ACT£ XI
OAUXLLE.
Ne craignez rien, bon papa ; cVabord, vous êtes toujoure sage, et puis si vous ne l'étiez pas, je vous^pardonnerais... (Allant «i piano.) Où est mon père?...
LE COMTE
Il va venir. 11 n'est jamais bien loin d'où tu es... Je crois qu'il prépare en co moment des lettres pour M. Raoul d Yves, qui va venir nous dire adieu i...
CAMILLE', après une pause.
M. d'Yves part?...
LB OOUTB.
Oui...
CAMILLE
Où va-t-il?,..
LE COICTE.
Il va en Allemagne...
CAMILLE
Pour longtemps t.. .
LE COMTE
Pour plu£>ieurs années...
CAMILLE
Il a un emploi, là?...
LE COMTE
Il est nommé consul à Dresde ou à Berlin; e^esi une nomination très-honorable pour lui d*abord» et trèsopportune, puisqu'il est complètement ruinô par son père.
CAMILLE
Son père a fait de mauvaises ox)érationsi>ansdoutoî.->
36 UÉJLOISË PABAAQUET
LB COMTE
Oui, de plus il n'aimait pas son fils...
CAUlLha, te mppfotlMBt.
l\y a doue den pères qui a*aiment pas leurs enfants?
^ LB COUTE
Tu ne t'en doutais pas !
CAMILLE
Ce n'est pas.ici que je Tanrais appris.
LB OOMTK.
Heureusement sa mère Tadore ...
CAMILLE
Qu'est*ce que ce serait qu'une mère qui n'ùmerait pas son enfant?...
LE COMTE
Ce ne serait pas une mère...
CAMILLE
Moi, je crois, quand cela arrive par hasard» que ce doit être la faute de l'enfant.
LE COMTE
Pas toujours...
• CAMILLE, s asseyant sur uu pouf.
Si j'avais connu ma mèro, moi, je suis sûr qu'elle m'eût aimée. Il eût bien fallu qu'elle m'aimât. — Étaitelle bonne?
LE COMTE
Je l'ai trèâ-peu connue..*
ACTK U 37
Comment cela se fait-il?...
LB COMTB.
J'étais à l'étranger quand ton pèro l'a épousée, cL cUo est morte peu de temps après mon retour.
CAMILLE
De quoi eit*6ll6 morte?
LB COMTB.
B*ane maladie du cœar...Ne te Fa-t-on pas dit?...
CAMILLE
(Mf mie foie. {HdoMjeii.) Od eei-eUe morte?..,
LE COMTE
A Paris.,*
CAMILLE
Elle 4taii bellef...
LB COMTE
Très^belie...
Brune ou blonde?. .
LB COMTB,
Bfttne.
CAMILLE, in('me jeit.
Comment n'avons-nous pas un portrait d'elle ?••«
LB COMTB*
Nous avons donné à sa famille celui q,ue nous avions,
CAHTLLB.
On eût pu en faire une copie pour moi, on eût pti pré-
38 HÊLOISE PÂRANaWr
Toir qu*aii jour je désirerais au mains avoir Vimagd de ma mère. (Silence. Même jeu.) Et cette famille pourquoi ae la Toit^on jamais ? .
LB COMTK.
Parce qu'elle n'existe plus...
OAMILLB.
Ainsi je n'ai plus ni ma mère ni aucun parent de son côté?...
tB OOMTB.
Personne. — Pourquoi toutes ces questions aujourd'hui? Ta nous les a déjà adressées. Nous t'avons fait, « ton pèro et moi, la réponse que tu Tiens d'enteudre. Je n'ai donc plus rien à Rapprendre.
CAMILLE
C'est juste. — Mais je pensais à ma luùre, alors j'ai parlé d'elle, et j'aime mieux vous en parler à vous qu'à mon père, à qui ce souvenir paraît causer une trèsp^rande peine. (Se levant.) Alors M. d'Yves part aujour^
d'iiui?
LE COMI£.
Ce soir. — Cela te contrarie?...
CAMILLE. -
Qu*est-ce que vous voulez que cela me fasse, grand papa?.*.yoQS permettez que j*étudie mon piano?..,
LE COMTE
Avec le plus grand plaisir. (A part.) Comme eUe est p&le!.,.
Elle oommenoe & jouer du piano. — Le ooante r^rend toa joiinMl et ne la quiuc pas des yeux, tout eu ayent l'air de lire. — Tout à omip, Camilla fond en laxmei.)