‹ Hémorragies méningées à la forme méningitiqueChapitre 10 sur 21 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

du docteur H Lamy

Lac..., Léonce, 15 ans et demi, apprenti mécanicien, | entre le 6 août 1903, salle Rayer, n° 11, à 1 hôpital Tenon. Il avait élé apporté sur un brancard à il heures du soir, la -veille, el placé d’abord dans un service de chirurgie. Les personnes qui l’accompagnent racontent qu'il est tombé du toit d’un marché dans la journée; on l'a vu suspendu au bord du toit par les mains pendant quelques instants, puis il est venu s’abattre sur le sol d'une hauteur de trois à

— quatre mètres environ: la chute a eu lieu sur le dos. Conduit

chez un pharmacien, il est resté évanoui pendant une heure environ, puis est revenu à lui et a vomi des aliments. Ces renseignements sont donnés d'une façon assez vague; plus tard, on apprit par sa mère qu'il avait une santé parfaite auparavant, et que tous ces accidents dataient effectivement de sa chute. Ù :

Le lendemain matin, l'enfant ayant élé examiné en

chirurgie, el n'ayant présenté aucun signe de fracture du crâne ou de la colonne vertébrale, est passé en médecine avec le diagnostic d'accidents méningés.

6 août. — Examen à la visite du matin : enfant maigre et peu développé; ne présente nulle part trace d’ecchymose ou

de plaie. Il est couché en chien de fusil, et reste somnolent

dans cette attitude. Si on le touche ou si on le dérange, il se met à crier. On n'obtient pas de réponse nette; il ne peut

dire où il souffre.

Ventre rétracté en bateau. Pouls à 48, vibrant sans irré-

gularité Respiration lente et régulière.

Contracture de la nuque; la tête est renversée en arrière.

On relève l'enfant tout d’une pièce en lui soulevant la tête.

Contracture des membres inférieurs. Signe de Kernig des plus nets.

| Réflexes cutanés très marqués. Réflexes patellaires normaux. Pas d'anomalies pupillaires. Pas de troubles de la sensibilité. Le soir même température : 40°.

1. Nuit très agitée ; cris aigus intermittents. Même état qu'hier d’une façon générale. Pouls: 52, régulier. Tempéralure : 39° le matin, 3895 le soir. L'enfant s’alimente un peu avec du lait. Constipation, pas de vomissements.

En présence de ces signes et surtout de la fièvre, nous croyons à une méningite cérébro-spinale spontanée, el nous restons scepliques au sujet du traumatisme sur lequel les parents ne nous ont renseigné d’une façon précise que plus tard. Aussi le traitement suivant est-il institué: bains chauds trois par jour), calomel, lavements.

Le matin même la ponction lombaire est pratiquée par

M. Bonvoisin : le liquide sort en jet avec une pression forte.

IL est uniformément teinté de sang depuis le début jusqu'à la

fin de l'écoulement. Le liquide recueilli dans deux tubes ne se . coagule pas ;il est ensuite centrifugé. Celui qui surnage le.

mdhoiséiar fé RÉ ER Se PS ON Le ES RUES

| — 19 — culot: est limpide et clair. L'examen microscopique montre des globules rouges bien conservés et quelques rares polynucléaires.

8. Même état; mais l'enfant répond mieux aux questions. I se plaint surtout-de la tête. Température: matin 383, soir 38. Pouls toujours lent et régulier. |

9. Amélioration notable. L'enfant répond maintenant:très bien; il souffre encore un peu de la tête. La contracture de la nuque a presque complètement disparu. Le signe de Kernig existe encore, mais très atténué. Le pouls est un peu

plus rapide ; la température continue à baisser (matin 378,

soir 37°6).

10. L'amélioration continue ; l'enfant est presque revenu à son état normal. Pouls et température normaux. Plus de contraclure ; on cesse les bains chauds. L'enfant ne se rappelle ni sa chute, ni son arrivée à l’hôpital. | Du 14 au 16. Aucun nouveau symptôme, sauf un vomissement survenu le 13 au matin. L'enfant se lève, mange, dort comme s’il n'avait jamais été malade.

Les parents l’'emmènentle 16 sans nous prévenir. Il n’a pas été fait de nouvelle ponction lombaire.

OBSERVATION DE ACHARD ET Louis RAMOND

Suciélé de Neurologie, novembre 1904.

B... Gabrielle, âgée de 38 ans, entrée Le 3 août 190%, à l'hôpital Tenon, salle Magendie, n° 4.

La malade estdans un demi-coma et hors d’ état de répondre. On apprend, des personnes de l'entourage, qu'elle à été frappée, la veille à 10 heures du soir, au moment de se mettre au lit, d’une attaque; elle poussa un ert, tomba à terre engrinçant des dents et en écumant, puis fut prise de

Cr convulsions.que les personnes de sa famille comparent à celles de l’épilepsie. À ces convulsions succéda x coma. Une deuxième attaque convulsive survint. Puis, à 4 heures du malin, on l’apporta à l'hôpital. Elle-était, parait-il, buveuse.

