‹ Hélène de SparteChapitre 10 sur 66 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

CASTOR

Oh ! l'avoir vue ainsi dans la pleine lumière Avec tout le soleil sur ses épaules d'or, Elle, l'orgueil d'Hellas, elle, la grande Hélène, Et songer que ces yeux, et ces bras, et ces mains. Et ce front comme armé de force souveraine Et ce torse dardant les brasiers de ses seins Echouent au vieillard Ménélas comme une épave.

POLLUX

Mon cœur en a souci tout autant que le tien.

Car c'est comme butin de guerre et comme esclave,

Qu'Hélène fut donnée au roi et lui revient.

CASTOR

Que n'ai-je pénétré dans llion croulante Quand ses femmes hurlaient autour de leurs foyers Et que ses murs tombaient en des mares sanglantes Mêlant leurs blocs fendus à des guerriers broyés !

Quand tout n'était là-bas que de la mort qui brûle ! J'eusse arraché Hélène à son palais détruit Et par les sentiers noirs que les bois dissimulent J'eusse emporté ma proie au travers de la nuit. Ainsi ont fait Enée et Creuse et Anchise

POLLUX

Certes, les dieux amis auraient guidé tes pas.

CASTOR

Oh ! combien le regret en mon âme s'attise De n'avoir point suivi les Achéens, là-bas ! Que m'eût importé la vengeance et la haine Et la soif et la faim, et l'affre et le danger Dans ma fuite, de mer en mer, avec Hélène ! Nous eussions vécu seuls, sous un ciel étrano^er Loin des hommes, loin des cités, loin des patries, Ivres tous deux d'un large et violent amour.

POLLUX

Hélas, le ciel, la terre et toutes les furies

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