‹ Hélène (volume 2)Chapitre 7 sur 17 · DOM MASSIOT · texte numérisé non relu

DOM MASSIOT

Un soir, vers k Su d'août, les deui dames se promenaient apr^s souper sur la terrasse. Cet espace , entièrement découvert, était bordé d'un large parapet où l'on arait placé, comme sur un balcon, des caisses remplies de fleurs et d*àrbustes. Le réséda. Je jasmin aux bngués tiges, le pâle œillet de Mahon, fleurissaient à la place où étaient amoncelés jadis les projectiles qu'on lançait du haut des murailles sur l'ennemi. Hélène marchait pensive à c6té de la vieille dame , et parcourait des yeux le paysage éclairé par la Itine ; il n*y avait pas un nuage au del , et l'air était si calme, qu'on entendait le vol des jphalènes qui passaient devant les fenêtres du salon, attirées par la clarté des bougies. Par moments, les oiseaux de nuit perchés sur le fatte des tours faisaient çn-

tendre leur cri monotone, ou bien quelque chevrette égarée bêlait dans Téloignement en cherchant son troupeau. Ce silence, entrecoupé de bruits confus, Taspect de ces montagnes baignées d'un doux crépuscule, ce repos de tous les élé* ments, jetaient Tâme d'Hélène dans une mélancolique eitase. Elle ralentissait sa marche et se taisait , absorbée - dans ses impressions et ses pensées.

c Ohl ma chère marraine, dit- elle enfin, est-ii possible que le monde soit en proie à tant d'agitations et de discordes? Quand je contemple la nature si sereine et si belle, je ne puis concevoir les fureurs, la méchanceté des hommes, et j'ai l'espoir que bientôt ils vivront tous en paix.

— Le ciel vous entende, mon enfant I » ât la vieille dame avec un soupir.

Gomme elle disait ces paroles ^ la porte du salon s'ouvrit, et le valet de chambre s'avança précipitamment sur la terrasse en annonçant que Tétranger qui avait passé une journée au château quelques mois auparavant venait d'arriver.

« Le P. Massiot! s'écria Mme de Rocabert étonnée et vaguement inquiète ; allons vite au-devant de lui , mon enfant ! »

Dom Massiot parut en ce moment, les vêtements en désordre, les souliers poudreux, comme un homme qui vient de faire une^course longue et précipitée. En rentrant il tomba épuisé sur un siège et dit d'une voix altérée :

« Excusez-moi, madame, je ne me soutiens plus.... Depuis ce matin , je marche à travers champs pour

HÉLÈNE. Bi

arriver ici.... Je suis bVisé de fatigue, et je tombe d'inanition.

— Mon révérend père, on va dresser à l'instant voire couvert et préparer votre chambre , » s'écria la bonne dame en allant donner elle-jnème ses ordres.

Quand elle revint , dom Massiot fit un effort pour se relever et alla fermer la porte; puis revenant vers les deux femmes, après avoir jeté un coup d'œil autour de lui ) afin de s'assurer que personne ne pouvait l'entendre , il dit d'uiie voix entrecoupée :

c Le pays est en feu. Dans les villes, dans les villages, dans les plus misérables hameaux , on affiche au coin des rues de nouveaux décrets contre les émigrés , contré les prêtres; nous n'avons plus d'asile nulle part, et je considère .comme un miracle d'avoir pu arriver ici sans être arrêté.

— Quoi qu'il arrive, vous serez en sûreté chez moi, mon révérend père, dit vivement la vieille

*dame; il y à dans ce château des passages souterrains , des issues secrètes qui mettraient en défaut les plus fins limiers de la police.

— Je le sais, madame, et je suis venu vous demander un asile pour quelques jours, jusqu'à ce que les ennemis acharnés à ma poursuite aient perdu mes traces.

— Vous avez des ennemis? vous! mon révérend père! s'écria Mme de Rocabert.

— Oui, madame, les deux Montarieux, répondit-il froidement. J'ai été dans le Dauphiné dernièrement pour combattre l'élection du père, et j'ai empêché celle du fils. Aussi leurs adhérents et leurs amis ontils voulu me faire pendre.

Si H&LÈMB.

r-Quoi! M- l(0ntarieux? un si honnête homme!

murmura Hélène avec indignation.

— C'est un démocrate, un athée, an scélérat! dit dom Uaesiot du même air morne et tranquille ; eptre loB gens religieuse , les gens de bien et Qe« bommes- Ih t c'est maintenant une guerre à mort !

«- Oh l mon révèrent} père I on peut les convaincre» les ramener, s'écria Mlle de Blanquefort, le eœnr saisi d*nne peine inexprimable; hélas! il n'y & point de haine i point de méi^ianceté dans leur

cœur.

f— Vous les connaisses, mademoiselle f interrompit ^oni Massiût.

