‹ Hélène de SparteChapitre 22 sur 66 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

A retenu en ses échos vos cris profonds,

Quand vous luttiez, aux bords des eaux, vaillante et nue

Avec ceux qui domptaient mes chevaux orageux.

Oh ! que d'heures en deuil sont depuis survenues, Et comme, hélas ! est loin l'orgueil de ces beaux jeux; Je ne veux plus songer qu'à la tranquille vie D'une femme qui garde et qui soigne un foyer. Avec de lentes mains doucement asservies : J'ai vu tant d'autres feux terribles flamboyer Que j'adore la lampe et que j'aime les âtres ! Nous vivrons loin de tous, en nous aimant un peu Acceptant sans fléchir l'existence grisâtre Et le poids, jour à jour, plus lourd des ans nombreux.

MÉNÉLAS

Pour moi, vous resterez toujours la reine ardente Dont rien n'a pu flétrir le front ferme et vermeil.

HÉLÈNE

Oh ! le déclin du corps, les angoisses mordantes.

Mes yeux n'ont que trop vu se coucher de soleils ! Mais aujourd'hui, je te reviens, l'âme meilleure Sachant quel bonheur sûr mon cœur a négligé. En arrachant sa vie aux soins de ta demeure ; Je t'apporte mon être étrangement changé Et pour vivre avec toi, une femme nouvelle.

MÉNÉLAS Les Dieux sont attentifs à de tels vœux, toujours !

HÉLÈNE

Jadis quand je m'en vins comme épouse fidèle Une première fois vers ton tranquille amour Voulant n'être qu'à toi, et de toute mon âme. Tu me disais — sur ce banc même où je m'assieds —

(elle s'assied sur le banc à gauche)

" Les raisins de ma vigne ont des grappes de flamme, " Mes troupeaux sont pesants, et larges mes celliers; " Je ne sens pas en moi la volupté guerrière " De me ruer vers la conquête ou vers la mort,

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