‹ Hélène de SparteChapitre 31 sur 66 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Du haut du fronton d'or que mon rêve a construit. Oh ! qui me rendra Troie et la rouge hécatombe Des guerriers s'égorgeant en luttant dans la nuit ? Qui me rendra, de mer en mer, ma vie errante Et le lit parfumé d'afi-olantes odeurs Où ma coupable chair passait indifférente Sans cris passionnés, mais du moins sans horreur ; Car c'est ici, dans ma patrie et dans ma race Par une vierge et par un frère, ici, chez eux, Que j'ai compris jusqu'oii pouvaient aller l'audace Et le crime et l'effroi des amours monstrueux.

POLLUX

Je vois, ma sœur, combien l'horreur et la surprise Ont dû mordre et troubler ton âme tour à tour ; N'importe quand, le jour, la nuit, je t'autorise A demander chez moi et conseil et secours. Mais pourquoi Ménélas ne te vient-il en aide ?

HÉLÈNE

Oh ! qu'il ignore tout, même cet entretien ;

Il se fait vieux ; il a souffert ; sa force cède ;

Quand sa nef approcha des pays doriens

Et que ses yeux mouillés regardaient ces montagnes

Je me jurai de ne le plus troubler jamais.

Je veux qu'un amour sûr désormais l'accompagne

Et qu'il m'ignore, afin que sa vie ait la paix.

C'est vers vous que s'en vient, dans sa détresse, Hélène,

Vous qui m'avez connue et qui ne m'aimez pas.

POLLUX

Certes, j'ai mes desseins : je sais quel chemin mène

Jusques au but marqué vers où tendent mes pas ;

Néanmoins, ne crois pas que mon âme soit morte ;

Je ne puis regarder en silence tes yeux ;

Mais j'ai la volonté si allègrement forte

Que tout mon cœur se tait, quand mon orgueil le veut.

HÉLÈNE

J'ai confiance en vous ; d'ailleurs, en qui Taurais-je }

En qui puis-je l'avoir si vous m'abandonnez.

Si les mots que j'entends ne sont que leurre et piège.

JCTE II 69

Je vivrai loin de vous, sans vous importuner Sachant que votre bras garde ma solitude ; J'ai trop d'orgueil encor pour me plaindre toujours Et vovis ne saurez pas ma sombre lassitude D'avoir ployé, depuis vingt ans, sous tant d*amour.

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