— Oui, mon révérend père, répondit -vCUe résolument; Mme Montarieux,, une 4igne femme, vivait dans rintimité de ma pauvre mère, et, durant quinze années, M- Montarieux a été l'ami d^ notre famille; c'est l'homme du monde que mon père estime le plus.

. -rr- Nous verrons si M. lé comte ne changera pas de sentiments à son égard ! » répliqua le moine d'un ton sourdement irrité.

Cette parole laconique frappa Hélène dans Fftme; elle changea de couleur, et les larmes lui vinrent aux yeux.

c Vous voilà toute bouleversée» mon cher cœur, lui dit Mme de Rocabert en l'emmenant , tandis que dom Massiot passait à table ; les malheurs que nous venons d'apprendre sont peut-être exagérés; il est possible que nous recevions bientôt de meilleures nouvelles. Allons, remettez-vQua; j*irai vous r^H>uver tantôt dans votre chambre. »

HtLËKE. S8

Dom Ifassiot eut bientôt achevé son repas; bien qu'il fût à peu près à jeun , il ne prit que quelques fruits, avec un peu de vin vieux, et^ comme Mme de Roeabert s*étonnait de cette sobriété excessive , il lui dit, en jetant un coup d'œil sur sa- redingote de drap et sur son gilet de couleur :

Quoique je ne porte plus le saint habit de l'or-»dre , je pratique la règle autant que possible t et j'ai fait collation ce soir, ainsi qu'elle le prescrit. Maiar tenant» madame, je vous demande de me faire con-^ duire dans la chambre la plus sombre, la plus étroite , la plus dégarnie de meubles qu^il y ait dans ce chl*teau : car les appartements somptueux ne sont point faits pour nous, non plus que les beaux vêtements et la bonne chère.

— On tâchera de satisfaire votre révérence, répondit Mme de Rocabert avec un léger sourire ; vous excuserez si Ton n'a pu faire phis mal. Firm;n va vous conduire dans une chambre où vous trouvères , du moins , la plus parfaite tranquillité. »

Le vieux serviteur précéda le moine , un flambeau à la main, et le conduisit dans une grande chambre retirée, silencieuse et fraîche comme une prison.

€ C'est très-bien, mon cher frère, dit dom Massiot €n jetant un coup d'œil autour de lui; seulement ce Ut est trop bon pour un religieux, et voqs m'obUgerez d'enlever nette eourte-pointe de soie, ainsi que les draps et les matelas. Je coucherai simplement

sur les planches. »

L'arrivée du P. Massiot avait jeté Mile de Slanquefort dans une sorte de consternation; £a niar'raîne la retrouva lisant un papier iipprinaé que le

moine avait laissé sur la table du salon. C'était un manifeste violent , un appel aux armes , un brandon de guerre civile. Cette pièce , adressée aux habitants de P..., désignait les Montarieux et leiu*s adhérents aux vengeances populaires.

« Hélas ! mon enfant, dit la vieille dame après l'avoir parcourue dii regard, je ne m'étonne plus que les démocrates . persécutent le R. P. Massiot ; évidemment il travaille de son côté à les faire égorger.

— Ah! ma chère marraine, il faut le retenir ici aussi longtemps que possible, afin qu'il ne vienne pas à bout d'un si abominable dessein, s'écria Hélène avec véhémence; ce sera d'ailleurs le sauver luimôme, peut-être.

— Nous tâcherons, » répondit la bonne dame.

Mme de Rocabert n'eut pas besoin d'insister pour

retenir dom Massiot; il se décida lui-même à prolonger son séjour i et parut perdre de vue pendant quelque temps l'espèce de propagande à laquelle il s'était dévoué.

C'était un de ces hommes ardents et convaincus qui s'imposent inexorablement tous les sacrifices qu'une dévotion outrée commande. Dès le lendemain de son arrivée, il commença à observer la règle des Feuillants : comme les anciens anachorètes, il ne mangeait que des fruits et des racines ; son habit séculier cachait un cilice ; il se levait à minuit pour dire matines, et demeurait chaque jour plusieurs heures en prières.

Les deux dames ne s'apercevaient presque pas de sa présence : il les fuyait autant que la bienséance le lui permettait, et passait des semaines entières sans

HËLËN£. 85

paraître dans le saloD. La promenade était l'unique récréation qu'il se permit; mais il ne choisissait jamais l'heure la plus propice ni le temps le plus favorable, et souvent on le voyait remonter au Rocafaert tout transi et trempé par la pluie*

« Vraiment, le P. Massiot n'est pas de ce monde, dit un jour Mme de Rocabert à Hélène ; j'ai cru, à tort peut-être, qu'il voulait fomenter une guerre civile. Le pauvre homme n'est occupé que de son salut.

