ACTE II 6s
Spasmes qui jaillissez de nos chairs avilies
Sous l'orage fougueux des dents et des baisers ;
Et vous, mains des hommes dont nous sommes les proies
Dans la guerre et le sang, le meurtre et la terreur
Et qui n'avez brûlé les murailles de Troie
Que pour que nos yeux nus en reflètent l'horreur ;
Je vous hais, je vous hais, de m'avoir pris Hélène
Et sa tendresse ardente et son puissant amour
Et d'avoir fatigué de douleur et de haine.
Ce cœur qui me repousse et que j'aime toujours.
(Elle quitte la scène, violemment)
HÉLÈNE
Comprenez-vous, Pollux, ma détresse et ma crainte Et sous quel faix je vais rentrer en ma maison ; O vous, l'aîné des miens, dont les conseils sans feinte Affermissaient jadis ma naissante raison. Des yeux fixés sur moi tout à coup me convoitent, La bouche qui m'approche est brûlante soudain, La main que l'on me tend est attirante et moite Et l'on dirait que les lèvres du vent ont faim,
En descendant, le soir, sur ma gorge qu'il frôle. Quand la foule m'entoure ou me suit pas à pas Je n'ose prononcer les plus simples paroles De peur qu'un sourd désir n'y réponde tout bas.
Que ton âme, ma sœur, est donc désemparée !
HÉLÈNE
Dire que j'espérais revivre, ici, en paix En revenant vers toi, belle et douce contrée Grèce natale où tout mon cœur me précédait ! N'étais-tu pas pour moi, la pure et calme enfance Et tes fleuves, tes bois, ton ombre et ton soleil Ne me semblaient-ils point ligués pour ma défense Quand j'aurais eu besoin d'impérieux conseils. Mon âme était chantante en abordant tes rives. Mes pieds, mes mains, mon corps entier a tressailli Rien qu'à fouler ton sol rempli de sources vives De fleuves sinueux et de torrents jaillis. Je suis chez moi depuis un jour et les blocs tombent