‹ Hélène Peyron; drame en cinq actes, en versChapitre 23 sur 48 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

FLAVIGNAC, DESPUEZ.

DKSPREZ, «ainbadanl.

,lo niai-querai de blanc cette forte journée; Qu'on me prête une llùte... llyménéc! hyménée!

FLAVIGNAC, soucieux.

Uicn n'est dit.

DESrilEZ.

Laisse donc! tout sera fait demain.

Marié, mon gaillard! marié haut la main!...

FLAVIGNAC.

Moins que tu ne le crois.

DESPREZ

Comment, moins? Tu supposes Que ce médicament peut se prendre par doses ?

FLAVIGNAC.

Mais tu ne vois donc pas à ce signe nouveau Qu'il s'est foulé le crâne, et cloche du cerveau ? Non, dût la fille aussi voyager dans la lune, Je me respecte trop pour tenir ma fortune, I\loi qui suis sans espoir et qui n'ai pas un sou. De la main d'une enfant et de la main d'un fou.

DESPREZ, avec amerliime.

Que ne l'ai-je à subir cette lutte suprême !

FLAVIGNAC.

Qn la pousse, on la force, elle a cédé quand même.

DESPREZ

Bast! en s'appliquant bien, le cœur fait des progrès; Il a, pour se former, vingt ans d'école après !

FLAVIGNAC.

Je ne puis.

DESPREZ, minaudanl.

L'autre amour nous trotte dans la tête?... La maman, n'est-ce pas?...

(Eclalanl.)

Pour le coup, c'est trop bête!

Holà! vous voulez rire, et vous nous en contez. L'homme des grands éclats et des moralités ! J'estime, pour ma part, qu'il n'est pas plus infâme D'accepter son enfant que de prendre sa femme, Et moi qui suis moins fort en fait de sentiment, J'épouserais, demain, très-vertueusement.

Elle t'aime, on le voit, je m'en rapporte au père.

(.MouvcmciU (Je Flavignac.)

Oh! pas un mot de plus, ton doute m'exaspère!

Tu ne comprends donc pas cette fatalité.

Et combien c'est prévu de toute éternité ?

Ta sotte passion qui déjà se déflore

Comme un rêve insensé que l'aube décolore.

C'était, je n'ai pas là de terme sous la main,

Un... appel... une ébauche... un prélude à l'hymen...

Nous touchons, aujourd'hui, la réalité franche,

Et ton amour du tronc va passer dans la branche.

(Avec chak'ur.)

A notre âge, vois-tu, nous n'avons pas le temps De chasser l'oiseau bleu, comme on fait à ving ans. Prenons la chance aux crins I enfourchons la fortune

(Avec ironie.) Que si, dans l'avenir, ton luxe t'importune, Et qu'il te faille, un jour, par cet or oppressé, Cultiver l'amour pur et désintéressé...

Moi, pour mettre à couvert ta loyauté souffrante, Pouah ! c'est du dévouement!.. . je toucherai la rente.

FLAVIGNAC, rùvciir.

Si cet amour, au moins, librement partagé..

DESPREZ, vivement. t

Partagé? La pauvrette en a le cœur chargé.

FLAVIGi\AC, avec ironie.

Tu le sais?...

DESPREZ

J'en réponds; crois-en ma vigilance.

Ses gestes, ses regards et jusqu'à son silence, Tout le dit !

C'est fort bien, mais j'ai les yeux ailleurs.

Voici le temps venu des examens meilleurs; Tu te rattraperas.

FLAVIGNAC, pi'idanl patience.

Laisse-moi donc tranquille !

C'est un entêtement à m'échauffer la bile Que de prétendre ainsi connaître, mieux que moi, Ce que je veux. Pourtant, ma conduite en fait foi ; Je n'ai pas, de si loin, préparé l'aventure Pour fournir aux plaisants cette caricature D'un don Juan poussif, qui, dès le premier jour, Se prend au mariage, en courant à l'amour?

DESPREZ

Eh! le piège, à mon sens, vaut mieux que la conquête!

FLAVIGNAC.

Tu m'accorderas bien quelque plomb dans la tête?... Je me connais, enfin!...

DESPREZ, hûchanl la tète.

Tu ne te connais pas !

Non, mon brave, à chacun sa besogne, ici-bas. Tu n'as pas eu le temps, voilà toute l'histoire.

FLAVIGNAC.

Et tu me connais mieux peut-être?

DESPn EZ.

C'est notoire.

Puisque, grâce aux destins, moins prompt à m'enflammer, Depuis dix ans et plus, je te regarde aimer ; Le pauvre homme qui brûle a la tête engourdie. C'est le voisin, mon cher, qui juge l'incendie; Or, j'ai pu constater, en tes rêves ardents, Plus de flamme au dehors que de cendre au dedans. Sinistres anodins I feux d'étoupe et de paille!

FLAVIGNAC.

Nous verrons bien.

DE SPREZ.

Parbleu!... l'idéal qui te raille S'échappe, quand sur lui tu veux fermer la main. C'est Phistoire d'hier et celle de demain... . Trouver son. idéal ! un étrange problème ! Au lieu de le chercher, compose-le toi-même.

FLAVIGNAC.

J'ai tort de discuter. Mais suppose, un moment, Que je puisse, ù, ton gré, changer de sentiment, Ce mariage-là serait une folie !...

L'autre...

Quelle autre encor?

FLAVIGNAC.

Celle enfin qu'on oublie.

DE SPREZ, l'ianl.

L'autre, au quartier Bréda? l'autre, au bout de Paris?

FLAVIGNAC.

Sans doute; elle est tenace et pousserait des cris...

Y tiens-tu, toi ?

FLAVIGNAC. ^■

Pas trop; tu sais, par habitude.

DESPREZ

Alors?...

FLAVIGNAC

Malgré cela, c'est une inquiétude.

Ce matin libre encore, et ce soir, fiancé. Je n'aurais pas le temps de clore mon passé.

Et ce serait le moins d'apporter à ma femme, A défaut d'une dot, la loyauté de l'àme... Impossible, vois-tu!

Quel garçon vertueux !

Je le clorai, pour toi, ce passé monstrueux; De peur qu'il ne s'échappe en forçant les serrures, J'y mettrai des verrous, j'y mettrai des ferrures. Et tu pourras, mon cher, sur le coffre d'airain Poser tranquillement ton avenir serein.

C'est mon affaire, à moi !

FLAVIGNAr, sourianl.

Le moyen, je te prie?...

DESPREZ

Attends donc... je n'ai pas dressé ma batterie; Pourvu qu'avant la noce, on puisse t'agencer Quelque prétexte adroit de t'en débarrasser... Mais de l'aplomb, morbleu !

(Lui frappant l'épaule.)

J'aperçois ta famille.

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