— Qui sait ? répondit Mlle de Blanquefort en hochant la tête; souvent il parle aux paysans là-bas. » Presque au même instant le P. Massiot entra, n tenait une gazette à la main , et sa figure était effrayante.

« Nos ennemis triomphent, dit-il ; voilà les nouvelles listes de proscription; toute la noblesse du Comtat y est inscrite.... A présent, plus de paix, plus de trêve ; c'est une guerre d'extermination qui va commencer. »

Mme de Rocabert prit la gazette, y jeta un coup d'oeil et dit tristement à Hélène :

« Que je vous plains, mon enfant I en quel temps malheureux va fleurir votre jeunesse I Moi je suis une pauvre vieille femme, et peu importe comment je passerai les dernières années de ma vie; mais vous, grand Dieul voiis aviez tant de raisons d'être heureuse ! Ah ! si votre père savait la situation de ce malheureux pays, il se garderait de revenir et vous appellerait près de lui. Si j'étais plus jeune, ma chère Hélène, je vous accompagnerais volontiers aux Grandes-Indes, pour ne pas être témoin des calamités que je prévois.

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— Hélas l Gd serait peutrètre un exil éternel! • murmura la pauvre alla eu songeant à MarcelUn.

Puis elle ajouta, rassurée par le souvenir de l'ancienne intimité des deux familles :

« Mon père ne courra aucun danger en revenant en France; car il y a, parmi ceux (fui gouvernent aujourd'hui, des hommes avec lesquels il est lié d'amitié.

— Vous vous tromper, mademoiselle, interrompit le moine avec véhémence : M. le comte de Blanguefort est l'ennemi de tous les républicains.

— Gomment le savez^vous, monsieur? » s'écria Hélène,

i;t comme il ne répondait pas, elle reprit :

« C'est de votre part une simple supposition ; moi qui connais les sentiments de mon père, je crois pouvoir affirmer qu'il n'a point de haine contre d'anciens amis.

— Attendez son retour pour en répondre ! » répliqua le. P. Massiot avec une espèce de sourire; et ramenant ses bras sur sa poitrine avec un geste monacal, ii se retira lentement.

— Dpm Massiot parle de mon père pomme s'il le connaissait, dit Hélène avec étonnement ; l'aves-^vous entendp, madame?

— Ce sont des conjectures qui lui passent par l'imagination, répondit Mme de Hocabert. Quelles relations pouvait-il y avoir entre M. de Blanquefort et lui? Us ne se sont jamais vus. »

Le temps s'écoulait, cependant, et la lettre où M. de Blanquefort annont;ait son retour allait avoir deux ans de date. Depuis plusieurs mois Hélène attendait son père de jour en jour, et enfin cette espé-

rance eDOtioueU^ment déçue avait feit plape aux plus yives inquiétiides. Mofie de Rocabert lui représentait iûiitilement que les abanees d'une si longue navigation ne permettaient pe^ 4'fts8igner une époque ^ér cm à Tarrivée du comte, et qu'il n'y avait pas lieu de désespérer éneore. Hélène denieurait pbngée dans une extrême tristesse, et souvent elle disait en versant des larmes i

« On ne devrait pas se séparer de ceux qu'on aimel... Ohl quel tourment que l'absence, l'absepce cruelle !•.. Elle remplit le cœur de craintes^ de regrets, de continuelles douleurs! »

Un soir, au moment où les deuv dames allaient quitter le salon, elles entendirent ouvrir la porte intérieure du cb^teau^ et presque aussitôt des pas précipités retentirent dans l'escalier. .

>* Mon père l s'écria Hélène, les mains levées vers le ciel.

— Qui, ma fille, e'est moi! » dit le comte en entrant.

Il la tint un moment serrée contre son cœm*; puis se tournant vers lime de Rocabert, il la salua en s'excusant de se présenter ainsi devant elle.

« Nous vous attendions depuis longtemps , monsieur le comte , répondit la vieille dame ; soyes le bienvenu ; cette enfant se mourait du désir de vous revoir.

— Et moi, madame, j'avais de mon côté une extrême impatience de irons remercier des bontés dont vous l'avez comblée, » dit-il en lui offrant la main pour la ramener ii son fauteuil.

Ensuite, prenant sa fille par la main, il la conduisit

devant la table, la considéra un moment à la clarté des bougies et s'écria d'un air satisfait :

t J'avais laissé au couvent une petite pensionnaire assez jolie, mais tout à fait gauche et sans maintien; à présent, je retrouve une grande demoiselle de trèsbon air. Ma fdle, c'est sans doute votre marraine qui a fait de vou9 une si aimable personne !

— J'ai t&ché de lui ressembler un peu, > répondit Hélène.

Puis à son tour regardant le comte attentivement, elle ajouta :

« Mais vous, mon père, vous n'êtes point changé du tout : vous n'avez pas même le visage bruni comme à votre dernier voyage.

