‹ Henri de Bernières: premier curé de QuébecChapitre 14 sur 45 · LE PETIT SEMINAIRE DE QUÉBEC. — LES GRANDES CONSTRUCTIONS · texte numérisé non relu

LE PETIT SEMINAIRE DE QUÉBEC. — LES GRANDES CONSTRUCTIONS

Au grand séminaire, — Germain Morin et Louis Jolliet- — Le petit séminaire, dans la maison de Mme Couillard.— Nouveau bâtiment pour le petit séminaire, près de la cathédrale. — Démolition de la maison Couillard, et construction du séminaire proprement dit — Description de l'édifice,, d'après Frontenac et La Potherie.

Le grand séminaire existait depuis 1663. Installé d'abord au presbytère, il avait été transféré dans l'automne de 1667 à la nouvelle maison construite tout auprès par les soins de Mgr de Laval et du séminaire. Le supérieur, M. de Bernières, tout en exerçant les fonctions curiales à la paroisse, s'occupait des jeunes séminaristes français et canadiens qui se préparaient au sacerdoce : il leur donnait des conférences spirituelles et théologiques ; et déjà l'un d'eux> Germain Morin, qui remplissait depuis deux ou trois ans auprès de l'évêque les fonctions de secrétaire et celles de greffier de Pofficialité, avait reçu l'onction sacerdotale le 1 9 septembre 1665 dans l'église paroissiale de Québec, où

tout jeune et durant tant d'années il avait servi <:omme enfant de chœur. Il célébra solennellement sa première messe le jour de la Saint- Michel dans la chapelle du collège des jésuites où il avait fait ses études comme pensionnaire.

C'était, dit le P. Lalemant, «le premier prêtre •du pays.» La cérémonie de son ordination et celle de sa première messe attirèrent sans doute toute la population de Québec et des environs, ■et répandirent partout une sainte joie.

Une sœur de Germain Morin est aussi la première Canadienne qui se soit faite religieuse, à l'Hôtel-Dieu de Montréal. Elle écrivit les annales de cette communauté ; et ces annales, demeurées manuscrites, ont été souvent consultées et citées par nos historiens.

Germain Morin et Louis Jolliet, qui étaient -ensemble au grand séminaire, n'étaient pas les premiers venus ; ils faisaient honneur aux Canadiens. Très bien doués sous le rapport •de l'intelligence et des talents, ils avaient aussi des goûts artistiques : le P. Lalemant les appelle quelque part « nos officiers de musique (i).»

L'année 1668 vit la fondation du petit séminaire de Québec : elle fut l'œuvre de Mgr de Laval, de M. de Bernières et des autres prêtres

( 1 ) ' * Journal des Jésuites, ' » p. 330.

«du séminaire : « Le prélat, écrit Ango de Maizerets, ne faisait rien de considérable que de concert avec nous tous (i).» Et Mgr de Laval, à son tour, ne cessait de répéter que tout le Tnen qu'il avait pu opérer au Canada, il Pavait fait avec le concours de son clergé.

La première maison occupée par les élèves -du petit séminaire fut la maison même de Mme Couillard, dont on venait d'acquérir la propriété. Elle s'élevait tout près de la porte ■d'entrée donnant sur le jardin du séminaire tel qu'il était avant les nouvelles constructions ■(i). Voilà le berceau du petit séminaire de •Québec. ~

Chose remarquable, c'est dans cette maison •que le P. Le Jeune célébra la messe à son arrivée à Québec en 1632 :

« Nous allâmes, dit-il, célébrer la sainte messe en la maison la plus ancienne de ce pays-cy : c'est la maison de Mme Hébert (mère de Mme Couillard), qui s'est habituée auprès du fort, du vivant de son mary. Elle a une t>elle famille ; sa fille est icy mariée à un hon-

(1) " Mémoires sur la vie de M, de Xaval," p. 34.

(1) Voici ce aue je trouve dans mon Journal, à la date du 26 ■octobre 1866 : Depuis deux jours on fait des fouilles au jar 7 din du séminaire, près de la porte d'entrée. On a trouvé les fondations de la maison de Mme Couillard, peut-être la première maison de la haute ville, que Mgr de Laval avait achetée pour y commencer le petit séminaire. "

nête Français. Dieu les bénit tous les jours ; il leur a donné de très beaux enfants ; leur bétail est en très bon point, leurs terres leur rapportent de bon grain . . .

