‹ Héloïse et Abailard;Chapitre 26 sur 41 · L'ABBESSE, ZANNONE, LOIS A, FLAMINIA · texte numérisé non relu

L'ABBESSE, ZANNONE, LOIS A, FLAMINIA

zannone. Eh bien ! ma chère pupille, comment vous trouvez-vous ici?

loïsa. A merveille!.. On vient de m'habiller en dame! j'ai une cellule charmante... et je viens de manger de si bonnes confitures!...

zannone, bas, à l'abbesse. Elle est gourmande!

l'abbesse, de même. Le ciel en soit béni!

zannone. De sorte que vous ne regrettez pas Milan?

loïsa. Je crois bien!., là-bas je servais tout le monde, et ici, chacun semble être à mes ordres... tellement que j'en suis honteuse... et puis le seigneur Mortadella...

zannone. Vous grondait toujours,..

loïsa. Bien pis que cela... il parlait dans les derniers temps de m'aimer et de m'épouser...

zannone. Et vous ne voudriez pas vous marier?

loïsa. Ah! non!.. (A part.) Avec lui!

flaminia. Vous avez bien raison... parce que lesrnaris, voyez-vous...

zannone. Ma femme!

l'abbesse, à demi-voix. Ne voyez-vous pas qu'elle nous sert?

zannone. C'est juste!

flaminia. Ça vous fait toujours taire...

l'abbesse. Tandis qu'ici...

loïsa. On ne fait que parler.

zannone. Vous vous en êtes déjà aperçue?

loïsa. Je crois bien !

Air de l'Ambassadrice.

Je croyais qu'en un monastère On priait les jours et les nuits, Et que le front sombre et sévère Etait toujours chargé d'ennuis!

Mais ça n'est pas vrai ! ça n'est pas vrai ; caï

Le bonheur y brille de toute part !

Ce sont des repas Fins et délicats !

Des bonbons exquis, Et des fruits Confits!

Le jour au parloir La gaîté circule, Et quand vient le soir Ou rit au dortoir.

Déjà je connais, Par la sœur Ursule, Et tous les secrets, Et tous les caquets'....

Bien n'est amusant Comme le couvent !

Je trouve le couvent Charmant !

DEUXIÈME COUPLET

Je croyais qu'en cette retraite Le silence était un devoir ; Qu'on n'y parlait jamais toilette.

Enfin... je .voyais tout en noir!

Mais ça n'est pas vrai, ça n'est pas vrai ; car Tout, dans ce séjour, charme le regard! Le linge est si frais, Les plis si coquets, Et la guimpe fine a bien ses attraits! Même j'ai cru voir, Dans chaque cellule, Même j'ai cru. voir Un petit miroir !

Déjà je connais, Par la sœur Ursule, Et tous les secrets, Et tous les caquets!

Rien n'est amusant Comme le couvent !

Je trouve le couvent Charmant!

zannone, bas, à l'abbesse. Elle y vient d'ellemême. (Haut, à Loïsa.) Vous faites bien de parler ainsi... car il était question de vous renvoyer à Milan...

loïsa, allant à l'abbesse (1). Chez mon ancien maître... je ne le veux pas!

zannone. Vous préférez donc ce couvent?

loïsa. Certainement.

l'abbesse. Vous désirez y rester?

loïsa. Oui sans doute. (A part.) En attendant de ses nouvelles...

zannone. Eh bien! mon enfant, ce que vous nous dites là... il faut l'écrire vous-même au prince.

loïsa. Bien volontiers... C'est que je ne sais pas écrire... tout à fait... je ne signe que mon nom.

zannone. Cela vaut encore mieux... parce que

(1) L'abbesse, Loïsa, Zannone, Vlaminia.

cette lettre... cette demande... c'est moi qui l'é crirai dans les termes les plus pressants... et c'est vous qui la signerez...

loïsa. Aussitôt que vous voudrez. Ah! Monsieur, ah! madame l'abbesse, que je suis heureuse !

l'abbesse. Dieu soit loué!., c'est une vocation décidée.

ENSEMBLE

Air des Mousquetaires de la Reine.

loïsa, à part.

Oui, je peux ici Penser à celui Qui m'a fait serment D'un amour constant!

Car il reviendra!

Et puis il sera Bientôt mon mari, Et toujours mon ami!

zannone, bas, à l'abbesse.

J'obtiens et sans combat tout ce que je désire !

(4 Loïsa.) Au prince, en votre nom, nous allons donc écrire; Vous signerez...

loïsa.

Ah! de grand cœur !

Et sur-le-champ ! ah ! pour moi quel bonheur !

ENSEMBLE

loïsa.

J'ai le doux espoir De ne plus revoir Un maître méchant Et toujours grondant!

Je reste en ces lieux Où l'on est heureux !

Et ce qui vaut mieux, Où l'on gagne les cieux!

zannone et l'abesse.

Pour nous quel espoir Se fait entrevoir!

Son cœur y consent, Elle entre au couvent [ (A Loïsa.) Dans ces lieux pieux Chacun est heureux !

Et ce qui vaut mieux, On y gagne les cieux!

FLAM1NIA.

Vraiment le couvent A plus d'agrément Qu'un mari méchant !

Et toujours grondant!

Oui, c'est dans ces lieux Que l'on est heureux !

Et ce qui vaut mieux, L'on y gagne les cieux!

[Zannone, Vabbesse et Loïsa sortent par la porte, à droite.)

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