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CHAPITRE X

M. DE BERNIERES, CURE DE QUEBEC. — UNION DU SÉMINAIRE AUX MISSIONS- ÉTRANGÈRES.

Désintéressement des fondateurs du séminaire. — I«a paroisse de Québec, érigée en 1664, est confiée à M. de Bernières.— Son revenu, — Union du séminaire aux Missions-Etrangères.— La croix du Saut-au-Matelot. — Agrandissement du presbytère.

Ce n'était pas assurément pour leurs fins personnelles que Mgr de Laval, M. de Bernières et les autres prêtres du séminaire s'étaient fait donner par la fabrique le terrain de l'église ; c'était uniquement pour ce qu'ils croyaient être le bien de l'Eglise du Canada. Il y a dans le désintéressement de ces hommes apostoliques je ne sais quel parfum de vertu qui semble nous venir des âges héroïques de foi.

Au presbytère de Québec, devenu séminaire, on vivait dans le plus parfait esprit de pauvreté, chacun renonçant à son bien propre et mettant dans la caisse commune tout ce qu'il possédait, biens de famille, bénéfices, pensions

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présents, et même honoraires de messes (i) r « Il ne paraît aucun titre ni bien temporel à pas un des ecclésiastiques qui composent le séminaire de Québec, lesquels vivent tous en commun sur les revenus qui sont affectés au dit séminaire.»

Voilà le témoignage que Frontenac et les membres du Conseil Souverain rendaient un jour publiquement aux directeurs du séminaire de Québec (2).

MM. de Bernières et Ango de Maizerets recevaient chacun une pension de leur famille, le premier par son frère, M. de Gavrus, le second par M. de Lamothe, d'Argentan. Ils étaient même «fort riches,» d'après un document. M. Dudouyt avait une terre près de Périers, à quelques lieues de Coutances : elle était louée à M. de Montfort. M. Dupré avait un petit bénéfice dit la chapelle de M. Duprê> affermé pour la somme annuelle de cent quatrevingt livres. M. Dufort, M. Gauthier de Brûlon, M. Petit avaient également des biens en France. Tous les revenus allaient au séminaire de Québec. La charge du procureur du séminaire, en France, qui devait administrer ces différents biens, sans compter les abbayes

(1) " L'Abeille " du petit séminaire de Québec, vol. n, n° 16.

(2) "Jugements du Conseil Souverain," t. i. p. 866.

et leurs prieui'és, n'était évidemment pas une sinécure.

M. Dudouyt fut nommé procureur de la communauté et exerça cette charge à Québec jusqu'en 1676; puis il fut envoyé à Paris, où il remplit les mêmes fonctions jusqu'à sa mort, arrivée en 1688 :

« Nos biens étaient communs avec ceux de l'évêque, écrivait Ango de Maizerets à M. de Denonville. Je n'ai jamais vu faire parmi nous aucune distinction du pauvre et du riche, ni examiner la naissance et la condition de personne, nous regardant tous comme frères.

« Le détachement est l'essentiel, écrivait à son tour Mgr de Laval ; c'est en cela que consiste l'esprit de grâce qui soutient le séminaire (1). •

Le presbytère de Québec, c'était vraiment l'ermitage de Bernières de Louvigny transporté sur les rives du Saint-Laurent.

« Tous ceux qui depuis composèrent le séminaire de Québec, dit Latour, avaient été formés à l'école de M. de Bernières, et portèrent dans le nouveau monde l'esprit qu'ils y avaient pris* Voici les principales maximes spirituelles de ce saint homme :

(1) Archives du Séminaire de Québec, lettre du mois de mai 1685.

« Il ne faut pas se produire avant le temps « Ceux qui s'exposent à travailler pour le pro- « chain sans être morts à eux-mêmes, font peu « de fruit, et risquent de se perdre.

« On ne trouve la vie que dans la mort, l'être « que dans le néant.

« Fuyons tout ce qui a de l'éclat, tout ce qui « nourrit l'orgueil et l'amour propre, dont nous « avons tous un fonds dans nous-même.

« L'abjection est comme le fumier de la vie « spirituelle, qui engraisse la terre et la rend « féconde.

« Nous n'avons point de meilleur ami que « Jésus-Christ. Suivons tous ses conseils, sur- « tout ceux de l'humiliation et de la désappro- « priation du cœur.