On ne sait rien d’autre.sur ses antécédents.

La malade est couchée sur le côté, en chien de fusil. Ses paupières sont closes; elle crie quand on veut les ouvrir et semble craindre la lumière. Lorsqu'on veut la déplacer, elle. prononce quelques mots peu intelligibles; lorsqu'on lui. demande de faire certains mouvements, elle paraît avoir quelque difficulté à comprendre, mais elle les exécute; elle ne répond pas aux questions. Il n’y a pas de paralysie des membres ni de la face La sensibilité est conservée, un peu diminuée seulement, semble-t-il, du côté droit.

Les réflexes tendineux rotuliens sont conservés. Le réflexe des orteils de Babinski n'existe ni d’un côté ni de l’autre.

Le signe de Kernig est manifeste. La nuque est contracturée ; il y a aussi de la contracture des muscles fléchisseurs de la jambe sur lacuisse.

Les pupilles sont égales el réagissent bien à la lumière.

La langue est sèche, saburrale. Le ventre est un peu bal- Jonné, mais ne paraît pas douloureux. Il y a eu deux vomissements dans la matinée.

La malade perd constammentses matières qui sont liquides et noirâtres.

Rien au cœur. Pouls régulier. Température rectale, 36°6.

La respiration est calme et tranquille. On perçoit aux deux bases quelques râles sous-crépitants. Le foie paraît normal. RCE

Un peu d'urine est recueillie par la sonde ; elle renferme un peu d’albumine et pas de sucre:

Pas d’éruption sur le corps, ni de cicatrices suscepi ‘bles. de faire suspecter la syphilis.

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On tente de faire une ponction lombaire ; mais, la malade se débattant violemment, l'aiguille se brise avant d’avoir pénétré dans le canal vertébral.

À 1 heure dé l'après midi, survient une crise d'épilepsie Jacksonienne, débutant par la jambe gauche pour gagner eusuile le bras et la face, et même se propager légèrement au côté opposé. La langue est fortement mordue. L'attaque dure trois ou quatre minutes et se termine par le coma.

Le 9 août, il ne s'est pas produit de nouvelle crise. Tempéralure : 3993. L’attitude en chien de fusil, la raideur de la nuque, le signe de Kernig, persistent. La torpeur paraît un peu moindre.

Le 10 août, même état; mais La température est moins élevée (38°2). |

Le 11, dans la matinée, même état. A 1 heure de l'aprèsmidi, survient brusquement une nouvelle attaque épileptiforme, limitée cette fois au côté droit, débutant par la jambe. Après l'attaque il y a une hémiplégie droite complète avec hémianesthésie. Puis les attaques se succèdent toute la journée à cinq ou dix minutes d'intervalle.

Le 12, on à compté, en vingt heures, cent-quarante attaques subintrantes. L’hémiplégie droite est toujours complète. Le coma est plus profond. Température : 37°6.

Le 13, les attaques sont moins violentes et moins fréquentes ; l’hémiplégie droite est toujours complète. Le coma est de plus en plus profond. La température s'élève (38°8). La région sacrée est rouge et commence à s’escharifier.

On fait une ponction lombaire; le liquide s’écoule en jet, il est jaune ambré; il renferme de nombreux globules rou-

ges, quelques rares polynucléaires, de grands mononucléai-

res et surtout des Iymphocytes. - Le coma persiste. La température monte à 40°9, et [a

malade meurt à 9 heures du soir,

LPO OPE =

Auropsie.— Le cerveau seul a pu être examiné. Le liquide céphalo-rachidien quis'en écoule est rosé. Sur l'hémisphère gauche les circonvolutions de la convexité, surtout en avant, sont recouvertes de caillots. Les méninges ne sont pas épaissies et ne présentent nulle part de granulations tuberculeuses. |

Surune coupe horizontale, on trouve un foyer d’hémorragie du volume d’une grosse noix occupant la partie antérieure du lobe frontal etrompu sous les méninges à la pointe de l'hémisphère.

L'hémisphère droit ne présente pas de lésions.

Les artères de la base ne présentent pas nou. plus d’ alé | ration. ; “à

OBSERVATION DE Moizarp Er BACALOGLU | (Résumée)

Bull. de la Soc. anat., 1900, pag. 969

M... Adolphe, 7 ans, entré à l'hôpital des Enfants-mala. des, le 31 octobre 1900. il ns:

Antécédents héréditaires. — Rien de particulier.

