ACTE III
GUY
Donner la vie ne constitue pas la maternité telle que Dieu l’a voulue. C’est lui désobéir que supprimer à ses enfants les soins et la tendresse dont ils ont besoin. Délaisser ses enfants dès leur naissance, c’est méconnaître la première et la plus sainte des lois de nature; une mère qui n’obéit pas à cette loi n’est pas une mère ; elle n’est pas une femme : elle n’est rien, elle est morte. Voilà pourquoi, chère petite, je te dis que ta mère est morte, bien qu’elle vive encore et vienne invoquer aujourd’hui, dans je ne sais quel méchant intérêt, ce titre dont elle n’avait pas souci quand il l’astreignait à des devoirs.
CAMILLE
Pourquoi l’avais-tu épousée, puisqu’elle n’avait pas de cœur?
GUY
Elle n’était pas ma femme !
CAMILLE, avec un véritable étonnement d'enfant.
Et tu es mon père, cependant... et elle est ma mère... Je ne comprends pas!
GUY
Mon cher ange... pardonne-moi tout ce que je suis forcé de te dire aujourd’hui : c’est la punition du mal que j’ai fait, et je souffre plus que toi de cette confidence, car j’en rougis. A cette heure, je t’explique ma conduite, pour qu’il ne te reste pas d’arrière-pensée. — Cependant, malgré son indifférence pour toi, j’avais la ferme intention d’épouser ta mère et de la ramener par ce sacrifice très-grand au sentiment maternel, qui pouvait se révéler plus tard; mais elle était, d'autre part, indigne de toi et de moi, et j’ai du te séparer d’elle à tout jamais!
CAMILLE, se levant.
Indigne! Elle avait donc commis une faute?...
GUY, so levant.
Irréparable
rr !
CAMILLE, à voix Lasse.
Déshonorante?
Déshonorante !
GUY
CAMILLE, plus bas encore.
Elle avait... volé?
Chère enfant !
GUY, à part.
CAMILLE
Qui l’a vu? qui l'a dit?... Non, non, c’est impossible ! Je ne peux pas, je ne dois pas le croire!... C’est donc pour cela qu’aux Tuileries cette femme ne voulait pas que sa fille jouât avec moi ! (Portant son mouchoir à ses ycnx ) Oh ! mon bon père, que c’est vilain, la vie !
(Elle se jette dans les bras de Guy.)
GUY
Pauvre enfant! Maintenant, ta mère, à qui la loi reconnaît des droits, parce qu’elle est ta mère, en somme ; maintenant que tu es élevée, que tu ne lui as coûté ni soins, ni affection, ni exemples; maintenant que tu es une belle et brave fille; maintenant que tu as le droit d’étre heureuse, ta mère apparaît tout à coup et veut nous séparer !
CAMILLE
Jamais!