui était destinée à réfléchir la jolie tète poudrée et fardée, les riches atours de quelque grande dame de la cour de Marie-An loinette, reflétait chaque jour dans son cristal limpide les traits purs et charmants , le teint naturel , les blonds cheveux de la jeune créole ; elle s'y mirait avec une coquetterie ingénue et parfois se souriait i elle-même, contente mais non pas vaine de sa beauté.
Ce jour-là , lorsqu'elle se leva dans sa blanche parure , coifTée avec des rubans bleus dans ses cheveux, Mlle Benott se prit à sourire et à la comparer aux blondes héroïnes des romans qu'elle aimait, à la douce Virginie, à la belle Clarisse Harlowe.
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M. de Kernadec s'étail déjà rendu dans la vaste t)ièce qu'on appelait la galerie , et qui précédait le salon de réception. Les employés attachés à la sucrerie avaient été admis et attendaifcnt le tnoment dé présenter leurs honttnagès à Mlle de Kernadec. La plupart étaient dés Européens que la certitude d'amasser i'âpiderneht iine petite foUuné avait aitietiés alix colonies, et qui remplissaient leiii^s fonctiotis avec le Û\e intéressé, la bontië volottté infatigable d'agents largements salariés. Auçliii d'entre eux ne vivait datis iHnlimité de là farailî^ de Kernadec, ils àValetit iltl logërtiëtit à pari sut- la sucrerie; mais à certains jours le baron les recevait à sH tablé , et en toute occasidfa il les tt-aitaît d*ègal à égal : îâ seule douleur de leur peau assigtiaît leur tang et îèë tirait de là classe subalterne.
Au dehors Ybû fetitetidàit Uii tiiUrttliifé tîoilfus de voii et le son i*auqtië des kdktiis et deé tambours; c*êtaietit leg esclaveë d*àtclîel*, avec leur musique africaine eil tôle, qui [irêludàiëtit au bftniboulft et frappaient le sdl de la téri-àSse dfi leurs joyeux trépignements.
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Sydonie entra dans la ^lerié , et Alla se jeter dans les bras de son père en murmurant d'une Toix émue $es compliments de bonne année.
Le bàroh la serra cohtre soh cœur avec un ineît)t'iniablè sentlmêtit de tendresse, et Irt retenant inclinée il lui passa au cou un collier dé bHllants ; puis il la feleva et dit en la considérant d'un regard charmé :
tMa Sjrdonie, tu n'avais (}tie des pierrc^rîés de eouidûr; Voici de^ diatndiitsi ils te voilt à ravir. »
Mlle- de -Kërnadec jeta Un doup d'teil sur ce riche cadeau et fît Uh petit geste de remerciement; puis passant ses bras ati cou du baron, elte lui dit d'un ton à la fois caressant et grave :
a Mon pèrej je vais vôiis demande^ encore quelque eliose pouir mes élretineSf Une chose que je désire extrêtiiement.
i»Tii l'auras i mon enfant, s'écria le baroti; parle, que veux-tu î
— Je veux la grâce de l'eselave qui est au
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cachot, répondit-elle, je veux que vous lui pardonniez.
— Saîs-tu , mon enfant , ce que tu me demandes? dit le baron à voix basse, d'un air surpris et soucieux ; il ne s*agit pas d'une faute ordinaire....
— 11 s'agit d'un ch&timent .terrible.... d'une chose qui n'est jamais arrivée ici, interrompit Mlle de Kemadec les larmes aux yeux; ce pauvre esclave doit mourir.... et c'est demain.... Mon père, mon père.... ne laissez pas s'accomplir une chose si horrible.... Rendez la vie à ce malheureux. Dieu ne veut pas qu'on dispose ainsi de ses créatures; il récompensera votre miséricorde.... Grâce! je vous en conjui'e, je vous en supplie à genoux....»
Le baron , fort ému des larmes de sa fille, la serrait dans ses bras en la suppliant de se calmer ; mais il hésitait à lui accorder la grâcr qu'elle sollicitait si vivement, et semblait péniblement affecté. 11 faut l'avouer, à ses yeux la mort de l'esclave condamné n'était pas un fait de grande importance , et il était bien plus
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touché des pleurs de Sydonie que du sort de ce malheureux. Sa commisération n'était point mêlée de cette sympathie que nous inspirent les souffrance^e nos semblables , et la bonté , la générosité naturelle de son cœur ne se réveillaient pas comme à l'aspect d'une autre infortune : c'était le préjugé du sang et de la couleur qui était devenu chez lui, comme chez tous les créoles, un sentiment naturel. Mlle dé Kernadec, élevée dans les mêmes idées, les partageait sans examen ; à ses yeux un nègre n'était pas un homme ; mais elle avait horreur du sang , et la mort d'un individu de cette race dégradée n'était pas pour elle un fait sans importance; elle ne mettait point en doute le droit qu'on avait de le condamner, elle n'accusait point d'injustice et de cruauté ceux qui avaient prononcé son arrêt; mais, touchée d'une pitié profonde, elle voulait le sauver, elle avait résolu d'empêcher son suppUce.
« Mon père, dit-elle avec un accent indicible de prière, de reproche, de suppliante tristesse, vous vous taisez ! vous balancez ! et pourtant
ce que je yous demande est en veti'e pou-
Yoir ! »
I«e baroB hochait la tète d*un air affligé, irrésolu ; évidemment les supplieations de S;donie lui causaient plus d'embarras qu'elles ne lui inspiraient de pitié pour le malheureux esclave dont elle lui demandait la vie, et au fond de l'^me il était fort irrité qu'on Teût instruite de sa condamnation. Entin, ne sachant comment la consoler et lui ôter cette idée, il se tourna brusquement vers le groupe des employés, qui se tenait à distance, ne compresiant rien à cette scène dont ils navaiept pas entendu un mot, et faisant signe au géreur de s'approcher, il lui dit :
«Sayez-vous, monsieur Fantin, ce q^a^m tille me demande pour ses étrennes? {^a gr^ce d'Youna. Et , ma foi ! j> crois que je vais I4 lui accorder. %
A ce mot le géreur devint pâle coimue la niort, §a tigure prit une expression sinistre,
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une colère contenue et mêlée d'effroi faisait fréuûr se3 lèvres minces et blêmes. Il sUncUna et dit d*un ton à la fois humble et roguç :
« Vous êtes le mattre , monsieur le ba* ron; je me permettrai seulement de vous faire observer qu'il ne s'agit point d'dn coupable ordinaire , ni d'un crime comme il s'en commet tous les jour§ s|ir les habitations....
— Je le sais, interrompit M. de Kernadec ; il ne s'agit ni d'un vol, ni d'une rixe ; le fait est plus grave, il a é"té question de complot , de révolte. Mais sérieusement, nous n'avons plus aucune crainte ; on retiendra ce misérable au cachot pendant quelques mois.
— Retenir Youna! s'écria le géreur avec une espèce d'éclat de rire; mais, monsieur le baron, malgré la plus étroite surveillance, il ne se passera pas huit jours qu'il n'ait gagné les mornes, d'où il redescendra quand il lu} plaira afin de marauder sur l'habitation et de guetter le moment de commettre un nouveau crime. Pour un tel scélérat il n'y a qu'une pri-