— C'est que j'ai quitté la mer depuis longtemps et que je viens d'un pays où l'on ne prend guère de coups de soleil, dit le comte en souriant; il y a plusieurs mois que je 6uis revenu des Indes. J'ai fait la traversée sur un vaisseau hollandais, et, après avoir débarqué au Texel, je suis venu dans l'éiectorat de Trêves, où il y a beaucoup d'émigrés français.

— Est-il possible? et vous li'avez pas écrit, mon père I murmura Hélène.

— Je ne le pouvais pas, répondit-il vivement ; la prudence me le défendait; mais j'avais soujent de vos nouvelles.

— Par dom Massiot, peut-être ! fit étourdiment Hélène.

— Qui vous a dit cela, ma fille? s'écria le comte avec étonnement.

— Personne, mon père, répondit- elle troublée et en rougissant beaucoup; j'ignorais que vous fiassiez

en correspondance avec dom Massiot ; il ne m'en a jamais rien dit, et je ne sais comment cette idée m'est venue. »

Le comte la regarda un moment en face, puis il lui dit en hochant la tète :

< Je vois, n^a fille, que vous ne manquez pas de pénétration.

— Mon père , reprit-elle d'un ton timide et en se rapprochant encore de lui, mon père, vous ne nous quitterez plus à présent, et vous vivrez tranquillement chez vous, n'est-ce pas?

— Tranquillement, dites-vous ! répliqua le comte avec un sourire amer ; eh ! mon enfant, qui peut se promettre cela dans les temps malheureux où nous vivons ? -

— Restez ici avec nous , monsieur le comte , dit vivement Mme de Rocabert ; quoi qu'il arrivé, vous y serez en sûreté.

— Je le crois , madame , et plus tard je serai heureux d'accepter l'hospitaUlé que vous m'offrez ; mais à présent il faut que je retourne à P...,

— Quoi ! mon pèilB, vous allez me quitter encore dit tristement Hélène.

— Non, ma fille, je vous emiîiène, » répliqua M. de Bianquefort. Puis, changeant tout à coup de propos, il ajouta : « Le R. P. Massiot est encore ici , sans doute ?

— Oui, monsieur le comte, répondit Mme de Rocabert; mais il faut avouer que c'est un singulier hôte : depuis près de trois semaines, on ne l'aperçoit qu'un moment vers le soir, quand il prend l'air sur la plate-forme de la tour dont il occupe une des

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chambres. Firmin , qui va chaque jour lui porter à manger et lui offrir ses services, assure qu'il a beaucoup maigri, et que ses austérités excessives Font rendu comme un fentôme.

— Tant pis ! murmura le comte en haussant les épaules « il a autre chose à faire que de passer sa vie à jeûner et à dire ses oraisons ; je le verrai ce soir. »

M. de Blanquefort pria le vieux valet de chambre de le conduire à l'appartement de dom Massiot. Quand il eut quitté le ^alon , Hélène vint vers Mme de Rocabert, et lui dit d^un ton profondément triste :

c Ma bonne marraine, vous aviez raison ; plat nu ciel que mon père fût resté aux Indes ! »

L'ENTREVDE.

Le surlendemain, M. de Blanquefort et sa fille re< tournèrent à P.... On était alors au commencement de novembre , et il y avait bien près de quatre ans qu'Hélène n'était entrée dans cette maison où elle avait perdu sa mère et reçu lés adieux de Harcellin. Uaspect de ces lieux détourna tout à coup son esprit des circonstances présentes, et la ramena vers le passé. Elle retrouva une sorte de sérénité mélancolique dans cette demeura où elle rencontrait à chaque pas un souvenir doux et triste. Le souvenir de Montarieux se mêlait à toutes ses impressions; elle songeait à lui souvent , et toute espérance n'était pas entièrement éteinte au fond de son cœur,

La société de P.... était dispersée ; Hélène ne voyait

92 UÉLJiINE.

absolument personne, et perdait en quelque sorte de vue le monde et les événements ; comme tout paraissait tranquille autour d'elle, et qu'elle ne lisait plus les papiers publics, elle en vint à se persuader qu'eUe s'était fort exagéré les malheurs de la Révolution et la haine qui animait les partis. La manière d'être de son père contribuait à lui inspirer cette sécurité : le comte ne manifestait aucune opinion ; il ne raisonnait pas sur les événements accomplis, et ne parlait jamais des affaires publiques.

