SCÈNE III
HÉLIOGABALE. SŒMIAS
SŒMIAS
Mon fils !
Chère gardienne assise à mes côtés !
Je cherche le bonheur qui pourrait m'emporter... Je voudrais fuir, mais pour ne plus me reconnaître, Et je reste aggripé, comme l'aube aux fenêtres, Au sol mouvant et langoureux de mes sillons. Je suis enseveli dans l'or de mes rayons ! Je suis une maison aux joies abandonnée ; Mon âme est une fleur chaude et empoisonnée Qui l'envahit ! Mon âme est un ardent lys noir
30 IIÉLIOGABALE
Dont les pétales lourds, tels un tragique soir,
Donnent à mes désirs des ailes vénéneuses.
Je porte cette odeur putride et généreuse
Fille de la luxure et fille de la mort.
Quand j'ai touché du sang, je veux du sang encor !
Mon âpre volupté se pare et s'accentue
De mon amour qui souille et de ma main qui tue.
Je suis insatiable et rien ne me suffit
De ce que je commande et de ce que je fis î
Je veux créer, je veux aller vers l'impossible
De ma chair indomptée et de mon âme horrible !
Emplis-moi de délire, ô mère ! sous tes yeux
Peut-être que ton fils s'anéantira mieux.
SŒMIAS (pressant Héliogabale contre elle)
Dors... dors... je mets un peu de baume et de silence
Dans ce nouveau berceau de ta nouvelle enfance.
Je fais tomber sur toi les multiples trésors
Des feuilles de mon cœur inépuisable. Dors. ..
Je veille, et je refais lentement le tour sombre
Du palais corrompu, plein de tourments et d'ombres,
O les yeux du mensonge à ta gloire assemblés !