‹ Hélène de SparteChapitre 25 sur 66 · ACTE II SI · texte numérisé non relu

ACTE II SI

Comme une sombre écume envahissant la mer ! O Dieux î Vers quels dangers suis-je encor entraînée Et pour quelles amours est donc faite ma chair ! J'étais pourtant rentrée au pays des Atrides Serrant, contre mes seins, les plis de mon manteau. O ces désirs toujours rayonnants et torrides Et ces aveux pareils à des coups de couteau !

(à Electre qui s'avance)

Dis, toi, dont je mérite et dont j'attends la haine Toi, dont le père est mort en exécrant Hélène Dont le frère me nomme avec des cris d'horreur Accable-moi des mots les plus durs pour mon cœur.

ELECTRE

Je ne puis te haïr, quand tes yeux me regardent Et je me sens vaincue en m'approchant de toi.

HÉLÈNE

J'ai dévasté ta vie avec mes mains hagardes Comme pour lui ravir la candeur et la foi.

Je suis celle qui traîne après elle, les crimes Les attentats soudains, les lentes trahisons. Je suis toute ta nuit et toute ta ruine Et tout le deuil qui rôde autour de ta maison ; Et je règne, impunie et je marche, et j'existe. Sans moi, sans moi, ta mère eût repoussé Egisthe Agamemnon vivrait, à Mycènes, en roi ; Oreste errant serait resté auprès de toi Je suis toute ta mort.

ELECTRE

Tu es toute ma vie Je ne me souviens plus de ce que fut jadis La vengeance, l'orgueil, la colère, l'envie Je ne sais rien. Je t'aime, et t'aime et te le dis.

HÉLÈNE

(épouvantée) Encor ! Encor î

ELECTRE Combien mon être a faim de toi !

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