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CHAPITRE VIII

Henri de Bernières fait construire un presbytère. — Fonds en réserve pour cette construction. — M. de la Chênaie. — La Communauté des Habitants.— Le collège des Jésuites. — Inauguration du nouveau presbytère.

Mgr de Laval et l'abbé de Bernières demeuraient encore dans la petite maison de Mme de la Peltrie, et ils y restèrent jusque dans l'automne de 1661. C'est là que les trouva M.

Thomas Morel, lorsqu'il arriva à Québec, avec Denis Roberge, le 22 août de cette année.

Tous quittèrent la maison de Mme de la Peltrie le dimanche soir, 6 novembre, pour aller passer l'hiver chez les jésuites. L'évêque et ses prêtres étaient à la table des révérends Pères : « ses gens, dit ajournai des Jésuites, prenaient leurs repas avec les pensionnaires. »

Mgr de Laval s'embarqua pour la France> avec le P. Ragueneau, le 12 août 1662, après avoir confié l'administration de son vicariat apostolique conjointement à MM. de Lauson- Charny et de Bernières, qu'il avait nommés

ses grands vicaires. Ce dernier sortit définitivement de chez les jésuites le 5 octobre, et alla fixer ailleurs sa résidence avec Thomas Morel et son autre confrère Jean Dudouyt, qui venait justement d'arriver de France. Thomas Morel était du diocèse de Rennes, en Bretagne ; Jean Dudouyt, du diocèse de Coutances : tous deux étaient d'anciens hôtes de l'Ermitage de Caen, et paraissaient avoir une estime toute spéciale pour Henri de Bernières.

Le Journal des Jésuites, qui nous apprend le départ de M. de Bernières de chez les jésuites, ne nous dit pas où il alla demeurer avec ses confrères ; mais ce fut évidemment dans le presbytère que l'on venait de construire à l'endroit même où s'élève encore aujourd'hui la maison du curé de Québec.

A peine, en effet, Mgr de Laval et M. de Bernières furent-ils arrivés au Canada, en 1.659, qu'ils songèrent à se bâtir une résidence, près de l'église paroissiale. Il n'y avait encore là qu'une chétive maison en bois, où logeait le bedeau. Elle était si peu convenable pour servir de presbytère, que le prélat, malgré son amour de la simplicité et de la pauvreté, n'avait pu se résoudre à l'habiter, et qu'il était allé se retirer avec ses prêtres dans la maison de Mme de la Peltrie.

Laissé à lui-même, il se serait peut-être contenté longtemps de cette maison : • Il ne veut qu'une maison d'emprunt, écrit Marie de l'Incarnation, disant que quand il ne faudrait que cinq sols pour lui en faire une, il ne les voudrait pas donner. » On assure même qu'ayant passé près de trois mois à l'Hôtel-Dieu dans l'automne de 1659, il songea sérieusement à y demeurer, afin d'être près des pauvres malades, et de pouvoir plus aisément les secourir. Mais on lui fit comprendre qu'il était plus convenable à la dignité de sa charge, de se mettre chez lui, dans une résidence louée, d'abord, puis dans une « maison épiscopale » qu'on lui bâtirait ; et il se rendit à cet avis : « Il veut que tout se fasse avec la majesté convenable à l'Eglise, autant que le pays le peut permettre, » dit encore Marie de l'Incarnation.

M. de Bernières, nommé dans l'automne de 1660 pour exercer les fonctions de curé de -Québec, se décida, avec le consentement de la fabrique et de l'évêque, à entreprendre sur le terrain de l'église la construction d'un presbytère.

Mais avec quoi bâtir ? Charles Aubert de la Chênaie (1), riche et honorable négociant de

(1) M. de la Chênaie vint au Canada en 1655. Il fut l'un des premiers commis de la recette du pays, et prit part à une

la ville, avança les fonds nécessaires, et prêta la somme de six mille livres, sur l'assurance d'être remboursé par la Communauté ou Compagnie des habitants qui tenait cette somme en dépôt pour la dite construction. Mgr de Laval y ajouta • de son argent » plus de deux mille livres, « voulant, disait-il, contribuer sa part, et concourir aux intentions de ceux qui avaient donné la somme de six mille livres. »

D'où provenait cette somme de six mille livres ? Une vingtaine de soldats avaient été envoyés au Canada en 1644 par la reine Anne d'Autriche, et expédiés au pays des Hurons pour protéger les missionnaires contre les Iroquois. Ils revinrent à Québec l'année suivante, « chargés d'une quantité de peaux de castors, » pour une valeur « de trente à quarante mille francs. » A qui devait aller le revenu de ces pelleteries ? A la Compagnie des Cent- Associés, ou bien à la Communauté des habitants ou bourgeois canadiens, auxquels on venait de céder le privilège de la traite des castors, moy- # ennant certaines conditions ? Il y eut beau-

foule d'entreprises commerciales et industrielles. C'était un homme actif, dévoué et courageux.

Il demeurait à la basse- ville, sur la place en avant de l'église de Notre- Dame- des- Victoires, et mourut en 1702, "fort regretté, écrivait M. de Beauharnois, pour le bien qu'il a fait n ce pays."

coup de contestations à ce sujet : elles se terminèrent par un compromis : « On s'accorda, dit le P. Lalemant, d'employer le provenu à bâtir une église et presbytère, pour lequel en particulier six mille livres furent destinées. . .