•Quand ils virent arriver ces pavillons blancs sur les mâts de nos vaisseaux, ils ne savaient à qui dire leur contentement ; mais quand ils nous virent en leur maison pour y dire la sainte messe, qu'ils n'avaient point entendue depuis trois ans (les années d'occupation du pays par les Anglais), bon Dieu, quelle joye \ Les larmes tombaient des yeux quasi à tou?, de l'extrême contentement qu'ils avaient. Oh ! que nous chantâmes de bon cœur le Te Deum laudamus ! c'était justement le jour de l'octave de saint Pierre et saint Paul. Le Te Deum chanté, j'offris à Dieu le premier sacrifice à Kébec (i).»

Il y avait un noyau d'élèves tout prêt pour la nouvelle institution du petit séminaire :

c'étaient les enfants de chœur dont la paroisse payait la pension chez les jésuites. Nous voyons en effet que « la fabrique donnait annuellement 600 livres au Frère Joseph pour la pension des enfants de chœur. » A quelques-uns d'entre eux, comme Charles-Amador Martin, par exemple, fils d'Abraham Martin,.

(1) " Relations des Jésuites," 1632.

elle fournissait même des souliers et des hardes (i).

Il n'y eut d'abord que deux enfants de chœui ainsi entretenus et pensionnés par la fabrique ; mais en 1659, à l'arrivée de l'évêque, le nombre en fut porté à quatre. Ceux qui, cette annéelà, bénéficiaient de cette pension étaient le jeune Boutet, fils de Martin Boutet, Germain Morin, Charles-Amador Martin, et Véron ou Poupeau. Il y en avait un autre, Joseph Dubuisson (2), à qui les jésuites fournissaient la pension gratis (3).

Voici, d'après un vieux manuscrit (4), à quelle occasion et dans quel but fut établi le petit séminaire de Québec :

« On a commencé le petit séminaire le 1er octobre 1668, après avoir surmonté plusieurs difficultés. Les motifs furent pour tirer les enfants de la corruption du siècle, du libertinage où le naturel du pays les porte, les disposer à l'état ecclésiastique et les faire servir à l'église avec décence, en leur apprenant le plain-chant et les cérémonies.

(1) Archives paroissiales de Notre-Dame de Québec.

(2) Probablement le neveu de Mme Couillard, fils de Jean Guyon du Buisson et d'Elisabeth Couillard. Il épousa à Québec le 29 janvier 1674 Geneviève Cloutier, petite-fille de Zacharie Cloutier, du Perche.

(3) "Journal des Jésuites, " p. 268.

(4 Publié dans " l'Abeille " du petit séminaire de Québec, vol. I, n° 26.

« Ce qui donna occasion à cet établissement fut que M. Talon, intendant, reçut ordre de la cour de travailler à franciser les sauvages, et, pour y réussir, proposa à Mgr de Laval d'élever des enfants de la nation des Hurons, et aux jésuites, des Algonquins ; et comme, pour les franciser, il était nécessaire de les mêler à d'autres enfants français, l'on retira du collège des jésuites, qui tenaient des pensionnaires, tous ceux dont on payait la pension en tout ou en partie (i). L'on fit pour ce sujet accommoder promptement la vieille maison où avait logé Mme Couillard ... Il (le petit séminaire) fut composé de huit Français et six Hurons, qui entrèrent le jour de la Saint- Denis ...»

La Mère de l'Incarnation écrivant à son fils le 17 octobre :

« Mgr notre Prélat, dit-elle, entretient en sa maison un certain nombre de jeunes garçons sauvages et autant de français, afin qu'étant élevés et nourris ensemble, les premiers prennent les mœurs des autres et se francisent.»

M. de Bernières était le supérieur général du grand et du petit séminaire. Son assistant, M. de Maizerets, fut le premier directeur -des écoliers. On lit dans un ancien document :

(1) L,es enfants de chœur dont il a été parlé plus haut.

« M. de Maizerets quitta son pays uniquement pour l'œuvre du petit séminaire.»

Après lui, c'est un prêtre canadien, Ignace.

Germain Hamel, qui fut employé « à instruire les jeunes gens du petit séminaire.» Il était chanoine, et « presque toujours malade.» Dans un document du 21 septembre 1718, il est appelé « préfet des enfants du petit séminaire.»

II y avait à cette date sept prêtres résidants, au séminaire de Québec : cinq français, M. de Maizerets, supérieur, M. Glandelet, assistant,. M. Thibout, curé de Québec, et son vicaire M. de Royer, puis M. de Requeleyne, « ancien curé de la Rivière-Ouelle et de la Grande- Anse ; » et deux canadiens, M. Hamel, et M.

de Varennes, procureur, petit-fils de l'ancien gouverneur des Trois-Rivières, Pierre Boucher.