Toutes ses anciennes relations étaient rompues : il ne sortait que pour faire au& environs de P.... de longues promenades à cheval, et passait toutes ses soirées à écrire. Tandis qu'il faisait sa correspondance^ Hélène lui tenait silencieusement compagnie, son ouvrage à la main ou bien un livre ouvert sur les genoux. Elle devenait plus triste le soir, quand ils étaient assis seuls dans ce grand salon qui avait été témoin de tant de réunions de famille, et où tant de choses lui retraçaient le souvenir des absents et des morts. La cheminée de marbre était encore ornée d'un vase de fleurs artificielles que Mme Montarieux avait donné à Mme de Blanquefort le jour dé sa fête, et il y avait sur le guéridon un tapis que les deux amies avaient brodé ensemble. A la vue de ces objets, qui témoignaient d'une si longue et si étroite intimité, Hélène sentait souvent son cœur se gonfler d'attendrissement et de douleur ; elle laissait tomber son ouvrage et rêvait tristement, les mains jointes, les yeux humides de larmes , tandis que le comte , penché sur la table , écrivait sans relever la tête et sans proférer un mot. Jamais, depuis son retour, il

n'avait prononcé le nom des Montarieux, ni rappelé même Indirectement leurs anciennes relations ; Mlle de Blanquefort imitait cette réserve ; elle tremblait à la seule idée d'une espèce d'explication, et évitait soigneusement tout ce qui avait trait à celui dont, le souvenir était sans^cesse présent à sa pensée.

Son père l'avait priée de ne point se montrer dans les rues de P.... Elle ne sortait jamais ; mais chaque jour, à l'heure où les tièdes rayons du soleil commençaient à réchauffer l'atmosphère , elle descendait dans le jardin et suivait à pas lents les sentiers bordés, de buis qui formaient de bizarres compartiments autour du jet d'eau. Jadis Mme de Blanquefort avait fait arranger cette partie du jardin ; on y voyait une fontaine en rocaille ornée des plus belles coquilles du globe, dans le bassin de laquelle flottaient des myriades de poissons rouges. C'était le comte qui avait ramassé ces raretés dans les pays lointains ; 11 en avait fapporté quelques plantes presque inconnues alors, des chrysanthèmes jaunes, des enkiantus du Japon qui fleurissent aux derniers jours d'automne et répandent une odeur ambrée. Hélène aimait ces fleurs aux parfums étranges ; à leur aspect, sonima* gination franchissait la moitié du monde ; elle entrevoyait les plages tranquilles que baigne l'océan Indien, et rêvait au bonheur de vivre à l'abri des discordes civiles sous le ciel éclatant des tropiques , à l'ombre des citronniers sauvages et des sveltes cocotiers.

Une après-midi qu'elle se promenait ainsi toute seule et absorbée dans sa rêverie , Suzette en-

tra comme un tourbillon dans le jardin en s*é* criant :

« Mademoiselle, il y a grand bruit sur la place.../ Tout le monde court de ce côté. . . . Écoulez ! écoutez ! ... on entend d'ici....

— Que fie pasBe*t-il donc? demanda Hélène en prêtant Toreille aux bruits confus qui s'élevaient dans Téloignement et qui ressemblaient à de longues acclamations.

— ^ Ça s'appelle une manifestation des clubs, ré-^ pondit Suzette ; ce sont des gens qui ont des bonnets rouges et qui crient : » Vive la nation ! » Toute la ville est en l'air. C'est très-beau....

— Mais la cause, la cause de tout ce bruit? inter" rompit Hélène.

^ Ah ! voici ; c'est un bon patriote, comme ils disent, c'est un brave républicain qui vient d'arriver, le citoyen Montarieux..

— r M. Montarieuxle père, peut-être? dit Hélène en p&lissant.

— Il s'appelle Marcellin Montarieux , continua %\x^ zette»

— Oh! tnon Dieu! mon Dieu! murmura Hélène avec stupeur.

— J'ai vu le citoyen Montarieux sur son balcon, reprit la jeune servante ; il a parlé au peuple ; mais je n'y ai rien compris.... on criait toujours.... alors je suis revenue....

— Et mon père ! mon père ! fasse le ciel qu*il ne traverse pas la place ! s'écria Hélène de Blanquefort en frémissant.

— Monsieur ne rentrera pas encore, c*est certain.

UÉLÊM» 95

répondit Suzette; d'alHeurs il ne traversera pas la ville; il reviendra par les remparts, parce qu'il monte aujourd'hui Sùltiine, qui est très-ombrageuse.

— Ah ! tu en es sûre?... c'est bien, murmura Hélène un peu rassurée. Vois-tu, Suzette, il ne faut rien dire dans la maison ni de l'arrivée de M. Montarieujt, ni de ce que tu as entendu.... Avertis tous les gens-; qu'il n'en sait pas question devant mon père.»

Le comte revint de la promenade assez tard; on soupa comfaie à l'ordinaire ; ensuite en passa dans le salon.

« Qu'avex-vous donc, ma fille ^ dit le comte en s'asseyant devant la table où il faisait sa correspondance : vous n'avez rien mangé ce çoir, et je vous trouve l'air tout défait.

— Ce n'est rien, mon père, je vous assure, » répondit-elle d'une voix troubléa en se h&tant de prenr dre son ouvrage.

