ACTE I
On instruisit mes yeux à ne voir que des crimes
Se draper dans la pourpre et rouler aux abîmes.
Mes bras, mes mains, mes doigts n'ont touché que la mort
Je n'ai jamais connu que la rage du sort
S'acharnant sur Atrée et me tuant mon père ;
Je vois des mains en sang dans le sang de ma mère
Et mon frère assassin qui vers l'ombre s'enfuit,
Portant toute sa race ensanglantée en lui !
POLLUX
Vous étiez une enfant quand éclata la guerre ; Hélène était partie et ne soupçonnait guère Les maux que son départ déchaînerait sur tous ; Elle revient heureuse et l'accueil sera doux Que lui fera la ville où je commande encore.
ELECTRE
J'ai vu Sparte aujourd'hui s'éveiller dans l'aurore, Et les gardiens des tours se faire des signaux Et dans l'air vierge et dur s'agiter des rameaux
Et des arcs s'élever faits de fleurs et de flammes ; Et j'ai senti la mort jusqu'au fond de mon âme.
POLLUX
J'aime à vous rappeler — les dieux sont mes témoins —
Combien j'ai mis d'ardeur, et de zèle et de soins
A vous défendre, aux temps fatals, contre vous-même,
A peine sentiez-vous ma puissance suprême
Comme une ombre d'été passer sur votre front.
Si Ménélas était resté là-bas, mon nom,
Un jour peut-être, aurait uni sa gloire au vôtre ;
Tout ce pays, Argos et Sparte, eût été nôtre
Et nous eussions régné sur nos peuples en paix ;
Mais le retour d'Hélène a changé mes projets
Et mon sort de nouveau change et se recompose.
ELECTRE
Mais ignorez-vous donc qu'elle seule est la cause De cette ardente mort que je nourris en moi t C'est elle ma fureur, ma fièvre et mon effroi ; Elle qui me fait peur, ainsi qu'un incendie