OBSERVATION V
(Professeur Legueu. Société de chirurgie, 26 novembre 1901).
Néphrectomie transpérilonéale pour grosse hématonéphrose
gauche.
« Je présente un malade chez lequel j'ai enlevé, il y a six mois, une grosse hématonéphrose du rein gauche par néphrec-
tomie transpéritonéale.
On —
La tumeur énorme remplissait tout le flanc gauche et remontait jusqu à la partie supérieure de l'abdomen. Ellé avait été ponctionnée dans le septième espace intercostal, par M. Lyon. qui avait retiré un liquide sanguinolent,
La couleur de ce liquide nous trompa : en effet, en absence de troubles urinaires, nous crûmes à un kyste de la rate.
Au cours de l’opération, je reconnus de suite que la rate n'était pas en cause. Je trouvai un grand kyste uniloculaire rétropéritonéal que j'eus assez de peine à énucléer en totalité parce qu'il remontait très haut,
Je dus ajouter à l'incision médiane et verticale une incision transversale, j enlevai ainsi toute la poche qui contenait plusieurs litres de liquide.
- Je ne vis aucun vaisseau aborder cette tumeur, je ne vis rien qui ressemblait à l'uretère et j'avais cru enlever un kyste rétropéritonéal.
L'examen histologique a démontré que la poche était bien formée par le rein lui-même énormément distendu. IL était le
siége d’une atrophie méconnaissable ».
OBSERVATION VI (Personnelle).
Recueillie dans le service du professeur Monlonguet (d'Amiens).
Hématonéphrose traumatique du rein droit. Néphrectomue
transpéritonéale. Drainage lombaire. Guérison.
D... Marie Clotide, 4o ans, bonnetière, née à Corbie (Somme). Antécédents. — Variole à 7 ans. Crise de lithiase biliaire à
34 ans, sans récidive.
UN à pe ca
Réglée à 14 ans, régulièrement.
Pas de grossesse.
Le 9 mars 1903, pendant notre internat à l'Hôtel-Dieu d'Amiens, à notre contre-visite, notre attention fut attirée sur une malade arrivéele jour même. Elle y avait été envoyée par un médecin des environs le D'Curé de Corbie, sans diagnostic fixe : son transfert à l'hôpital départemental avait pour but une intervention chirurgicale urgente.
À notre interrogatoire, la malade nous rapporte que quelques semaines auparavant elle fit en courant une chute surle ventre. Point de chute violente : la malade avait buté contre un obstacle et elle était tombée par terre de sa hauteur, l'abdomen s'était mis directement en contact avec le sol. À ce moment M. D... avait ressenti une douleur atroce dans le ventre avec localisation plus précise du côté droit, mais il n'y eut point de perte de connaissance complète. La malade retourna chez elle à pied et s'alita. Un médecin appelé prescrit le repos, Quelques jours après, la fièvre s’alluma, persistante, avec légères rémissions le malin. Le ventre grossit un peu, les douleurs continuèrent pendant quelques jours, puis s’amendèrent peu à peu sous l'in fluence du repos.
De l'anorexie, de la céphalée pendant quelque temps, mais état général relativement satisfaisant, Du côté des viscères abdominaux, il n'y eut point de troubles importants, miction normale, voire un peu d'oligurie ; pas d'hématurie.
Une première fois, la malade se rétablit, conservant seulement un peu de gêne dans le flanc droit. Elle se lève d'abord pour faire son ménage, puis pour se rendre à l'atelier. C’est là qu’à la suite d'un léger effort, la malade précise, en soulevant
une caisse d’une dizaine de kilogrammes, elle ressent une nou-
rites
velle douleur violente du côté droit, douleur brusque, déchirante. Elle est de nouveau forcée de se mettre au lit : la fièvre reparaîl ; les douleurs sont plus tenaces ; la tumeur abdominale grossit, grossit tellement qu’elle prend des proportions énormes, envahit le flanc droit, l’épigastre, gagne la ligne médiane, la dépasse et occupe le flanc gauche. Cet état nécessite son admission à l'hôpital cantonal, puis à l'hôpital départemental où elle arrive le 29 mars 1903 dans le service du professeur Monlonguet.
C'est là que nous la voyons pour la première fois. Elle est profondément prostrée, le facies grippé, les yeux excavés, le nez eflilé : la respiration est haletante, gênée, fréquente, difficile; le pouls donne 190 pulsations à la minute: la température axillaire accuse 3904.
Le ventre est douloureux à la palpation : au repos la malade ne souffre pas trop. Les parois abdominales sont fortement soulevées par une tumeur proéminente, occupant une partie de l'hypochondre droit, tout le flanc du même côté, gagne aussi l’épigastre, avance du côté gauche, dépasse la ligne médiane qu’elle coupe obliquement de droite à gauche et de bas en haut. La tumeur est nettement fluctuante et la main qui palpe perçoit le flot du liquide. Elle est complétement mate à la percussion dans toute sa hauteur, sans interposition de bande sonore : cette matité se continue en haut avec celle du foie. Les parois sont libres, non œdématiées, glissent facilement sur les viscères : pas de défense musculaire, pas de trace de circulation complémentaire.
Le diagnostic exact ne fut point porté; la laparotomie s’im-—
posait : elle fut faite d'urgence le dimanche 29 mars 1905, par