LA À
r& 86 CALENDRIER JULIEN.
siècles la coutume de célébrer la fête de Pâques le 44° jour de la Lune quand ce jour étaitun Dimanche. Ils différaient ainsi des Quartodécimans qui la solennisaient toujours le 44° jour, et de l’Église universelle qui ne la fixait jamais en ce jour-là.
Il résulte immédiatement des règlements du concile de Nicée que la Néoménie pascale, c’est-à-dire le premier jour du mois lunaire où tombe la fête de Pâques, ne peut être fixée ni avant le 8 Mars, ni après le 5 Avril. En effet, si la Lune de Pâques commencait au 7 Mars, son 44° jour arriverait avant le 21 Mars, savoir äu 20 de ce mois, contrairement aux intentions des Pères de Nicée, et dès lors elle ne serait plus pascale; et si elle commençait au 6 Avril, elle aurait été précédée par une lunaison dont le 44° jour suivraitle 20 Mars, et cette dernière lunaison aurait été ainsi la vraie Lune de Pâques, conformément aux décisions du concile de Nicée. Les mêmes inconvénients se manifesteraient à plus forte raison si l’on faisait commencer la Lune pascale avant le 7 Mars ou après le 6 Avril.
La pleine Lune pascale, ou 14° jour de la Lune de Mars, porte encore le nom de Terme pascal. Or les Néoménies pascales étant limitées entre le 8 Mars et Le 5 Avril inclusivement, les pleines Lunes de Pâques le sont aussi entre le 21 Mars et le 18 Avril inclusivement. Et comme la fête de Pâques est toujours le Dimanche qui suit de plus près le Terme pascal, il faut conclure que cette fête n'arrive jamais avant le 22 Mars, ni après le 25 Avril.
La méthode suivante fournit un moyen sûr de trouver la fête Pâques d’une année julienne quelconque.
Cherchez dans le Calendrier perpétuel, depuisle 8 Mars jusqu'au 5 Avril, ces deux jours COMPTES, la date correspondant au Nombre d’or de l’année proposée; à partir de cette date inelusivement, #. comptez À 4 jours en avançant vers la fin du mois et en passant, S'il est nécessaire, de Mars en Avril; et le Dimanche qui suivra immédiatement le 14° jour, et que vous reconnaîtrez à la Lettre dominicale de l’année donnée, sera le jour de Pâques demandé.
Le Nombre d’or de l’année 524 est 12, et GF les Lettres dominicales de cette année; je parcours le Calendrier perpétuel depuis le 8 Mars jusqu’au 5 Avril, ces deux jours compris, et je remarque que le Nombre d'or 42 est placé en face du 22 Mars; à partir de ce jour inclusivement j'en compte {14 en avant, et je m'arrôte au 4 Avril, où. tombe le 44e jour, qui devient ainsi la
date du Terme pascal; j'avance encore jusqu’au Dimanche suivant 7 Avril, désigné par la seconde Lettre dominicale F, attendu qu’il n’est jamais question dans les dates pascales des deux premiers mois de l’année, et j'obtiens de la sorte la date de Pâques de l’an 524. AT’année 788 appartiennent le Nombre d’or 40 et les
Lettres dominicales FE; je consulte le Calendrier perpétuel, et je trouve qu’en cette année la .Néoménie pascale arrive au 14 Mars, la pleine Lune pascale au 27 Mars, et le jour de Pâques au 30 du même mois. Par la même méthode on peut s’assurer qu’en l’année 4265, dont le Nombre d'or est 42, et D la Lettre domini-
cale, la fête de Pâques fut célébrée le 5 Avril; et qu’elle le fut le 22 Mars en l’année 4573, qui a 46 pour Nombre d’or et D pour Lettre dominicale,
Les Nombres d’or, dont l’usage principal était de fixer le jour dés Néoménies pascales, n'ayant été inscrits dans le Calendrier, tels qu’on les trouve à la fin de cet ouvrage, que vers l’an 395, on ne peut guère, faute de documents assez précis, déterminer au juste la date des Pâques de la primitive Eglise jusqu’à l’époque du concile de Nicée. Le moyen le plus sûr et le plus direct de connaître, sinon telles qu’elles furent, du moins telles qu’elles auraient dû êtré, les Pâques de ces temps reculés, serait donc de chercher par les règles du chap. XIII le jour de l’'équinoxe du Printemps de l’année proposée, et par celles du chap. XIV, la date de la quatorzième Lune qui suit immédiatement Véquidoge + du Printemps de cetie arnée; alors le jour de cette quatorzième ‘Lune chez les Asiatiques quartodécimans, ou le Dimanche suivant dans le reste de l’Eglise, serait la fête de Pâques demandée.
