ACTE I
Vous auraient châtiés et poursuivis toujours !
Zeus est aussi ton père et ton esprit s'égare
A méconnaître un lien qu'avaient formé les cieux.
CASTOR
Non, non, je suis mortel, et mon père est Tyndare ; L'amour qui tient mon cœur n'outrage point les dieux. D'ailleurs, qu'importe et quije suis et qui nous sommes Et que plus tard je règne au fond du firmament ! Je ne veux être Dieu que pour être plus homme Et pour aimer ou pour haïr plus fortement. Hélène est à mes yeux, non ma sœur, mais la femme Dont l'Europe et l'Asie ont respiré la chair ; Celle qui dominait et les villes en flamme Et les orages noirs qui dévastaient la mer ; Celle que j'aime avec démence et avec rage Et d'un amour si brusque, et si rouge, et si fort Que j'exulte à sentir le feu qui me ravage Jusqu'en ses os et ses moelles, brûler mon corps. Ah ! vous ne savez pas, vous ne pouvez comprendre Le sursaut de mon cœur, rien qu'à la voir passer
Rien qu'à voir ses mains vers les miennes descendre Et lentement ses yeux vers les miens s'abaisser Et son souffle rapide et chaud frôler ma bouche. Non, vous ne savez pas, vous ne saurez jamais.
POLLUX
Je sais qu'Hélène est belle et Ménélas farouche Et qu'elle est sa captive et son bien désormais.
CASTOR
Elle appartient au monde avant d'être à personne : Sa gloire et sa beauté sont le terrible enjeu Sur la terre qui bat, sous le ciel qui frissonne. Des batailles des rois et des hommes entre eux. Elle est à qui l'enlève et la possède et l'aime ; Surtout à qui la garde et peut la protéger Fût-ce contre le rapt des Ouraniens eux-mêmes Dont rôde le désir comme un soudain danger ; Ménélas est trop faible et succombe sous l'âge.
POLLUX Il vit.