SCÈNE III
M. DAUBREÏ, MARCELINE, MADAME DAUBRET, HÉLÈNE.
MADAME DAUBRET.
(Elle entre avec Hélène par la porte de droite, reste pétrifiée en apercevant Marceline et pousse un cri involontairement.)
Marceline!...
M. DAUBRET, à part et comme anéanti.
Ciel !. ..
MADAME DAUBRET, d'une Voix saccadée, à Hélène qui regarde fixement Marceline,
Sortons, mon enfant, nous reviendrons plus tard. Ton père est occupé, viens!...
(Hélène reste immobile.)
Pourquoi ce regard ?...
(Hélène s'avance lentement vers Marceline.)
Hélène!...
(Hélène continue, Marceline recule effrayée.)
Que fais-tu ?...
(Môme jeu.)
Mais répouds-mol !...
HÉLÈNE
(Arrivée près de Marceline, elle étend le bras, et d'une voix déchirante.)
C'est elle !
MADAME D A U B R E T
Grand Dieu !...
M. DAUBRET, à pari.
Comment cela?
MADAME DAUBRET, à pan.
t)uelle angoisse mortelle!...
HÉLÈNE, d'uni' voix éclatante.
C'est la femme au billet qui revient aujourd'hui ! Je la connais!...
(Marceline frissonne.) «*
MADAME DAUBRET, éperdue.
Comment?...
HÉLÈNE
C'est sa maîtresse, à lui!
(Marceline lombe dans un fa'.iteiiil en se cachant la léte dans son mouchoir. Madame Dauhrel est immobile et tremblante.)
M. DADBRET, bondissant.
.Sa maîtresse!... oh! jamais!...
(A Marceline.)
Répondez I... ce silence!...
MADAME DAUBRET, h Marceline.
Serait-ce vrai?... parlez!...
HÉLÈNE, avec impétuosité.
Quoi!... votre esprit balancel...
Pourtant, vous voyez bien qu'elle ne dit pas non!...
(A madame Daubrel.) Je la connais, ma mère!... il m'a livré son nom!... C'est elle!... je le sens, à tout mon corps qui tremble!...
(A Marceline.)
Que voulez-vous, madame?... oh! laissez-nous ensemble, Laissez-nous!... de quel droit l'arracher de mes bras? Il me l'a dit cent fois, il ne vous aime pas .. Mon Dieu!... si l'un s'en va, d'autres viendront sans peine ; On n'en meurt pas chez vous, il me l'a dit...
MADAME DADBRET.
Hélène!
HÉLÈNE, avec désespoir.
Comment!...
(Regardant M. el madame Daubrel.)
Personne, ici, pour défendre mon cœur!...
MADAME DAUBRET.
Tais-toi!... si tu savais ...
(Levant les yeux au ciel.)
Protégez-nous, Seigneur!...
HÉLÈNE, exallée.
Je ne veux pas savoir, et je hais cette femme...
MARCELINE, à M. Daubrel, d'une voix tremblante.
Monsieur, si vous avez quelque pitié dans l'âme, Cette place... à l'endroit que vous disiez tantôt, P'aites-la-moi donner, c'est demain qu'il la faut!...
(Elle sanglote. Hélène la regarde.)
MADAME DAUBRET, allant vers son mari, d'une voix tremblante.
Je t'ai trompé quinze ans...
(Elle tombe à genoux.)
Pardon!... j'ai cru bien faire
12U HÉLÈNE PEYROÏV
En abritant la fille à l'ombre de son père... Dieu qui punit l'orgueil, jusque dans la vertu, Appesantit son bras sur mon front abattu... Nul n'a droit d'usurper sa sainte providence.
M. DADBRET, la rclevanl et avec agilalion.
Bien!... laissez-moi!... mes yeux s'ouvrent à l'évidence. Oh! que d'éclairs sortis du passé ténébreux!... Sa mère !.. . qui l'eût dit?... le scandale est aftreux !.. • (Avec accablcmenl.)
Voici, de tous côtés, le destin qui m'enlace!
Ma fille! mon mandat qu'il faut laisser! ma place.-.
Ma fille!...
UÉLÈNE, couraiu à lui.
Expliquez-moi... ce qui se passe ici!... Ces larmes! ces sanglots! ce visage obscurci!... Mon Dieu!... je sens sur nous des choses formidables!...
M. DAUBRET, égaré.
Non! ces questions-là ne sont pas abordables!... Pas moi!., je ne sais plus!... d'autres te le diront!... Comment le puis-je?... Tiens!. ..mets ta main sur mon front. Il brûle !... Ah ! pauvre enfant !... dans quel gouffre nous sommes !
(Apercevant Flavignac par la fenêtre.)
Que vois-je?... Flavignac!...
(Leur indiquant la porte de droite.)
C'est une affaire entre hommes!...
Sortez!...
(l'oussant Hélène vers madame Daubrel.)
J'entends ses pas!...
(faisant un signe à Marceline.) l'ersonne ici que moi!
(Marceline suit de loin madame Daubrel ([ui entraîne Hélène.)