Soit en exemple l’année 33, celle de la mort de Jésus-Christ, de l’aveu des plus habiles chronologistes. En cette année, d’après les règles des chap. XIII et XIV, le Printemps commence le 23 Mars et le 14° jour lunaire suivant arrive au 2 Avril, Ce dernier jour, par conséquent, était celui.où les Juifs devaient immoler la Pâque. Jésus-Christ, qui observait exactement la loi (4), fit donc la Pâque avec ses Apôtres Le 2 Avril, expira sur la croix le lendemain 3 Avril, demeurera dans le tombeau la journée entière du # Avril, et enfin ressuscita glorieux le 5 Avril. Si l’on cherche,
(A) Saint Matthieu, ch. V, v. 47.
en effet, par les règles du chap. VIT, le nom des quantièmes 9, 3, Aet 5 Avril de l’an 33 de l’ère chrétienne, on trouve qu’en cette année, qui a D pour Lettre dominicale, les jours ci-dessus étaient respectivement un Jeudi, Vendredi, Samedi et Dimanche, conformément aux textes des Evangélistes cités au commencement de ce chapitre (1). On trouve de la même manière qu’en l’année 255 le Printemps commença le 22 Mars, la fête de Pâques dut être célébrée le 8 Avril par les Juifs etles Quartodécimans, et le 45 Avril dans les autres églises de la chrétienté.
Les chrétiens d'Occident, moins habiles que les Grecs d’Alexandrie pour déterminer la date des Néoménies pascales, et attentifs d’ailleurs à ne jamais placer la fête de Pâques au 15° de la Lune, jour consacré à la Passion de Jésus-Christ, ne s’accordèrent pas toujours, après le concile de Nicée, avec les chrétiens d'Orient sur le jour de la célébration de cette fête, En outre, la période lunaire qu'employaient les Latins ou chrétiens occidentaux pour la détermination des nouvelles Lunes de Pâques, commencait trois ans plus tard que celle des Grecs ou chrétiens orientaux ; la première est connue sous le nom spécial de Cycle lunaire, tandis que la période des Orientaux, dont usage, vers la fin du 8° siècle, s’étendit à l'Eglise universelle, a conservé la simple dénomination de Nombre d’or ou Période de 19 ans. Le Cycle lunaire d’une année s'obtient en retranchant 3 du Nombre d’or de cette année.
Nous donnons ici un.tableau qui fait voir en quelles circonstances les Pâques des Orientaux différaient de celles des Occidentaux, et en quoi consistait cette différence.
(4) Déjà au temps de Jésus-Christ les Juifs évitaient de célébrer la Pâque un Vendredi, lorsque ce jour était le 45e de la Lune; ils ên usaient de la sorte afin de n'avoir pas à observer deux jours de fête consécutifs, savoir, la Pâque et ie Sabbat. Cependant à cette époque, antérieure à la rédaction de leur comput moderne, cette règle n’était pas générale chez eux, comme elle l'est devenue plus tard. En l’année 33, Jésus-Christ et ceux des Juifs qui tenaient à observer le 44e jour de la Lune mangèrent l'agneau pascal le Jeudi soir, 2 Avril; tandis que les princes des prêtres et un grand nombre de la nation ne firent ce repas que le Vendredi, 3 Avril, remettant ainsi la solennité pascale au lendemain, 4 Avril, jour du Sabbat et le 16e de la Lune.