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Et d’abord, en fait d’alcalinité et d’acidité, nos connaissances sont de convention ; nous accordons la réaction alcaline aux substances qui bleuissent le tournesol rouge, nous considérons comme neutres les corps qui n’agissent point chimiquement sur cette teinture ; ce qui n’empêche pas qu’il existe une foule de produits incapables de modifier les réactifs indicateurs, et cependant fort susceptibles de se combiner par exemple à des molécules d'acides ou de corps halogènes. D’ailleurs, comme le fait fort bien remarquer M. Drouin, la liste des substances de réaction alcaline. ou de réaction acide varie avec la nature du réactif indicateur qui a servi à la dresser : le bleu soluble de Poirrier, qui peut servir de coloré témoin, rougit par les alcalis libres et bleuit par les sels à acide faible et les carbonates alcalins, leur donnant ainsi une réaction acide, alors que ces carbonates agissent en base vis-à-vis du tournesol ; la phtaléine de phénol au contraire se décolore en présence du bicarbonate sodique comme par l’action d’un acide ; on pourrait citer d’autres exemples ; le chlorhydrate de rosaniline, entre autres, qui demeure inaltéré au contact de certains sels qui rougissent le tournesol. La solution d’acide borique rougit le tournesol et, comme les alcalis, brunit le curcuma.
La réaction alcaline est donc variable avec Je réactif indicateur ; aussi pouvons-nous maintenant comprendre pourquoi R.Maly, qui a copieusement disserté sur ce sujet, disait : « Le sang est un liquide acide, de fonction acide, quoique de réaction alcaline. » Car, en fait, lorsqu'il ajoutait de la soude caustique au sang, et qu’ensuite il titrait ce mélange, il obtenait un résultat tel qu’il était évident qu’une certaine partie de la soude caustique avait
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été fixée et salifiée : donc le sang était de fonction acide.
Qu’entendre alors par alcalinité du sang ? Pour certains expérimentateurs, Noorden, Burckhardt, Meyer, Raimondi, etc., qui ont opéré par les procédés gazométriques, le titre de l’alcalinité était mesuré par le poids de soude ou de potasse contenues dans le sang susceptibles d’absorber de l’acide carbonique par la combustion intracellulaire, et de la dégager par la respiration ou sous l’action du vide, de l’ébullition ou de l’aspiration, extra corpus, et l’alcalinité du sang était précisément ce fait de contenir des bases susceptibles de se transformer facilement, intra aut extra corpus, de carbonates en bicarbonates et inversement. Nous reviendrons sur cette manière de voir lorsque nous parlerons des procédés hémoalcalimétriques.
Mais pour le plus grand nombre des auteurs qui ont étudié ce sujet, l’hémo-alcalinité était chose différente, ceci résultant de leur manière d'opérer ; et comme, pour des raisons que nous étudierons plus loin, les procédés volumétriques de fluides gazeux n’ont pu entrer dans la pratique, nous sommes obligé d'abandonner la manière de voir de MM. Noorden, Raimondi, Meyer, etc., en faveur de celle de MM. Lépine, Lassar, Lœvy, etc.
À rigoureusement parler, les procédés des premiers nous semblent préférables à ceux des seconds qui, d’une manière générale traitent du sang par un acide fort et mesurent la quantité de cet acide saturée par les sels hématiques. Et nous expliquons notre préférence par deux considérations, savoir :
1° L’estimation de l’alcalinité par ces procédés doit varier avec la nature des acides forts employés.
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2° Nous ignorons encore les véritables propriétés physiologiques des sels alcalins du sang et, jusqu'ici les plus intéressants de ces sels semblent être les carbonates, en raison de leur rûle vecteur d’acide carbonique ; ce serait donc cette propriété qu'il serait utile de mesurer plutôt que la quantité absolue de carbonates sodiques ou potassiques présents dans le sang.
Il faut revenir sur la première considération. L’estimation peut varier avons-nous dit, avec la nature des acides forts utilisés pour le dosage des carbonates. Ces acides ont été jusqu'a présent : l’acide phosphorique, lacide sulfurique, les acides oxalique et tartrique.
Or, à quoi est due cette réaction alcaline quinous occupe ? tous les auteurs, ou peu s’en faut, sont unanimes à répondre : à des carbonates et à des phosphates ou des phosphocarbonates de soude et de potasse. Si l'acide employé décompose les carbonates seuls, on obtiendra une certaine valeur ; s’il agit au contraire sur les phosphates et les carbonates, le chiffre trouvé sera augmenté ; et si encore la solution acide était de nature incapable à déplacer l’acide carbonique de ses combinaisons, comme lacide cyanhydrique par exemple, on trouverait qu’en définitive V’alcalinité du sang n’existe pas d’une manière absolue et que, au contraire, du fait de l’excès d’acide carbonique de ses bicarbonates, et de l’existence d’acides gras libres dans sa composition, il est apte à saturer une certaine quantité de base caustique, et ainsi serait expliquée lopinion de R. Maly et de quelques hémo-acidimètres ainsi que serait mesurée et vérifiée la capacité acide du saug.
