ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Les lésions de l’hématonéphrose sont peu connues en raison de la rareté des cas rapportés et surtout en raison du peu d'examens anatomiques qui ont pu être faits. Legueu a fait faire l'examen microscopique du rein qu'il a enlevé par néphrectomie transpéritonéale. Nous avons fait des coupes de la pièce que nous avons eue en main et qui avait été enlevée par M. le professeur Monlonguet. Ce sont les deux seules observations histologiques que nous puissions présenter.
D'une manière générale, l'hématonéphrose présente un volume variable, mais la dimension considérable est la règle dans les cas qui ont donné lieu à des constatations anatomiques. L’hématonéphrose remonte très haut dans le cas de Legueu, remonte si haut qu'elle est prise pour un kyste de la rate. Dans celui que nous rapportons, le kyste hématique contenait 4 litres de liquide. Dans les observations que nous avons sous les yeux on parle du volume d'une tête d'enfant, d’une tête d’adulte; le kyste va des lombes à la ligne blanche, de la sixième côte à l’arcade de Fallope ; ilremplit la motié du ventre, il
dépasse la ligne médiane.
La nature du liquide de l'hématonéphrose varie avec l'intensité du traumatisme et l'ancienneté des lésions. Au début le liquide est rouge, plus tard il prend une couleur plus sombre, se coagule et présente une partie liquide et une partie solide, le caillot qu'il faut saisir avec la main et qui ne se vide pas par le trocart (Monlonguet).
Quel est l’état final de ce liquide hémorrhagique abandonné à lui-même ?
Nous avons pu observer à la clinique particulière d’un de nos anciens maîtres, M. le docteur Fournier, un cas assez intéressant et que nous avons pris pour une vieille hématonéphrose et le doute subsiste encore en notre esprit. Voici le cas ; une jeune fille reçoit sur le ventre un traumatisme violent. Une tumeur apparait au milieu de phénomènes morbides graves, mais ces phénomènes s'amendent et ce n’est que deux ans plus tard qu'elle s'adresse au chirurgien, M. Fournier la voit, fait une laparotomie et trouve une grosse tumeur liquide du rein: l'examen du liquide a été fait; il contenait des sels, de la cholestérine en abondance.
La coïncidence du traumatisme et de la tumeur nous a frappé etnous nous sommes toujours demandé si ce n'était pas là le stade terminal de l’hématome intrarénal, soumis à l’expectation.
Plus intéressantes nous ont paru les modifications histologiques du rein. C’est d'elles que dépend l'issue de l'accident ; ce sont elles qui dirigeront le traitement.
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La question se posera ainsi: le rein traumatisé est-il encore capable de sécréter et sera-t-il possible de le conserver après libération de lhématome qui gêne son fonctionnement, comme l’a fait Fournier dans un cas relaté dans la thèse de Godard (1903) et rapporté par Legueu à la Société de Chirurgie (1904) ? ou bien les lésions sont-elles irremédiables et la néphrectomie devient-elle l’opération de choix et de nécessité? (Monlonguet, Legueu).
Au début les modifications anatomiques ne sont pas assez étendues pour entrainer la perte de l’organe. Mais plus tard par le fait de la compression de l’hématome, par le fait de linflammation consécutive etde l’étouffement conjonctif qui en résultent, le rein présente des lésions qui mettent son existence en grand danger.
Legueu donne peu de détails sur l'examen histologique du rein qu'il a enlevé par néphrectomie transpéritonéale ; il note que le «rein était le siége d’une atrophie méconnaissable ».
Plusieurs coupes ont été faites et à des endroits différents de la pièce extirpée par M. le professeur Monlonguet. Voici les données que nous avons pu obtenir sous la bienveillante direction de notre ami, le docteur Hautefeuille, professeur suppléant à l'Ecole de médecine d'Amiens.
La paroi kystique présentait deux zones assez neltement différenciées. L'une, la plus externe était constituée par du tissu conjonctif à cellules étoilées, formant des aréoles qui logaient des cellules embryon-
—1ÿ — naires et disposées par couches stratifiées. Plus à lintérieur, on trouvait du tissu fibreux, très riche en vaisseaux sanguins, parmi lesquels quelques artères assez volumineuses, présentant des lésions de périartérite avec épaississement considérable de la paroi artérielle. Entre les diverses couches qui forment cette zone, il y avait de place en place une infiltration de globules rouges et de leucocytes. Comme éléments constitutifs du rein, il ne restait plus, et encore après une recherche minutieuse, que quelques glomérules altérés à des degrés divers et étouf-
fés par du tissu conjonctif fibreux.