‹ Hémorragie de l'orbite: par contre-coupChapitre 27 sur 30 · JAUNE · texte numérisé non relu

JAUNE

La clinique nous montre la fréquence de ce symptôme dansles fractures de l'orbite et on a pu en tirer une loi clinique. Gérard-Marchant, qui dans divers mémoires a étudié les lésions traumatiques du crâne, écrit que l'ecchymose orbitaire peut dans certaines conditions d'apparition avoir la valeur diagnostique absolue d'une fracture de la base. Cependant, l'ecchymose sous-conjonctivo-palpébrale ne veut dire qu'une seule chose, c’est que dans le fond de l'orbite existe un épanchement de sang qui a fusé en avant de l'œil sans préjuger de l'origine du sang ni de la cause qui l'a produit. On ne peut savoir si le sang tire son origine des artères, des veines ou des capillaires de l'orbite, si la cause de l’hémorragie réside dans une rupture par contre-coup, par esquille osseuse ou par déchirure périostique.

Cette loi clinique perd une partie de sa valeur si l'on tient compte des hématomes par contre-coup sans fracture du crâne.

Les caractères donnés par Gérard-Marchant pour définir les ecchymoses sous-conjonctivales et palpébrales dans les fractures sont les suivants : « Pour avoir une valeur absolue, l'ecchymose orbitaire doit réunir deux conditions :

« 4° Être tardive dans son apparition, quarantehuit heures à trois jours;

« 2° Progresser de la paroi osseuse vers le tégument, être nettement sous-conjonctivale avant d'être palpébrale inférieure (Maslieurat, Lagénard).

€ Il y a en effet de fausses ecchymoses orbitaires qu'il faut dépister :

« 1° Elles apparaissent rapidement dans les premières minutes qui suivent l'accident.

« 2° Elles sont simultanément visibles, sous la paupière supérieure, sous la paupière inférieure et sous la conjonctive ; elles sont conjointes et superposables, liées au décubitus du blessé (le plus souvent à l'angle externe de l'œil).

« 3° L’ecchymose sous-conjonctivale fausse a une teinte rouge vif qui indique qu'elle est superficiellement placée, le sang extravasé qui la constitue subit l'influence de l'air.

« 4° Enfin on peut trouver sur le crâne un point d’œdème, un empâtement péricranien indiquant le lieu d’origine. » Tous ces caractères ne signifient pas que le sang vient d’une fracture mais simplement que le sang vient de l'orbite ; ilchemine difficilement dans les tissus qu'il doit imbiber pour progresser. Il faut quarante-huit heures à trois jours pour qu'il progresse et il apparaît naturellement d’arrière en avant.

Quarante-huit heures à trois Jours est un temps relativement considérable qui s'explique parce que dans une fracture de l'orbite, qui le plus souvent est une simple fissure dans des os minces, le sang s’épanche en quantité très minime ; il faut plus de temps pour qu il parvienne sous la conjonctive. Si au contraire un vaisseau du fond de l'orbite est ouvert: le sang épanché en plus grande abondance apparaîtra plus vite à l’intérieur.

Rollet, dans sa thèse de 1848, s’exprimait de la même manière à propos des fractures du crâne. Voici

d'ailleurs textuellement le passage dé sa thèse, p. 31 (Rollet, th. Paris 1848): « ...-On lit dans les mémoires de l’Académie de chirurgie : « Nousn’avons parlé de l’ecchymose des yeux, du sang qui sort par les oreilles..…., parce que l'existence de ces signes a déjà été remarquée par la plus grande partie des observateurs » (Quesnay).

Velpeau, quia de nouveau fixé l'attention sur ce fait en lui donnant sa véritable signification, s'exprime ainsi : « Ce signe s'explique d’ailleurs par des raisons purement anatomiques. Si la fracture comprend la paroi frontale de l'orbite, le sang qui s'échappe des petits vaisseaux rompus du même coup, s'infiltre nécessairement entre le périoste et les os, quelquefois aussi, entre le périoste et les autres tissus plus rapprochés du centre, si bien que la paupière supérieure reçoit la première cette infiltration au point d'en traduire l’existence au dehors. »

M. Lagemard reprend la question en décrivant mieux que ses prédécesseurs l’infiltration orbitaire. Il a pu lui assigner des caractères en quelque sorte pathognomoniques. Suivant lui, le sang qui arrive dans la cavité orbitaire s'infiltre avec une grande facilité dans le tissu cellulaire lâche et lamelleux qui entoure le globe de l'œil, et ce tissu cellulaire communiquant directement avec le tissu cellulaire sousconjonctival, les plus légères traces de sang doivent apparaître dans ce dernier ; or, comme l’aponévrose palpébrale, qui s'insère par sa grande circonférence à tout le pourtour de l’arcade orbitaire et par sa petite aux cartilages tarses, établit une espèce de

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