ACTE III
Dites le nom comme il vous viendra ; il viendra toujours bien!
RAOUL
Après deux mots d’explication avec vous, j’ai donc pu me mettre sur les traces de mademoiselle Paranquet. Mon cbeval ayant de meilleures jambes que ceux de la voiture où elle était remontée avec son compagnon, M. Avertin , que je connais, entre parenthèses...
GUY
Vous le conaisscz ; qu’est-ce que c’est que cet "homme ? il est venu pour me parler !
RAOUL
Bon, mais n’anticipons pas. Je les ai suivis jusqu’à Tours, à l’hôtel de la Boule-d’Or, où ils sont descendus. Elle a rejoint là un M. Cavagnol qui passe pour son mari ; car elle n’a donné que ce seul nom pour elle et pour lui.
GUY
C’est bien cela... Il n’aura pas osé les accompagner
jusque chez moi.
RAOUL
Une heure après, ils sont partis tous trois pour Paris. J'ai pris le même train qu’eux. A la gare, ils se sont séparés de l’Avertin, et je les ai suivis de nouveau jusqu'à l’hôtel qu’ils habitent, rue Chateaubriand, 95.
GUY
Cet hôtel est à eux?
Oui, les renseignements pris, j'ai été trouver un avocat de mes amis qui est le plus honnête homme du
monde. Sans vous nommer, je lui ai exposé la situation dans les plus minutieux détails. Elle est tout ce qu’il y a de plus simple ; vous devez avant tout recourir aux moyens que vous avez mis de côté jusqu’à ce jour. Tout ce qu’a pu faire mademoiselle Héloïse Paranquet, c’est de reconnaître sa fille, et de se constituer un droit personnel et absolu en face de l’incognito du père. A votre tour, reconnaissez l’enfant et le droit sera partagé.
GUY
Et alors la mère ne pourra plus rien ?
(Ils se lèvent.)
RAOUL
Si ; elle pourra attaquer la reconnaissance que vous aurez faite et prétendre que vous n’êtes pas le père; mais le président du tribunal qui, du reste, interprète aussi souvent l'esprit que la lettre de la loi, au grand avantage des honnêtes gens, maintiendra votre reconnaissance, et mademoiselle Héloïse sera déboutée de sa demande. Je me sers des propres expressions de mon ami.
GUY
Mais du moment que ses droits sont limités, pourquoi ce retour inopiné? Cet Avertin qui la conseille doit en savoir aussi long que votre ami !
RAOUL
Cet Avertin est, en effet, un gaillard très-retors... très-intéressé, cachant de plus, sous une bonhomie apparente, une vanité très-facile à blesser... La chicane en personne... qui connaît le code sur le bout de son doigt, et qui le retourne dans tous les sens au profit de son client, quel qu’il soit. Et vous dites qu’il est venu pour vous voir; ça ne m’étonne pas! il a déjà reconnu que mademoiselle Paranquet n’était que momentané-