Le vieux Récit des Ursulines, parlant de M. de Varennes :

«C'était, dit-il, un des plus dévoués amis de notre communauté. Sa présence dans notre sanctuaire embellissait toutes nos fêtes, et il nous rendit de continuels services par l'exercice de son saint ministère, aussi bien que par ses rares talents. Ce saint prêtre, dont la piété n'avait rien d'austère, rehaussait par la plus exquise politesse le prix des vertus sacerdotales qu'il possédait à un haut degré.»

Les élèves du petit séminaire allaient en classe chez les jésuites : au séminaire, ils avaient des répétiteurs, et on formait leur éducation en vue surtout de l'état ecclésiastique auquel ils étaient censés appelés.

La maison de Mme Cou il lard devint bientôt insuffisante pour le nombre des élèves. Après le retour de Mgr de Laval de son second voyage en France, en 1675, on fit bâtir un édifice en pierre « à angle droit avec la paroisse et attenant au chevet de l'église.»

En échangeant avec M. Berthelot l'île d'Orléans pour l'île Jésus, Mgr de Laval reçut 25,000 francs de retour (1), ce qui permit de faire cette construction.

Le nouvel édifice, « qui se dirigeait vers le petit séminaire actuel, fut, quelques années plus tard, réuni par un corridor avec le grand corps de logis. . . Il fut prêt en 1677. Mgr de Laval en fit la bénédiction solennelle le 7 décembre, et le lendemain, jour de l'Immaculée Conception, les élèves y entrèrent. Il y avait un peu plus de neuf ans qu'ils demeuraient dan£ le premier petit séminaire de l'Enfant-Jésus (2).»

Il y eut communion générale. On chanta tout d'abord le Veni Creator, ainsi que les lita-

(1) Archives du Séminaire de Québec.

(2) Mss de l'abbé Beaudet

nies de l'Enfant- Jésus, auquel était consacré le petit séminaire. L'image de la sainte Famille fut portée solennellement en procession. L'évêque prononça une pieuse allocution ; puis l'on chanta le psaume Lœtatus sum, dans lequel le prophète se réjouit à la pensée qu'il va entrer bientôt dans la maison de Dieu. C'était bien, en effet, la maison du Seigneur, ce petit séminaire où devaient se former à la piété et se préparer au sacerdoce tant de générations.

Voici les noms de ceux qui entrèrent le 8 décembre 1677 dans le Petit Séminaire du nouveau bâtiment — c'est ainsi qu'on appelait la nouvelle construction :

«Jean-François Buisson; François Grouard ; les deux Laval, frères (neveux de l'évêque) ; Augustin Le Gardeur de Tilly ; Etienne Volant ; Jean-François Buisson de Saint-Cosme ; Jean Bissot ; Denis de Peuvret ; Jean Soumande ; Augustin Le Gardeur de Repentigny ; Philippe Boucher ; Alexandre de Peuvret ; Alexandre Lavallière ; Daniel Latouche.

« Le même jour entrèrent au grand séminaire : MM. Thury ; Claude Denis ; Pierre Volant ; Jean Pinguet ; Paul Vachon ; Mathieu Damours ; Jean Guyon (1).»

(1) " 1/ Abeille," vol. i, n° 26.

Mgr de Laval ayant ainsi convenablement logé les élèves du petit séminaire, en 1677, pouvait l'année suivante démolir la maison de Mme Couillard et commencer la construction du séminaire proprement dit, tout ce qu'il avait bâti jusque là n'étant que provisoire. Il posa solennellement la première pierre de l'édifice en mai 1678, et partit pour l'Europe dans le cours de l'automne.

C'est toujours à son grand vicaire M. de Bernières qu'il confiait l'administration de son diocèse durant ses absences. La première fois qu'il passa en Europe, M. de Bernières administra le diocèse conjointement avec M. de Lauson- Charny (1). Durant son second voyage, M.

Dudouyt fut adjoint à M. de Bernières en cas de mort ou d'impossibilité quelconque d'administrer le diocèse. Cette fois-ci, M. de Maizerets reçut, le 4 novembre 1678, des lettres de grand* vicaire en même temps que M. de Bernières.