Les jésuites, qui avaient bâti en 1635 une petite résidence en bois près de Notre-Damede-Recouvrance (2), et l'avaient vue complètement détruite en 1640 par l'incendie qui dévora en même temps l'église (3), furent laissés libres d'accepter les six mille livres pour bâtir un presbytère sur le terrain de l'église, ou de bâtir sur leur propre fonds (4), en remettant plus tard la même somme à la Communauté des habitants. Ils préférèrent ce dernier parti, et remirent effectivement les six mille livres, en 1655, au trésorier de la dite Communauté, laquelle se trouvait alors en complète banqueroute.

(1) " Journal des Jésuites," p. 9.

(2) "Catalogue des Bienfaiteurs de N.-D. de Recouvrance, " publié dans L'Abeille " du Petit Séminaire de Québec, t. VII, No 19, note de M. Laverdière.

(3) L'incendie détruisit aussi "la chapelle de Champlain," c'est-à-dire l'humble monument funèbre où reposaient ses cendres, et qui était tout près de N.-D. de Recouvrance. (Relations des Jésuites, 1640, p. 50). — Les registres de la paroisse devinrent la proie des flammes ; mais "on sauva quasi tous les ornements d'église." (Catalogue.)

(4) Le terrain des jésuites avait douze arpents en super-, ficie ; il leur fut concédé le 18 mars 1637. Jusque-là ils avaient habité Notre-Dame des Anges, à l'embouchufe de la rivière Lairet.

A son arrivée au Canada, en 1657, M. de Queylus, devenu curé de Québec, et se trouvant sans presbytère, intenta une action aux Pères Jésuites, pour leur faire remettre à la paroisse le nouveau logis qu'ils venaient de bâtir, ou bien rembourser les six mille livres. C'était une simple procédure pour arriver à faire payer la Société des habitants.

Le jugement interlocutoire du sénéchal fut signifié aux jésuites le 22 novembre 1657 ; ils n'eurent pas de peine à prouver qu'ils s'étaient déjà acquittés de leur dette ; et quatre mois après, le 23 mars 1658, le gouverneur d'Ailleboust rendit un jugement définitif, par lequel il déclarait «que la Communauté des habitants demeurait duement chargée de payer, à la décharge et en l'acquit des dits Pères Jésuites, la dite somme de six mille livres, condamnant le procureur de la dite Communauté, Jean Gloria, à payer, par préférence aux autres dettes de la dite Communauté, la dite somme de six mille livres, pour être employée à la bâtisse du dit presbytère (1).»

M. de Queylus cessa d'être curé de Québec, dans l'été de 1658, et monta à Montréal. Les

(1) Note de M. I^averdière, dans le "Journal des Jésuites/' p. 226.

jésuites reprirent leurs fonctions curiales, et les six mille livres continuèrent à rester en dépôt entre les mains des Habitants. Elles y étaient encore lorsque M. de Bernières commença le presbytère ; et au lieu de les réclamer de suite, il préféra, comme nous l'avons vu> emprunter de M. de la Chênaie.

Les travaux de construction durent commencer en 1661 ; ils furent poussés avec assez de vigueur, au printemps de 1662, pour que la maison fût logeable dans l'automne. M. de Bernières y entra avec ses confrères le 5 octobre. On continua à y travailler tout l'hiver et le printemps suivant, pour finir l'intérieur. Elle était terminée lorsque Mgr de Laval arriva avec M. de Maizerets le 15 septembre 1663.

C'était une bonne maison en pierre, parfaitement finie à l'extérieur et à l'intérieur. Le Conseil Souverain de la Nouvelle-France, créé cette année-là même par le roi, nomma, le 21 octobre, une commission de cinq ouvriers, savoir, deux maîtres maçons, un maître charpentier et deux maîtres menuisiers, pour la visiter et en estimer la valeur. L'inspeétion eut lieu le 14 novembre. La « maison presbytérale » fut estimée à huit mille cinq cents livres, ce qui était une somme relativement considérable pour l'époque.

Après avoir reçu le rapport assermenté des experts, le Conseil Souverain ordonna le 17 novembre que la Communauté des Habitants paierait à la fabrique la somme de six mille livres dont elle était dépositaire, puis, que les marguilliers eux-mêmes remettraient cette somme à M. de Bernières pour le rembourser des avances qu'il avait faites pour la construction de l'édifice. Le 17 février 1664, ML de Bernières donna une quittance générale tant aux marguilliers qu'à la Communauté des Habitants.

Telle est l'histoire de la construction du premier presbytère de Québec (1) : il fut bâti, de 1661 à 1663, par les soins et sous la surveillance de M. de Bernières. Les marguilliers qui se trouvaient alors en charge et lui donnèrent leur concours furent MM. Mathieu Damours, Jean Gloria, Jean Madry et Thierry Delestre le Vallon.

(1) I<e Conseil Souverain de la Nouvelle-France siégea au moins une fois au presbytère de Québec, savoir le 30 janvier 1664. "Jugements du Conseil Souverain," t. 1. p. 112.

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