‹ Hémorragies et ruptures des membranes profondes de l'œil: par blessures de guerre sans altération apparente du globeChapitre 5 sur 60 · B. MÉCANISME · texte numérisé non relu

B. MÉCANISME

Les lésions des membranes profondes peuvent être causées par un choc direct, insuffisant pour provoquer une rupture du globe : c’est le premier mécanisme, le plus simple, comme nous le verrons tout à l’heure, et facile à concevoir.

En effet, la sclérotique, membrane fibreuse et élastique, résistera au traumatisme capable d’agir sur les üssus délicats de la rétine et de la choroïde. On peut comparer ce mécanisme à celui de la rupture hépatique par coup de pied de cheval, la paroi abdominale gardant son intégrité.

Ce choc direct peut être produit par des éclats d’obus et d’autres projectiles, qui viennent contusionner soit le segment antérieur protégé ou non par les paupières,

soit le reste de l'œil, après avoir traversé les tissus de l'orbite. Quand il s’agit d’une balle, le choc tangentiel seul nous intéresse, car si elle frappe le globe de plein fouet, elle Le fait éclater. Dans le choc tangentiel, donc, grâce à l’inertie et à l’élasticité des enveloppes, la rupture se limite le plus souvent à la rétine et à la choroïde.

Il est tout une autre série de cas dans lesquels le globe n'a pas élé même effleuré et dont les membranes profondes sont pourtant lésées. Plusieurs de nos observations le montrent clairement. On y voit qu'un ébranlement même lointain peut se faire sentir jusqu'aux milieux oculaires.

Il s’agit là d'un mécanisme un peu plus complexe, a priori, que le précédent et bien différent de lui : c'est le mécanisme par contre-coup.

Pour l'expliquer, nous choisirons, comme exemple du projectile causant la blessure, la balle dont, avonsnous dit déjà, on peut toujours reconstituer le trajet ; tandis que, pour un éclat d’obus, on ne peut éliminer d’une façon absolue l'hypothèse d’un choc direct imputable peut-être à un éclat non pénétrant.

Le cas n’est pas, disons-le, particulier aux ruptures des membranes oculaires et l’on a souvent invoqué l'action du contre-coup dans les éclatements d’organes friables ou dans la production des hémorragies siégeant loin du point lésé.

La force vive considérable, développée sur le passage de la balle, produit, surtout si elle rencontre un corps résistant tel qu'un os, un ébranlement qui se transmet de tous côtés. L’œil, entouré par les tissus cellulo-

=: 19 = graisseux de l'orbite, emmagasine une partie de cette force vive qui sera souvent suffisante pour désorganiser ses tissus peu résistants.

Notre maître, le professeur Rollet, en parlant des hémorragies intraorbitaires par contre-coup, nous les explique par l’ingénieuse comparaison suivante :

« La cavité orbitaire contient un coussinet adipeux qui semble ne remplir qu’insuffisamment un rôle protecteur vis-à-vis des vaisseaux dans les grands traumatismes. Dans un choc violent, les branches de l’artère ophtalmique sont secouées comme celles d’un arbre, tandis que le tronc ophtalmique reste fixé solidement dans le canal optique. Quoi d'étonnant que certains rameaux cèdent et soient arrachés, alors que plusieurs d’entre eux ont des attaches fibreuses résistantes à leur terminaison dans l'œil, le nerf optique!? »

Ici, c'est du globe tout entier qu'il s’agit, retenu par le nerf optique : ce ne sont plus les rameaux extérieurs de l’ophtalmique qui cèdent, mais bien ses capillaires terminaux.

En pratique, le choc a lieu le plus souvent au niveau soit de l’os malaire, soit des parois osseuses de l'orbite ; on voit même des chocs du maxillaire supérieur retentir jusqu’à l'œil. L’os est, d’ailleurs, un excellent conducteur de la force d’ébranlement et les ondes propagées par lui, telles les ondes sonores, gardent leur force vive presque intacte en arrivant au globe; celle-ci est, au contraire, très diminuée au sortir des tissus mous de l'orbite.

1 Professeur E. RoLeer, art. : « Epanchements sanguins de l'orbite » (Encyclopédie Française d'Ophtalmolôgie, t. VITE, p. 437).

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