OBSERVATION IV
Dr C. Fournier (d'Amiens).
Publiée en thèse. Godard, Paris 1903. Rapportée par M. Legueu
à la Société de chirurgie, 1904.
Hématonéphrose. Traumatique. Néphrotonue. Cystotomie sus—
pubienne pour cystite due à la rétention des caillots vÉSICAUT,
Guérison.
M... X..., d'Acheux, reçoit le 2 octobre 1900, un coup de pied de cheval dans la région de l'hypochondre et du flanc droit ; l'avant-bras droit étant placé en avant de cette région, reçoit le sabot du cheval, projeté d'avant en arrière. Une périostite se déclare dans la suite dans la continuité du radius et guérit seule,
Le traumatisme abdominal a été indirect. Syncope d’une demi-heure, vomissements, péritonisme : le malade se remet vile, |
Son pouls est bon et le Dr Pombourcq qui le voit en ce moment lui ordonne le régime lacté et la glace en applications locales, Il y à anurie pendant 24 heures environ, puis M. X.... a des hématuries assez abondantes qui durent quatre à cinq jours et s'accompagnent de dysurie : la douleur qui siége dans
s FHREUT IE .
l'hypochondre droit diminue progressivement.
Je suis appelé seize jours plus tard, le 18 octobre, Le malade
avait été assez bien, mais depuis quelques jours il est apparu des symptômes fâcheux ; des hématuries secondaires datant de deux jours et ayant nécessité le cathétérisme parce que les caillots traversent difficilement l’urèthre ; une douleur très nette occupant la région lombaire droite et s’avançant en avant sous le foie ; au même niveau une tuméfaction du volume d’une tète d'enfant qui paraît être le rein ; un léger degré de péritonisme et un pouls à 100 pulsations.
Le lendemain matin, 19 octobre, J'opère le malade à ma clinique avec l’aide de MM. Pombourcq, Debary et Legrand.
Après l'incision lombaire classique je trouve la capsule du rein adhérente aux tissus voisins : je décolle ces adhérences et constate que le rein a une teinte violacée comme s'il y avait du sang à l'intérieur de sa substance.
Je pratique la néphrotomie. Le rein forme une coque assez épaisse au niveau de ses extrémités, maisn’ayant qu'un centimètre d'épaisseur en son milieu : cette coque entoure 3/4 de litre de sang noir, vrai raisiné que j'enlève avec le doigt. Saignement assez abondant et rouge vif venant du bassinet dans lequel je fais pénétrer facilement une sonde. Tamponnement à la gaze stérilisée, la suture ne paraissant pas indiquée pour accoler les deux valves trop minces de cette vaste poche.
Dès le second jour, le tampon à mauvaise odeur et il est imprégné d’une assez grande quantité d'urine ; il est renouvelé et désormais les pansements consistent en irrigations à l’eau bouillie et tamponnements légers faits deux fois par jour.
Le 27 octobre, la température atteint 390 et une cystite apparaît ; urines purulentes, douleurs vives et mictions toutes les 5 minutes. L'état général est médiocre, le pouls est à 120 et je suis disposé à faire la néphrectomie.
Mais considérant que la plaie lombaire est en voie de réparation et tenant compte de cette cystite qui menace l'intégrité de l'autre rein, je pense que l’état relativement bon du rein malade ne commande pas son ablation, et que le plus pressant
est d'assurer l'écoulement facile des urines, la sonde à demeure
et les lavages n'étant pas supportés, je pratique une cystotomie
le 29 octobre, puis un drainage de la vessie est assuré au moyen d'une sonde de Pezzer ; des lavages sont faits deux fois par jour. L'amélioration devient alors rapide. La fistule hypogastrique créée, joue le rôle d'une soupape de süreté ; la température redevient normale et la plaie lombaire, laissant écouler de moins en moins d'urine, parce que la tension vésicale est nulle, continue à se refermer. Bref, le 15 décembre le malade est guéri de son rein, mais conserve encore sa fistule hypogastrique.
Le 8 juin 19017, je lui fais la cure de cette fistule et il rentre chez lui de nouveau au bout de quinze jours. Je l'ai revu en 1902 et en 190 ; il se livre aux travaux de la culture et son état de
santé est absolument normal.