Antécédents personnels. — Hémophilie. Rougeole il y a 2 3 mois. Pleurésie il y à 3 semaines. Quelques jours après la < guérison de cette pleurésie qui dura 5 jours, l'enfant a des + vomissements sans efforts: vomissements alimentaires, puis a. bilieux. Le lendemain véphaliiaie violente Constipation. ;

1 novembre — Abattement. Attitude en chien de fusil. Céphalée. Ventre en bateau, raie méningitique. Raideur généralisée, signe de Kernig. Pupilles inégales, ne réagissant «5 pas à la lumière. | 4

Pouls lent (60, irrégulier. Temp.: 38°4 le 31 octobre au soir ; 37°7 et 3824 le {* novembre.

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Mort le lendemain au milieu de convulsions.

Pas de ponction lombaire.

Autopsie. — Cerveau recouvert d'une nappe sanguine, prédominante surtout au niveau de l'hémisphère gauche. Liquide céphalo-rachidien coloré en rouge.

Dans ce cas, comme dans le précédent, observé par Achard et Ramond, la ponction lombaire n’a pas été pratiquée, mais l’autopsie démontre d’une façon cerlaine lexistence d'hémorragie sous-arachnoïdienne sans inflammation. — Ces deux cas diffèrent des précédents par leur terminaison : la mort est due sans doute à l'importance de l’hémorragie avec atteinte du tissu noble, l'abondance du raptus sanguin étant commandée chez le malade de Moizard par l'hémophilisme déjà plusieurs fois constaté antérieurement.

SYMPTOMATOLOGIE

Faire la symptomatologie des hémorragies sous-arachnoï-

diennes à forme méningilique serait répéter tout ce qui a été écrit dans les traités sur les signes des méningites cérébro-

Spinales. Aussi ne nous atlarderons-nous pas à en décrire :

dans tous ses détails le tableau clinique, nous bornant à noter les faits qui nous out paru, d’après les observations, intéressants à signaler. | Le début varie suivant que l’hémorragie s 'est produite ou non à la suite d’un traumatisme. Dans le premier cas, il Yÿ a au moment de l'accident un shock qui plonge la victime dans un évanouissement complet. Cette perte de connaissance se prolonge un certain temps et le syndrome ménin-

gilique apparaît avant qu'elle se soit dissipée. D’autres (01800

lorsque le traumatisme n'a pas été très violent, comme c'est

le cas pour le malade de Macaiene l’'évanouissement est de P gne,

courte durée et il semble qu'il y ait entre le moment de la chute et l'explosion des accidents méningés une période d'incubalion pendant laquelle le malade n’éprouve qu’une

lassitude indéfinie. Dans le cas où l'hémorragie n’est pas due à un traumatisme, les accidents surviennent assez brus-

quement, quoiqu'ils soient précédés de quelques jours de fatigue générale. En effet, le malade est pris d’une céphalée

intense, avec douleurs lombaires, accompagnée .de Yans2

sements,

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Une fois le mal déclaré, le syndrome méningitique se montre plus ou moins au complet. La constipation, le ventre en bateau, peuvent manquer, mais la céphalée et les vomissements alimentaires ne font jamais défaut. Outre la triade symptomatique, il existe un signe d’une grande valeur, puisqu’onle retrouve dans toutes les observations: c'est le signe de Kernig. Il est remarquable par son intensité, remarquable aussi par sa ténacité, sa lenteur à disparaître : il se prolonge quelquefois au delà de la guérison. Le malade de Macaigne se trouve très bien, se lève, mange et dort comme à l'élat normal, mais ce qui le tracasse, c'est que ses «genoux ne veulent pas s'étendre ». La contracture de la nuque se rencontre presque partout : elle force le malade à tenir la tête renversée en arrière dans l'extension complète, et si l’on essaie de la soulever, on entraîne tout d’un bloc le tronc entier. Cette contracture, qui augmente la douleur, peut s'étendre à tous les muscles dorso lombaires, de facon à immobiliser le rachis. Elle est généralement précoce, ce qui est une caractéristique des réactions des enveloppes cérébro-spinales. « Elle est réellement due à la présence du sang sur la surface méningée, et c’est au moment où la destruction des hématies est dans son activité maxima, avec hyperpression du liquide céphalo-rachidien qu'elle est surtout prononcée.» (Froin) Les troubles pupillaires n'ont pas été signalés.

À ces signes qui sont propres aux maladies des enveloppes cérébro-spinales, viennent s'en ajouter d’autres qui dépendent soit de la compression exercée par des caïllots fibrineux sur le Lissu noble, soit de légères hémorragies corticales qui ont accompagné l'hémorragie pie-mérienne. Ce sont : de l’exagération des réflexes tendineux, de la trépidation épileptoïde, le signe de Babinski en extension, et surtout l'hémiparésie à droite ou à gauche, Ces cas semblent

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