Le comte se mit à écrire et elte à travailler avec une application singulière. Tous deux étaient absorbés dans leur occupation ; l'on n'entendait que le pétillement de la flamme. dans le foyer, et le bruit du vent qui bourdonnait aux fenêtres. Au bout d'une heure environ, un coup frappé à la porte troubla ce profond silence et retentit dans toute la maison. Le comte releva la tète d'un air surpris et regarda Hélène, qui avait laissé aller son ouvrage sur ses genoux avec une faible exclamation. Presque au môme instant, la porte s'ouvrit et un domestique anncmça le citoyen Montarieux.

« Laissez-^nous ; ma fille, » dit le comte du ton le plus calme et en se levant.

•96 HÊLÈMË.

Hélène se h&ta d'obéir et disparut par la porte du fond, tandis que Marcellin Montarieux entrait; il entrevit seulement le bas de sa. robe. M. de Blanquefort avait vivement poussé à l'écart la table où il écrivait. Il alla de quelque pas au-devairt de Montarieux et le salua avec la parfaite aisance d'un homme du monde qui reçoit la visite la plus indifférente. Montarieux était troublé, lui; il s'approcha de la cheminée en balbutiant quelques paroles sans suite, jeta un regard sur le siège vide d'Hélène, sur la broderie qu'elle avait laissé tomber en s'en allant, et s'assit en face du comte, qui lui dit avec une nouvelle inclination.

« Excusez-moi, monsieur, si je ne vous ai pas encore demandé des nouvelles de M. votre père ; je suppose que vous l'avez laissé en bonne santé?

— Oui, monsieur, je vous rends grâces, répondit Montarieux respirant à peine.

— Vous avez dû traverser des chemins affreux, continua M. de Blanquefort du même ton de politesse aisée; la saison commence à être mauvaise pour voyager.

— 11 est vrai, monsieur, » répondit Montarieux en faisant un effort pour se remettre et reprendre son sang-froid : il s'était attendu à un accueil beaucoup plus sec, et le ton presque amical du comte lui causait un étonnement ipêlée de joie qu'il ne pouvait dissimuler entièrement. « Je n'aurais pas fait ce voyage sans des motifs pressants, reprit-il d'une voix plus assurée; les circonstances sont graves ; des personnes que j'honore, et dont la vie m'est aussi précieuse que ma propre vie, sont, je crois, en péril ; je suis venu pour les en avertir. »

HËLÈNfi. 97

Le cohite ne répondit pas et demeura impassible.

« Il arrive tous les jours à Paris des dénonciations, ajouta Montarieux» les émigrés ont des agents partout; on conspire, ici....

— Peuh ! c'est bien possible, fit M. de Blanquefort en se renvei^sant dans son fauteuil.

— C'est certain, continua le jeune homme ; un prêtre réfractaire, un moine appelée dom Massiot, est rame de la contre-réYolution dans ce pays. Il a fait beaucoup de mal déjà. On nous le âgnsde comme un homme très-actif, très-dangereux. D'autres noms figurent sur ces listes d'accusation; le vôtre y est^ monsieur.

— C'est bien de l'honneur qu'on me fait, répliqua le comte sans s'émouvoir.

— Je ne vienç pas vous demander ce qu'il y a de vrai dans cette dénonciation, reprit vivement Monta^ rieux; je viens seulement vous en avertir et vous supplier de prendre garde.... Ah! monsieur, puissions-nous nous entendre ! J'ose presque l'espérer en ce moment. Il ne m'appartient pas de juger vos convictions, mais je. suis certain qu'elles ont le même but que les miennes, que vous voulez, comme mol, la gloire et le bonheur de votre patrie.... >

Et, comme le comte parut répondre par un geste d'assentiment, le jeune républicain, encouragé, reprit la parole pour achever sa pensée. Il expliqua avec toute l'emphase de l'époque, mais avec une chaleur vraie cependant, ses sentiments et ses opinions politiques. M. de Blanquefort écouta sans sourciller cette espèce de profession de foi ; sa figure ne trahit aucun des sentiments de son &me. Quand Montarieux cessa

de parler, il s'inclina avec un geste de froide adhér sion, comme un honune qui refuse absolument la controverse^ et, changeant subitement de propos, il dit d'un ton dégagé :

« M. votre père possède-t-il toujours sa belle terre des environs de Yaucluse ?

— Oui, monsieur, lui répondit le jeune homme, étonné de le voir se renfermer si obstinément dans les banalités de la conversation ; c'est là que. mon père compte se retirer dès qu'il aura acquitté la deUe de tout bon citoyen envers la patrie. Lorsque j'aurai payé moi-même cette dette de dévouement, j'irai le rejoindre dans sa retraite. Fasse le ciel que ce soit bientôt et que je retrouve enfin cette existence heureuse et calme qui me semblait promise autrefois....

