‹ Hélène de Poitiers (volume 2)Chapitre 3 sur 8 · ST · texte numérisé non relu

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chercher à me connaître , fuyait dès qu'il m'apercevait. Un jour, je le suivis et je le vis entrer dans une vieille tour , que j'avais souvent remarquée , mais que je ne croyais pas habitée, car jamais je n'y avais aperçu de lumière le soir, et je n'avais vu personne en sortir. Je résolus d'attendre au pied de la tour, pensant bien que cet homme reparaîtrait. En l'attendant, jemelivrais avec mélancolie aux souvenirs de mon enfance ; je me rappelais l'opulente maison de mes ancêtres ; je recommençais en idée ces jours de bonheur qui n'étaient plus !.... Affligé de vieillir parmi les hommes , refléchissant aux peines que j'avais souffertes et que je devais souffrir encore , je regrettais que mon âme ne se fût pas envolée à travers les flammes des bûchers de Philippe.... Tout-à-coup j'entendis descendre du haut de la tour les sons d'une harpe , et la voix d'une femme , dont les accens étaient tristes et mélodieux. J'é-

coûtai avec un bonheur presque nouveau pour moi, cessons qui n'étaient pas arrivés à mon oreille depuis si long-temps ; je n'entendais pas distinctement les paroles , mais il me sembla qu'elles exprimaient la souffrance; et , vous le dirai-je , je me trouvais moins malheureux depuis que je croyais avoir près de moi un être qui souffrait aussi. J'attendis patiemment jusqu'au jour ; alors je vis sortir l'homme que j 'avais enti evu la veille; et comme j'avais caché mon manteau afin qu'il ne me reconnût pas pour celui qu'il fuyait, il s'avança près de moi, et me défendit d'approcher de la tour, où , me dit-il, personne que lui ne pouvait pénétrer. « si vous avez besoin de charités , vous en recevrez ; mais je les mettrai à un endroit convenu. D'ailleurs, vous ne pouvez pas rester dans la forêt : les Templiers y reviennent toutes les nuits, et je les ai vus plus d'une fois se promenant en manteau blanc avec une large croix de

sang sur la poitrine. Ils vous poursuivraient pour vous entraîner avec eux dans leurs tombeaux I... » Je souris à ce propos si gros d'ignorance et de superstition , et je rassurai cet homme en lui disant que c'était moi qu'il avait vu , et que si je le suivais, c'était pour lui parler, n'ayant point du tout l'intention de l'entraîner, puisque au contraire, je le priais de me laisser reposer chez lui. Je ne parvins à le convaincre qu'après lui avoir montré mon manteau, et raconté une partie de mon histoire. Maïs il me fallut revenir bien des fois à la charge pour qu'il me permît d'entrer dans la tour.

— « C'est, medisait-il,unechoseimpossible; je suis gardien d'une jeune demoiselle de haut Hgnage, qui est lépreuse, et je ne dois la mettre en rapport avec personne. Jusqu'à présent, aussitôt que j'ai eu dit la cause pour laquelle on la cache, on m'a laissé tranquille. Elle porte toujours un voile; depuis deux ans

que je la sers, je ne me suis jamais avise de lui demander à voir son visage ; si je l'avais aperçu, peut-être ne serais-je pas resté près d'elle : sa belle-mère m'en a lait un portrait horrible. Mais aussi c'est un ange de douceur , de bonté et de résignation . Car vous le pensez bien, père Anselme, elle ne s'amuse pas, la pauvre petite; et si vous veniez, elle voudrait causer avec vous, plutôt qu'avec moi, qui ne sais rien.

— Eh bien, lui dis-je, puisque vous aimez votre prisonnière, pourquoi ne pas me laisser essayer de la distraire, et de nous consoler mutuellement en mêlant nos infortunes.

« Legardiencéda à ma prière; Hélène (c'est le nom de la douce captive) reçut, comme un bienfait, la présence du pauvre Templier. On l'obligeait, pendant le jour, à se couvrir le visage d'un voile épais, afin qu'on ne la reconnût pas lorsqu'elle se promenait sur les terrasses ; mais elle, pour s'affranchir de ce

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