ACTE II Zl
Vous voulez, n'est-ce pas, la resserrer encor?... Vous attacher à nous par un lien plus fort ? Et, jusqu'en ma maison, plein d'une ardeur extrême... Mais je parle, je parle, achevez donc vous-même!...
DESPREZ, bas, à Flavignac.
L'affaire se complique !...
FI.AVIGNAC, bas, à Desprcz.
Il atout entendu!...
M. DADBUET.
Mon Dieu! que de prudence et que de temps perdu! Bref, quelque chose ici, que vous allez me dire, Plus que mon amitié, vous charme et vous attire...
FLAVIGNAC, éperdu.
\e croyez pas!
M. DAUBRET, avec surprise.
Comment?
Que j'oserais... chez vous...
DESPREZ, haussant les épaule?.
Une plaisanterie, entre deux jeunes fous.
M. DAUBRET, allant de l'un à l'autre.
Quoi? Qu'est-ce? On plaisantait?... Je ne ris point.
FLAVIGNAC, avec fermeté.
En somme.
S'il faut que je répare... eh! bien, je suis votre homme.
M. DAUBRET.
Réparer quoi?... Mon cher, ce m'est un grand honneur. En vous faisant heureux je double mon bonheur...
FLAVIGNAC, stupéfait.
Vous?...
DESPREZ, à part.
Boni
Depuis longtemps je soupçonnais riiistoiro. Je ne suis pas du tout l'homme qu'on pourrait croire, Et je sais mieux qu'un autre, avec le bien que j'ai, Narguer tout vain scrupule et tout sot préjugé.
FLAVIGNAC, bors de lui.
Mais... monsieur...
Désormais, nos maisons n'en font qu'une.
DESPREZ, à iiarl.
Un moyen tout nouveau d'employer sa fortune !
FLAVIGNAC-
Vous vous moquez '...
Non pas; j'offre l'appartement,
I our vous voir, chaque jour, à mon contentement.
DESPREZ, a pari,
La curiosité me paraît un peu forte!...
FLAVIGNAC, furieux, prèl à sortir.
On peut, sans le railler, mettre un homme à la porte!
M. DAUBRET, lui Itarranl le passage.
Elil morbleu 1 vos propos tombent je ne sais d'oili.
II faut décidément qu'un do nous deux soit fou...
Je le crois.
DESPREZ, à pari.
Moi. (le même.
M. DADBRET, avec force.
£n un mot, comme en mille, Sortez, ne sortez pas, soyez rogne ou tranquille. Je connais votre amour et votre intention, Et vous donne, de plus, ma bénédiction!...
(Comptant sur ses doigls.)
Vingt mille francs de rente, une femme gentille.
FLÀVIGNAC, plus surpris encore.
A moi?
M. DAUBRET.
Certainement, vous épousez ma fille.
FLAVIGNAC.
Votre fille?...
A quoi bon ces regards effarés ?
Parbleu! ce n'est pas moi que vous épouserez...
FLAVIGNAC, se déballant.
Ce projet inouï!... cette étrange lumière!...
JI. DAUBRET, impalienté.
Laissez donc, votre bouche a parlé la première, Quand, me croyant blessé par cet amour fervent, Vous vouliez, avec moi, mettre flamberge au vent. (Se relournanl vers Desprez.)
J'en appelle à monsieur, la chose est transparente.
DESPREZ, avec eniliousiasme.
Cela crève les yeux.
(A part.)
Vingt mille francs de rente!
FLAVIGNAC, insislant.
Mais... je suis pauvre...
Zi8 HÉLÈNE PEYRON
M. DAUBRET, avec simplicité.
Après?...
(A pan.)
C'est un homme très-fort, Un autre se serait précipité d'abord.
(Haut.)
De l'esprit et du cœuri une âme ainsi lotie, Fait comme vous!... morbleu! c'est de la modestie. Le grand enfant ! Vo3'ons, faut-il, pour le charmer. Qu'on lui mâche sa joie et qu'on le fasse aimer?... A-t-on vu très-souvent, en cet état de choses, Chemin plus doux aux pieds et plus bordé de roses?... Non, je ne devrais pas avouer tout cela; Mais, enfin, si jamais le silence parla. Si j'ai quelque aptitude à sonder l'âme humaine, « Elle ne vous hait point! » comme dirait Chimène, Et je compte, aisément, calmer son désespoir, Et nous pouvons l'entendre, et vous allez bien voir.
(11 sort précipitamment.)