— C'est là le but auquel devraient aspirer tous les hommes : le repos des champs, le bonheur calme de la famille après les luttes de la vie politique, > fit insidieusement' le comte.

^ Cette parole alla au cœur de Montarieux, et acheva de l'abuser. 11 crut tout à coup que les intentions de M. de Bianquefort n'étaient pas entièrement changées et qu'il pouvait espérer encore d'obtenir la main d'Hélène. Il osa alors prononcer son nom et dit le cœur palpitant :

« Je ne vois pas ici Mlle de Bianquefort ; permet* tez-moi, monsieur de vous demander de ses nouvelles.

-*- Ma fille sera sensible à ce souvenir, répondit le comte ; elle aurait eu aussi l'honneur de vous recevoir ce soir, sans un léger mal de tête qui l'a feit rentrer de bonne heure dans sa chambre. »

Hôntarieux se leva pour prendre congé; il était fort agite, et avant de sortir il dit d*une voix émue, comme un homme qjû prend une subite résolution :

« Je vous en supplie, monsieur, faites*moi la faveur de me recevoir encore demain.

— Je serai à vos ordres quand il vous plaira, répondit le comte avec courtoisie; demain matin si vous voulez.

— Oui, monsieur ; à demain, » dit Montarieux en se retirant.

M. deBlanquefortJe reconduisit jusqu'à l'escalier et rentra ensuite dans le salon, les sourcils froncés, un sourire sardonique sur les lèvres. Un moment après Suzette entra pour annoncer que sa maîtresse, se trouvant un peu fatiguée, allait se mettre au lit.

« C'est bien , répondit le comte ; allez la retrouver, Suzette, et ne la quittez pas qu'elle ne soit endormie. »

Lorsque la suivante retourna vers Mlle de filanquefort, elle la trouva à sa fenêtre les bras appuyés sur le balcon.

•t Jésus ! mademoiselle, vous allez vous rendre malade! s'écria-t-elle ; il ne fait pas bon regarder les étoiles par un temps si froid. »

Hélène se releva rêveuse, en jetant un regard le long de la rue, où un homme passait sans bruit comme une ombre.

« Monsieur vous souhaité une bonne tiuît, lui dit Suzette, il m'a bien recommandé de rester près de vous jusqu'à ce que vous soyez endormie.

— En ce cas, ma pauvre enfant, je crois que ttl

veilleras ici toute la nuit, » répondit Hélène en , passant la main sur ses yeux brûlants.

Montarieux se promena encore longtemps sous la fenêtre, derrière laquelle une faible clarté parut toute la nuit. Il avait revu Hélène ; il avait reconnu à travers ^'obscurité cette longue cheveluçe noire, cette taille de reine , et il était enivré d'amour et d'espoir.

Tandis que le jeune républicain était en visite chez le gentilhomme royahste, les démocrates du pays se disposaient à lui donner une sérénade ; déjà la foule stationnait autour de sa maison, et tout le quartier était illuminé comme pour une ^Réjouissance publique. Lorsque Montarieux traversa la place pour ren* trer chez lui, l'enthousiasme éclata, et toutes les voix entonnèrent l'hymne révolutionnaire : le comte entendit du fond de sa demeure ces chants, patriotiques, et il murmura en se promenant à grands pas dans le vaste salon :

«Va! réjouis-toi, triomphe, vain et imprudent ennemi ! tu n'auras pas le cœur si joyeux demain ! >

Un moment après, il se rapprocha de la table, choisit quelques lettres qu'il cacha derrière le trumeau de la cheminée, et jeta ensuite le reste de sa correspondance dans le feu.

Le lendemain, dans la matinée, Marcellin Montarieux se présenta chez M^ de Blanquefort. Celui-ci l'attendait dans une galerie qui faisait suite au salon, et où l'on se réunissait autrefois les jours de réception et de gala. On apercevait tout d'abord, en entrant dans cette pièce, un grand tableau qui représentait Mme de Blanquefort assise sous un berceau

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de verdure «t tenant dans ses bras Hélène encore enfant. Montarieux leva les yeux sur cette toile et la considéra un moment avec une visible émotion.

« Vous n'aviez peut-èlre jamais vu ce tableau, lui dit le comte; je l'avais emporté, et, durant mes voyages sur mer, il a toujours été suspendu dans ma cabine. C'est une belle peinture ; le portrait de ma fiUe est encore d'une parfaite ressemblance.

— Oui, voilà bien ses traits, son regard céleste ! » murmura Montarieux avec une tendre admiration.

