CHAPITRE III
Pathogénie
L'existence des hématomes orbitaires par contrecoup, en dehors de toute lésion du squelette, est ainsi bien établie par ces observations publiées dans les lignes qui précèdent et nous acceptons pleinement l'explication fournie par M. le professeur agrégé Rollet, dans le Zyon médical du 27 avril 1902, p. 629 : « Dans un choc violent, les branches de l'artère ophtalmique sont secouées comme celles d’un arbre, tandis que le tronc ophtalmique reste fixé solidement dans le canal optique. Quoi d'étonnant que certains rameaux soient arrachés, et cèdent surtout vers leurs attaches terminales. »
Les vaisseaux sanguins peuvent se rompre dans l’orbite comme dans la boîte cranienne sans être déchirés par une esquille osseuse. Nous ne pouvons pas étendre à la cavité orbitaire les lignes suivantes écrites par Gérard-Marchant dans sa thèse : « Nous repoussons comme non démontrée cette opinion d'après laquelle une secousse du crâne
Sep
pourrait amener la rupture des vaisseaux de cette cavité. » G. Marchant fournit une explication particulière pour rendre compte des hémorragies suite de contusion encéphalique. Cette pathogénie est inacceptable ici. Sans doute, dans le plus grand nombre des observations qui sont rassemblées dans le premier chapitre de cette thèse, les épanchements de sang en arrière de l'œil coexistent avec des contusions cérébrales, mais les hémorragies de l'orbite et du cerveau ne relèvent pas de la même cause. Gérard-Marchant explique les lésions encéphaliques par la théorie du cône de dépression et du cône de soulèvement, mais pour nous, une « secousse » du crâne peut rompre un ou plusieurs vaisseaux de l’orbite. Nous avons noté dans les observations de de Hœlder des nappes de sang péricérébrales, des épanchements dans les ventricules, des déchirures eérébrales, des hémorragies sur la paroi des ventricules, des ruptures vasculaires dans l'épaisseur du tissu nerveux encéphalique.
Ce sont là des lésions qui ne sont pas constantes comme le prouve l'observation VI recueillie à Lyon. Dans ce cas le cerveau était intact ; nulle part le tissu nerveux encéphalique n'était le siège de contusion ni d’extravasation sanguine ; il est donc vraisemblable d'admettre un genre de cause spéciale pour expliquer l’'hématome trouvé dans l'orbite.
D'une facon générale les hémorragies cérébrales par contre-coup peuvent siéger au point lésé, du côté opposé en restant à la surface des hémisphères, intéresser la paroi des ventricules ou bien l'épaisseur du
ere tissu nerveux. Gérard-Marchant admet qu'au point de la voûte cranienne qui subit letraumatisme se produit un cône de dépression : la lame osseuse étant élastique se déprime au point percuté ; une sorte de cupule s'établit ainsi brusquement ; elle répond du côté de la cavité du crâne à une saillie qui frappe le cerveau. Du côté opposé du crâne à gauche si le choc a porté du côté droit se produit un cône de soulèvement qui rétablit pour le cerveau incompressible une cavité dont la forme s’est modifiée mais dont le volume est resté le même. C'est une application du principe énoncé par Pascal sur la transmission par les liquides des pressions qu’ils reçoivent. La position du cône de soulèvement varie avec la direction de la ligne que suit la force contondante. La dure-mère, dans les parties où elle est décollable, suit la surface des cônes de dépression et de soulèvement mais quand le tissu osseux revient brusquement à sa position primitive la dure-mère tendue par la poussée et brusquement abandonnée peut se rompre et ainsi s'expliquent les hémorragies du côté de la lésion et sur un point diamétralement opposé. Les vaisseaux de la dure-mère se déchirent par distension. | Quant à la déchirure des vaisseaux de la paroi des ventricules et des vaisseaux qui irriguent le tissu nerveux, elle est liée à la pression du liquide céphalorachidien:; au moment de la formation des cônes osseux, le liquide céphalo-rachidien comprimé transmet son ébranlement aux parois ventriculaires et jusque dans l’épaissenr de la substance blanche.