Tout en remplissant ses fonctions de curé de Québec, de supérieur du séminaire et de grand vicaire du diocèse, M. de Bernières devait surveiller les travaux de construction du nouvel édifice: quelle lourde charge sur les épaules d'un seul homme !

(1) M. de Lauson-Charny retourna en France en 1671 pouir ne plus revenir au Canada.

Lorsque l'évêque revint au Canada en 1680, la construction était très avancée. Elle fut logeable en 1681, mais on continua à y travailler les années suivantes.

a C'était, dit l'abbé Beaudet, un bâtiment en pierre, à deux étages avec des soupiraux, du côté du sud-ouest ; à trois étages avec des soupiraux, du côté du nord-est. Les caves, le rezde-chaussée du côté du jardin, et même le couloir du rez-de-chaussée dû côté de la cour (1) étaient complètement voûtés. Le toit était en ardoise.»

L'auteur de l'histoire manuscrite du séminaire modifie quelque peu ces données de l'abbé Beaudet :

«Avant l'incendie de 1701, dit-il, le séminaire n'avait qu'un étage du côté de la cour, et deux du côté du jardin. La gravure qui se trouve dans La Potherie nous confirme dans cette pensée ; car on n'y voit que deux étages du côté du jardin avec un comble brisé, avec double rang de lucarnes.»

(1) Il y a aujourd'hui dans cette cour un orme magnifique que nous avons vu planter nous-même, et au sujet duquel nous trouvons dans les Mss de l'abbé Beaudet la note suivante : '* Il fut planté en 1860 par M. Octave Audet, chapelain de Sillery (alors directeur du petit séminaire ) { lors de la visite du prince de Galles au Canada. Il y avait dans le tronc de cet arbre une fissure, dans laquelle on a introduit une statue de la sainte Vierge en porcelaine avec les noms de tous ceux qui habitaient le séminaire. Cette fissure s'est refermée depuis. "

L'édifice avait une belle apparence ; il était d'une solidité à toute épreuve. La façade principale donnait sur le jardin et sur le fleuve. Il y avait deux pavillons, un à chaque extrémité de l'édifice. L'un de ces pavillons prolongé plus tard, de 1690 à 1698, du côté de la cathédrale, devint le petit séminaire, remplaçant la maison que l'on avait bâtie au chevet de l'église.

Vers le milieu de cette aile se trouvaient la chapelle et le parloir. On y arrivait du dehors par une ruelle de vingt-cinq pieds de largeur, qui passait sur le terrain en avant de l'archevêché actuel et que l'on appelait rue du Parloir (1).

Frontenac, qui vit construire l'édifice principal du séminaire vers la fin de sa première administration, ne pouvait en croire ses yeux. Cet homme, «avec ses qualités militaires et ses grands talents de société et d'administration, avait la faiblesse de vouloir primer en tout. Il trouvait que l'évêque devait être puissamment riche pour bâtir une maison aussi dispendieuse. Voici ce qu'il disait en 1679 pendant la construction même :

« M. l'évêque empêche lui-même qu'on en

(1) Ne pas confondre cette rue du Parloir du séminaire avec la rue du Parloir des Ursulines.

puisse douter (de son revenu) par les grands et superbes bâtiments qu'il fait faire à Québec, quoique lui et ses ecclésiastiques fussent déjà logés plus commodément que les gouverneurs ; le palais qu'il fait faire, au dire du Frère Luc (i), récollet, qui en a donné le dessin, et qui en pourra rendre témoignage, coûtera plus de 400,000 livres. Cependant, nonobstant les autres dépenses que fait M. l'évêque, la plupart non nécessaires, il en a déjà fait faire le quart en deux ans ; le bâtiment est fort vaste et à quatre étages ; les murailles ont sept pieds d'épaisseur, les caves et les offices sont voûtés ; les fenêtres d'en bas sont faites en embrasures, et la couverture est d'ardoise toute apportée de France.

« Mais ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que ce palais est situé au milieu d'un jardin, qui a été dressé à force de mines et aplani par le moyen de terres apportées d'en bas au haut du rocher sur lequel il est, et qui occupe le seul endroit où l'on peut faire un fort pour la défense de la rade de Québec et des vaisseaux, et que l'on ne saurait défendre par aucune batterie si on ne la fait dans ce jardin (2).»

(1) François Luc, natif d'Amiens. "Excellent peintre, dit Tanguay, il passa au Canada, où il a laissé des peintures remarquables."

(2) Mss de l'abbé Beaudet.