Et après un moment de silence, il ajouta en se tournant vers le comte :

c II a fallu, monsieur, le souvenir de nos anciennes relations de famille pour m'encourager à la démarcbe que je fais en ce moment. Il s'agit des intérêts les plus chers à mon cœur. J'ai besoin, pour oçer m'expliquer, de me rappeler la bienveillance que vous me témoigniez autrefois. »

Il se tut, supposant que le comte l'avait compris, ^ qu'il allait manifester d'un mot, d'un geste, ses dispositions ; mais celui-ci demeura impénétrable et lui dit simplement ;

* Achevez i monsieur.

— Je dois commencer par un aveu, reprit le jeune homme d'un accent ému et grave qui témoignait combien il sentait profondément ce qu'il allait dire ; i'aime mademoiselle votre fille; je l'aimais déjà lorsqu'elle est retournée au couvent il y a quatre ans. Ceci vous étonne, monsieur? bien des gens seraient comme vous incrédules et trouveraient que cette passion d'un écolier pour une petite pensionnaire est un véritable enfantillage.... Comme ils se trompe-

raient!... J*étaîs bienjeune, en effet, quand j'ai coii3* mencé à aimer Mlle de Blanquefort. Depuis lors, je suis devenu un homme; j'ai vécu dans un monde nouveau et me suis mêlé aux affaires publiques. Le mouvement qui entraine tous les hommes de notre époque m'a emporté aussi, et j'ai pris part à des luttes terribles.... £h bien ! jamais ces grands intérêts ne m'ont absorbé entièrement; jamais je n'ai passé tout un jour sans me rappeler celle à laquelle mon cœur n'a cessé d'appartenir. J'ai gardé précieusement des fleurs desséchées qu'elle me donna un jour, et souvent j'ai regardé les larmes aux yeux, ces fragiles reliques.... Ceci vous parait peut-être une folie, une exaltation romanesque....

— Continuez, monsieur, dit le comte avec un léger sourire.

— Ah ! monsieur, reprit le jeune homme, c'est un sentiment sérieux et profond d'où dépend le bonheur de ma vie ; si vous saviez combien de fois ce cher et douloureux souvenir m'a jeté dans une sorte de désespoir I L'existence me devenait odieuse quand je considérais les obstacles qui s'opposaient à mon bonheur. Mon père, auquel j'avais avoué le secret motif de la tristesse où il me voyait quelquefois plongé, mon père essayait de me consoler, tantôt en nie poussant dans les affaires publiques , tantôt en me montrant une espérance éloignée. Mais j'étais toujours malheureux, parce que je ne pouvais ni me distraire de mon amour , ni me contenter d'un si douteux espoir. C'est dans ces sentiments que je suis revenu ici. Hier encore le bonheur auquel j*aspîre aujourd'hui me semblait impossible. Mais depuis que

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je suis rentré dans cette maison» les obstacles qui m'eiSrayaient ne m'ont plus semblé invincibles ; mes premières espérances se sont ranimées , et je Tiens vers YOUSy je viens, le cœur rempli de dëyouement et d'amour , vous demander la main de Mlle de Blanquefort. »

Le comte avait écouté la fin de cp' discours d*un air impassible et sans proférer un mot. Avant de répondre, il regarda un instant Montarieux en fiice, et, changeant tout à coup de visage, il dit d'un ton bref et avec un accent inexprimable :

c Àh ! vous me demandez Mlle de Blanquefort en mariage, citoyen Montarieux I Eh bien ! voici ma détermination et ma réponse : Plutét que de donner ma fille à un républicain, à un montagnard, je la tuerais de ma propre mainl... *•

Montarieux pâlit à cette déclaration ; mais aucune expression de colère, d'étonnemenl ou de douleur, ne parut sur son visage ; il se leva avec effort, comme un homme dont les genoux chancellent, et fit un pas vers la porte.

c Ah ! les républicains veulent épouser des demoiselles nobles I poursuivit le comte avec l'accent d'un froid mépris ; après avoir insulté tout ce qu'il y a de saint et de sacré parmi les hommes, outragé la majesté royale, égorgé les femmes et les prêtres, ils viennent les mains couvertes de sang, nous demander nos filles!... mais nous ne leur livrerons pas ces victimes innocentes!... qu'ils cherchent dans les familles républicaines des épouses dignes d'eux!... nous ne subirons jamais la honte de leur alliance !.,« Allez, citoyen Caïus Montarieux , allez vous venger

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de mon refus en me dénonçant aux républicains, aux bonnets rouges 1... je méprise leur haine, leur rage sanguinaire, et vous, je ne vous crains pas!...

— Vous avez raison, monsieur le comte! » répondit douloureusement Montarieux, et aussitôt U se retira.

Dès qu'il fut sorti, Hélène rentra par la porte du fodd, et venant droit à M. de Blanquefort, qui était resté debout au milieu de la galerie, elle lui dit avec un accent indicible de douleur et de reproche :

« Ah ! mon père, vous avez le droit de lui refuser ma main, mais noii pas celui de l'insulter ! »

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