« Le propre intérêt est le plus grand obstacle « à l'esprit d'oraison. Sans la pauvreté et le « dégagement, l'union avec Dieu est impos- « sible. Cette union est le terme, le reste est « le moyen : gardons-nous de prendre le moyen « pour le terme.»

« C'est sur ce grand système de désappropriation que fut établie la communauté des biens, la dépendance du séminaire, l'union étroite, en un mot l'esprit et le gouvernement du clergé du Canada : prodige de perfection, qui fut la consolation de M. de Laval.»

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Mgr de Saint- Vallier demeura plusieurs mois au séminaire, lors de son premier voyage dans la Nouvelle-France : « Il me semblait, dit-il, voir revivre dans l'Eglise du Canada quelque chose de cet esprit de détachement qui faisait une des principales beautés de l'Eglise naissante de Jérusalem du temps des apôtres... Les prêtres du séminaire aitnent la pauvreté, et vivent dans un parfait abandon à la Providence. »

Un demi-siècle plus tard, le gouverneur et l'intendant du Canada constataient au séminaire le même esprit de ferveur : « Ils sont fort unis entre eux et fort désintéressés ; ils remettent à la masse commune le revenu de leurs bénéfices et de leur casuel (i).»

D'après le mandement de Mgr de Laval, toutes les paroisses étaient unies au séminaire de Québec, L'évêque choisissait parmi ses prêtres ceux dont il avait besoin pour les desservir: les curés ou missionnaires recevaient la dîme, le casuel et autres droits, et en rendaient compte au séminaire. Ce système de cures unies au séminaire fut approuvé à Rome, au moins comme système provisoire. Le car-

(i) Lettre de Beauharaais et Hocquart au ministre de la marine, 10 octobre 1734, Documents de Paris, Eglise du Canada, t. x, p. 91.

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dinal Barberini, secrétaire de la Propagande, écrivant à Mgr de Laval le 13 avril 1669, lui disait que l'affaire de l'érection de l'évêché de Québec était en bonne voie et arriverait à heureuse fin ; puis il ajoutait :

« Quand cette affaire sera réglée, on pourra s'occuper de l'érection des paroisses : pour le moment, c'est le sentiment de la Sacrée Congrégation que vous devez continuer à les administrer de la même manière que vous l'avez fait jusqu'ici, avec un zèle qui fait tant d'honneur à votre piété (1).»

La première paroisse qui ait été érigée en titre est celle de Notre-Dame de Québec : elle le fut le 15 septembre 1664, et Mgr de Laval nomma immédiatement curé M. de Bernières,, qui la desservait depuis l'automne de 1660, et était en même temps supérieur du séminaire^ Elle comprenait « la haute et basse ville, la Canardière, qui a une demi-lieue d'étendue,, la Petite-Rivière jusques à une lieue et demie <ie Québec, la côte Sainte-Geneviève, et Saint- Michel distant d'une lieue. » Il y avait en 1683 sur ce territoire 239 familles et 1354 âmes (2).

(i) Archives du Séminaire de Québec.

(2) " Plan général de Testât présent des missions du Canada, fait en 1683, " publié dans "l'Abeille" du petit sémi minaire de Québec, vol. 1, n° 18.

La dîme et les droits curiaux dus à M. de Bernières étaient remis au procureur du séminaire de Québec. Son casuel, en 1667, était de cent trente-trois livres, et d'un peu plus de cent quatre-vingt-cinq livres en 1668 : sa dîme, en 1668, rapportait quatre-vingt-dix livres. En 1689, le revenu du curé de Québec était encore peu de chose, d'après une déclaration officielle de Mgr de Laval en date du n novembre :

« Le curé de Québec, qui ne peut se passer de vicaire, n'a encore à présent pour revenu que vingt-cinq à trente minots de blé, et très peu de chose de son casuel {1)."

Le séminaire des Missions-Etrangères de Paris fut fondé presque en même temps que le séminaire de Québec : MM. de Meurs, Gazil et Poitevin en furent les principaux organisateurs. Il s'ouvrit dans une maison, située rue du Bac, qu'ils achetèrent de Mgr Bernard de Sainte-Thérèse, évêque de Babylone. Le sermon d'inauguration fut donné par Bossuet.