Ce qui faisait la richesse du séminaire, c'était l'esprit de désintéressement de son fondateur, Mgr de Laval, et de ses collaborateurs. Ils vivaient tous avec la plus grande simplicité, ne prenant que ce qu'il fallait absolument pour leur subsistance sur les six mille livres allouées chaque année pour l'Eglise du Canada, et consacrant le reste à l'œuvre du séminaire. La plupart avaient en France des biens patrimoniaux : tout fut abandonné au séminaire ; et ce qu'il y a de plus remarquable»

c'est que la mise de chacun n'est mentionnée nulle part : tout se perd dans la profondeur de l'oubli le plus désintéressé. M. de Bernières passa en France en 1672, non pas tant pour revoir sa famille que pour réaliser une partie de son patrimoine et la donner au séminaire, en vue des constructions que l'on allait commencer.

Il fut absent une année, et en passa la plus grande partie avec Mgr de Laval, qui se trouvait alors en France. Durant ce temps, M.

Dudouyt administra le diocèse, et M. de Maizerets fut curé de Québec et supérieur du séminaire.

C'est avec ses ressources personnelles et celles de ses collaborateurs que Mgr de Laval put acquérir pour le séminaire le terrain Couil-

lard, ainsi que la seigneurie de Beaupré et de l'île d'Orléans. Le «lieu seigneurial ■ était Château-Richer ; c'est là que se rendaient «tous les devoirs seigneuriaux, aveux, foy et Tiommages, cens et rentes, lods et ventes, et tous autres droits de quelque nature qu'ils puissent être.» En 1666, Pierre Gagnon fut chargé d'y surveiller «la bâtisse d'une maison de pierre ; » Mgr de Laval « lui avait mis «en mains une somme d'argent,» dont il donna «quittance le 20 novembre 1667 (1).

Avec les ressources, également, dont nous venons de parler, Mgr de Laval put entreprendre la construction de ces édifices dont les vastes proportions étonnaient Frontenac. En 1692, le prélat estimait à 50,000 écus ce que lui avait coûté le logis principal de son séminaire. C'est aussi l'estimation qu'en faisait Bacqueville de la Potherie.

Voici la description que cet auteur donnait <îu séminaire de Québec en 1700, l'année même de la mort de M. de Bernières :

«Le séminaire de Québec est tout proche <le la cathédrale ; M. de Laval en est le fondateur. Il est sur la plate-forme de la pointe ■qui donna le nom de Québec. La face qui regarde le canal (le fleuve), accompagnée de

<i) Archives du Séminaire de Québec.

deux pavillons, forme la plus belle vue de la ville. L'aile gauche, où est renfermée la chapelle, a deux cent vingt pieds de long, et la largeur du bâtiment est de trente pieds en dehors.

«La chapelle avec la sacristie a quarante pieds de long. La sculpture, que l'on estime dix mille écus (trente mille francs), en est très belle : elle a été faite par les séminaristes, qui n'ont rien épargné pour mettre l'ouvrage dans sa perfection.

« Le maître-autel est un ouvrage d'architecture à la corinthienne ; les murailles sont revêtues de lambris et de sculptures, dans lesquelles sont plusieurs grands tableaux. Les ornements qui les accompagnent se vont terminer sous la corniche de la voûte, qui est à pans, sur lesquels sont des compartiments en losange, accompagnés d'ornements de sculpture peints et dorés.

« Cette maison a coûté environ cinquante mille écus ... Il y a trente-deux ecclésiastiques (prêtres) attachés à cette maison (i), sept missionnaires dans le Mississipi (2), quatre dans

(1) Iya plupart des curés appartenaient encore au séminaire,, conformément à l'institution de Mgr de I«aval.

(2) Il y avait deux ans que la mission des Tamarois et du Mississipi avait été confiée .aux prêtres du séminaire des Missions- Etrangères de Québec par Mgr de Saint- Vallier,. conformément K l'une des fins de leur institut.

l'Acadie, huit frères, qui sont des personnes attachées pour toute leur vie à une communauté, où ils font les fonctions de domestiques»

« Ils ont quatre-vingts pensionnaires, qui vont au collège des jésuites. Leurs habits sont uniformes, ayant un capot bleu à la Canadienne, sur lequel il y a un passe-poil blanc d'étoffe.

* Les caves sont d'une grande beauté. On dirait, en hiver, que ce serait un jardin, où tous les légumes sont par ordre, comme dans un potager (i).»

(i) "Histoire de l'Amérique septentrionale," t. i, p. 235.

Page 1