SCÈNE IV
JULIA, SŒMIAS
SŒMIAS (dans un leproche plein de pitié)
Julia, quel silence et quelle cruauté !
Entre nos bras unis, nos fils se sont jetés.
Et comme un écheveau notre amour se sépare.
Les deux sœurs ne sont plus que deux mères barbare?.
Les enfants ayant mis dans l'unique maison
L'écho de notre crainte et de leur trahison.
JULIA
M 'appartient-il encor de te rester fidèle ?
SŒMIAS
Comme ta haine est douce et que tu la rends belle !
JULIA
Qui dois-je abandonner du fils ou de la sœur ?
SŒMIAS
Et si tu les perdais tous deux, malgré ton cœur !
JULIA
Dirais-tu vrai, me faudrait-il encor te croire ?
SŒMIAS -douloureuse)
O farouche destin d'une cruelle histoire !
Destin fatal, qui ne ménage plus ses coups !
Quelle calamité s'amoncelle sur nous ?
Si nous pouvions du moins en rançon de nous-mêmes,
Vivre pourqu'ils soientgrandset mourir pour qu'ils s'aiment !
(épouvantée)
J'ai peur du temps qui passe, et je sens sur mes pas Les poignards de ton fils que tu ne retiens pas... Horreur ! . . . ma robe est rouge.. . et je tremble. . . et suis lâche.
(dans un immense sentiment de tendresse)
Julia, je reviens et ma tête se cache Au creux de ton épaule, ainsi que je faisais Quand, sur nous, le bonheur innocent se posait. Crie-moi que j'ai la fièvre et qu'un songe me trompe !
JLXIA (symbolique)
Les fleurs tombent toujours et les eaux se corrompent.., Nous sommes dans la nef que la honte poursuit. Nous sommes des jardins balancés et détruits ! Non, tu ne rêves pas, soeur que je sens blessée Et que je n'ose pas guérir de ma pensée Car elle est un orage et tu veux un abri.
SŒMIAS (implorant)
Pourquoi ne me men.--tu, puisque mes yeux t'en prient? Ton devoir est-il donc de paraître implacable ?
O ta tendresse vide en tes bras secourables ! Mens-moi...
JULIA Tu m'en voudrais de t'avoir obéi.
SŒMIAS
Que t'a donc fait mon cœur, pour l'avoir tant trahi ?
JULIA (dissimulatrice)
Qui te dit que je porte un dessein de victoire ?
SŒMIAS (qui s'est ressaisie et d'une voix qui va jusqu'à l'injure)
Qui me le dit ? Mais ton regard peuplé de gloire, Dont l'attendrissement ne peut dissimuler Ce bonheur que tu prends à vouloir me voler.
JTJLIA (éclatant)
Eh bien, oui, je te vole et par droit de justice ; Comme on m'a commandée, il faut qu'on m'obéisse.
Ton égoïsme altier n'a-t-il as^ez longtemps Conservé pour toi seule et pour ton seul enfant La couronne à nous deux que tressa notre mère ? Je veux ma part...
SŒMIAS (révoltée)
Ta part est toute en ma colère !
Oublies-tu qui je suis, pour m'oser réclamer Ce qui ne t'appartient ?
JULIA
Ton fils est désarmé...
SŒMIAS (furieuse en même temps que craintive)
Par qui?... réponds ?... par qui?...
JULIA
Par l'Empire lui-même.
SŒMIAS
Est-il donc tant creusé, que la voix de blasphème
De Julia s'acharne à venir insulter
Et la reine et la sœur, et jusqu'à ma bonté ?
JULIA
Je ne t'insulte point, mais j'ai la noble audace D'être semblable à toi, ô mère si vorace ! J'ai un fils, Soemias, ne t'en souvient-il plus ? Il doit être Empereur...
SOEMIAS (impérieuse)
Le mien l'est devenu.
JULIA
Divisons le pouvoir...
SŒMIAS (résolue)
Non, non, pas de partage...
Tef vœux n'atteindront pas le ciel de mon courage î
JULIA
Ainsi, tu ne crains pas de tant nous séparer ?
SŒMIAS (chassant Jelia d'un geste)
Je ne crains que les pleurs que tu m'as fait pleurer.
Julia sort.)