Mgr de Laval ayant appris, au printemps de 1664, l'établissement définitif du séminaire de Paris, écrivit aux directeurs,qui étaient tous ses amis, pour les inviter à s'établir aussi à Québec, de manière à faire de son séminaire comme une branche de leur institution. Il voyait, en

(1) Archives du Séminaire de Québec.

effet, qu'il ne lui serait pas de sitôt possible de trouver au Canada les prêtres nécessaires pour conduire son établissement : « Venez donc, leur disait-il, nous vous recevrons avec joie. Vous trouverez un logement préparé et un fonds suffisant pour commencer un petit établissement qui ira toujours en croissant, je l'espère.»

Sur cette invitation, les directeurs demandèrent une permission authentique de faire l'établissement projeté. Mgr de Laval leur répondit, le 1 6 octobre 1664, qu'il agréait leur demande. L'unioti des deux séminaires eut lieu le 29 janvier 1665, et elle fut renouvelée dix ans plus tard, après que Mgr de Laval fut devenu évêque en titre de Québec.

Désormais, le séminaire de Québec ne fut qu'une branche de celui de Paris. Mgr de Laval et les messieurs de Québec appartenaient au séminaire des Missions-Etrangères au même titre que les messieurs de Paris.

Et d'abord, Mgr de Laval trouvant trop petit le terrain acquis de la fabrique en 1663, et prévoyant peut-être que cette propriété pourrait bien un jour lui être disputée, acheta, le 10 avril 1666, de Guillemette Hébert, veuve de Guillaume Couillard, le terrain d'environ seize arpents qui joignait celui du séminaire et

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s'étendait jusqu'à l'Hôtel-Dieu. Puis le 5 octobre suivant, il le céda au séminaire de Paris pour le séminaire de Québec.

Peu de temps après avoir acquis ce vaste terrain, on commença « sur l'emplacement de l'église, » tout près du presbytère dont elle n'était que l'agrandissement, une maison en bois, destinée à servir de grand séminaire, en attendant que l'on pût élever un édifice permanent sur le terrain Couillard. Cette maison en bois portait l'inscription S. M. E. (Seminarium Missionum Exterarum) (1). Une belle avenue conduisait de cette résidence au bord de la colline, où M. de Tracy, arrivé au Canada Tannée précédente, avait fait planter une grande croix. Cette croix s'appelait « la croix du Saut-au Matelot ». L'endroit où elle s'élevait (probablement la terrasse du jardin) était si délicieux, que Mgr de Saint- Vallier fit des démarchés pour l'acquérir du séminaire. Ses désirs échouèrent devant les résistances de M. Tremblay (2).

Par une convention entre Mgr de Laval et le séminaire des Missions-Etrangères, en date du 6 octobre 1666, Mgr de Laval s'obligeait à

(1) Mss de l'abbé Beau de t.

(2) Archives du Séminaire de Québec lettre de M. Tremblay, 1695.

mettre le dit séminaire en possession de la maison qui se construisait, «avec tous les meubles, le 29 septembre 1667, auquel jour le dit séminaire se chargera des pensionnaires, sans qu'il puisse être obligé en quelque façon que ce soit en aucune dette contractée avant le dit septembre 1667, soit pour le regard de la bâtisse de la dite maison, soit pour quelque autre chose quelconque,» Mgr de Laval s'obligeant de satisfaire « à toutes les susdites précédentes dettes et nommément à celle de Denis Roberge, qui est portée par le mémoire joint à son contrat de donation au séminaire (i).»

En même temps que l'on construisait cette maison en bois pour le grand séminaire, on faisait des travaux de réparation à l'église paroissiale, qui fut consacrée cette même année 1666. M. de Bernières, comme curé de Québec et supérieur du séminaire, eut sans doute à s'occuper beaucoup de tous ces travaux pour en surveiller l'exécution.

Les différentes compagnies du régiment de Carignan envoyées au Canada pour aller, sous les ordres de M. de Tracy, porter la guerre dans le pays des Iroquois, arrivèrent à Québec dans l'automne de 1665. Plusieurs y passèrent

(1) Archives du séminaire de Québec.

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l'hiver, et l'on se prépara durant tout l'été de 1666 à marcher contre l'ennemi.

Cette année 1666 fut évidemment pour le curé de Québec une année féconde en occupations de toutes sortes.

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