En résumé, le sang normal possède vis-à-vis des acides forts et de certains réactifs colorés, la propriété basique,
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et cette propriété lui est conférée par les carbonates natroïdiques, comme eût dit Baudrimont, et par certains phosphates tribasiques. Mais, de plus, ce même sang possède aussi une capacité acide; il est capable de satisfaire des bases caustiques ; cette acidité, il la doit, d’après Schützenberger à du phosphate disodique, au bicarbonate de sodium et à l’acide carbonique libre ; nous ajouterons aussi les acides gras libres que M. Berthelot a trouvés en suspension dans le sérum.
Quoi qu’il en soit et pour en revenir à l'opinion des hémo-alcalimètres par solution acide, nous dirons que, d’une façon conventionnelle, la valeur alcalimétrique d’un sang sera mesurée par sa capacité à saturer une solution d’un acide déterminé, et nous passerons enfin à quelques considérations sur la physiologie et la valeur de l’alcalinité ainsi définie.
De la valeur de l’alcalinité. — D'une manière générale, l’alcalinité du sang, mesurée par quelque procédé que ce soit, est représentée par des valeurs extrèmement diverses, variant à l’état normal suivant les observateurs, les moments, les procédés, les âges, les sexes, les conditions physiologiques des patients et, comme nous le verrons plus loin, variant aussi suivant le tempérament et la pathologie.
D’après M. Drouin et différents auteurs, et quoique les résultats soient assez discordants, il y aurait lieu de croire par exemple que le sang contenu dans les artères est plus alcalin que celui contenu dans les veines. Peut-être, dans ce cas, son acidité est-elle simplement augmentée par la grande quantité d'acide carbonique dont il s’est chargé
RU pendant son parcours dans les capillaires. D’autre part, les femmes, les vieillards et les enfants seraient moins riches en alcalins queles hommes adultes. Un jeûne prolongé agirait dans le même sens que la sénilité.
Dans l'ordre des modifications que l’on a relevées par l'effet de l'exercice de nos fonctions physiologiques, la digestion stomacale pendant laquelle se produit une sécrétion acide aurait pour résultat une augmentation et, au contraire, la digestion intestinale une diminution de l’alcalinité. La fatigue musculaire, par suite probablement de l'intensité des combustions auxquelles a donné lieu l’exercice de la motilité, de la surproduction d’acide carbonique, de déchets organiques, d’acide lactique particulière ment, diminuerait considérablement le quantum des alcalins disponibles.
A la suite de recherches d’un genre différent, Strasser a constaté que les bains froids augmentaient l’alcalinité du sang et l’acidité de l’urine; les bains chauds, au contraire, exagéreraient les acidités de ces deux humeurs,
Variations pathologiques.— À Munich, Karkunfel, étudiant cliniquement, est arrivé à ces résultats ; chez les fébricitants, les valeurs alcalimétriques sont plus faibles après la fièvre qu'avant et plus faibles encore pendant la fièvre qu'après. Les abaissements du taux d’alcalinité sont sans rapports avec la température. Lorsque la mort est survenue, ce taux a baissé progressivement et assez régulièrement usque ad mortem. En outre, d’après ses constatations, anémiques et cachectiques auraient une alcalescence basse. Strasser et Kuthy arrivent aux mêmes conclusions que Kark unfel.
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Fodor, de son côté, a établi que dans les i.{ctions l’alcalinité a diminué progressivement jusqu’à la mort, mais aussi que, si la guérison survient, l’alcalinité se relève progressivement et finit par arriver et se maintenir à un taux supérieur à la normale. Et, de cette observation il nous semble intéressant de rapprocher cette autre du même auteur, que les alcalins augmentent la résistance du sujet à l'infection ; de même Bonaduce, à la suite d’expériences où il étudiait la valeur du sérum sanguin, comme milieu de culture pour les micro-organismes, à établi que les deux termes : résistance à l’infection et alcalinité du sang, marchaïent de pair et variaient parallèlement.
Zagari et Innocente sont positivement du même avis, et, dans des séries d’expériences, où ils diminuaient l’alcalinité du sang par l’usage interne d’acide tartrique, d’alcool, et de chloral, ont vu la résistance à l’infection diminuer proportionnellement. .
Dans sa thèse, M. Drouin constate que lalcalinité est diminuée par la fièvre et l’acidité augmentée par le rhumatisme, le diabète. Lœvy trouve une augmentation de l’alcalescence dans le diabète, la néphrite, l’endocardite septicémique. Il n’y a peut-être pas contradiction entre ces deux auteurs, d’une façon aussi réelle qu’apparente.
Cependant M. Hugounenq dit que l’alcalinité du sang est abaissée de près d’un tiers dans le diabète.
Enfin, pour résumer tout ceci, nous dirons qu’il semble que l’alcalinité du sang soit diminuée dans la fièvre, la
. leucémie, les anémies et tous les états cachectiques. Quant aux maladies infectieuses, diphtérie, charbon, choléra, scorbut, diabète, rhumatismes articulaires aigus et chro-
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7 — 17 — | niques, urémie, elles sembleraient agir dans le même sens et, tout en augmentant la quantité totale des e du sang, diminuer sa capacité basique.
= Nous donnons enfin, pour terminer, un tableau des valeurs normales de l’alcalinité de 100 grammes de sang, évaluées par divers auteurs, en soude caustique :
Mya et Tassinari. . . 400 milligrammes NaOH Jaksch. . . . . . 260-800 milligrammes
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