ACTE I. — LA DÉMENCE
HELIOGABALE (se dressant en sursaut)
On me trahit... on me trahit... écoute-les !
Tmontrant un point imaginaire)
Là... là... ces hommes déguisés qui me désignent ! Cache-moi... cache-moi...
SŒMIAS
Mon fils...
Ils me font signe...
Que veulent-ils ?. . . Leurs mains. . . je vois leurs lourdes mains De pillards ! elles envahissent mon chemin !... Leurs ongles sont courbés sur ma haute couronne ! O ce nuage de corbeaux qui m'environne Et qui tournoie et que je chasse et qui revient !
(Après cette hallucination, revenant auprès de sa mère.)
Mon angoisse me fait encore un peu plus tien Chère mère que j'aime et qui voile mes plaintes î
Mais si Ton m'arrachait de ta jalouse étreinte ?
Si Ton me dépouillait, te dépouillant aussi ?
Si le chêne et le lierre ardent étaient ici
Désenlacés ? Si nous restions comme un champ vide
Après avoir été cette forêt splendide
Dominant l'univers de son feuillage altier ?
Si les grands bûcherons qui n'ont pas de pitié
Se mettaient à nos pieds, mais pour mieux nous abattre ?
Si nous étions les combattants qu'on vient combattre ,
La victoire qui tombe en revenant au camp ?
Si nous étions la mort en nous mieux démasquant ?
SŒMIAS (méditative)
Je suis au carrefour où se joignent deux routes Mon fils Antoninus ! A chaque instant j'écoute Avec effroi les voix contraires des chemins Et je n'ose choisir, car j'ai peur que demain M'accuse d'être lâche ou d'être trop humaine ! A la fois je voudrais la grandeur et la haine, A la fois je voudrais la vengeance et l'oubli, Et je voudrais, mon fils, que tout fût accompli.