CHAPITRE XII
x'eguse paroissiale de m. de bernières.
son histoire
Xa chapelle du Cul -de- Sac.— N.-D. de Recouvrance. — La maison des Cent-Associés, convertie en chapelle.— Pose de la première pierre de N.-D. de la Paix. — Construction de l'église ; son clocher ; ses chapelles ; ses orgues.
M. de Bernières fut curé en titre de Québec •du 15 septembre 1664 au printemps de 1687, ^vingt-trois ans, sans compter les quatre années -qu'il desservit la paroisse avant qu'elle fût érigée, savoir à partir du 21 octobre 1660.
Durant cette période il ne fut absent qu'une année, celle qu'il passa en France de 1672 à
Nous avons parlé de sa résidence comme
supérieur du séminaire et comme curé. Il est juste de faire connaître également l'église paroissiale où il exerça si longtemps le saint ministère.
. La première chapelle qui servit d'église paroissiale à Québec est celle que Champlain £t construire à la basse ville en 161 5 dans
Panse du Cul-de-Sac. Les récollets y firent les fonctions curiales jusqu'à la prise de Québec par les Kertk en 1629 (1). ^ s commencèrent à tenir registres en 162 1.
Au retour des Français en 1632, on trouva l'habitation brûlée, savoir les trois corps de logis, le magasin et les dépendances qu'avait fait bâtir Champlain. Il fallut donc loger au Fort ; et « dès ce moment, dit Laverdière, la petite population de Québec commença à.
suivre l'exemple de la famille Hébert, et à.
gravir la côte de la Montagne (2).» La première année on se contenta d'un appartement au château Saint-Louis pour y faire les offices. Puis Champlain, de retoui à Québec en 1633,.
(1) " Notre-Dame de Recouvrance de Québec M , par M. La" verdîère.
(2) Le chemin ne faisait pas le détour qu'il suit aujourd'hui ; . on montait à peu près tout droit du magasin à la haute ville, et il y eut plus tard un pont en bois pour rendre la voie moins • abrupte. Voici ce qu'on lit à propos de ce pont dans un vieux document, à l'occasion du feu de 1682, qui détruisit la basse ville :
44 Le chemin qui conduit de la haute à la basse ville, et qui. en fait la seule communication, a presque entièrement péri, les terres du dit chemin n'étant retenues que par des pieux: et des pièces de charpente qui furent aussi brûlées...' 1
En 1706, il y avait déjà un escalier pour monter de la basse ville à la haute ville ; mais le haut de l'escalier était fermé par une petite barrière pour empêcher de passer les animaux, errants.
Tout était encore à l'état primitif. Lorsque les habitants arrivaient en ville la nuit, ils faisaient un bon feu sur la grève pour se réchauffer. Le Conseil fut obligé de défendre cette pratique, à cause du danger de mettre le feu à la basse ville, dont les maisons étaient ' * couvertes en bardeaux. ' ' (Jugements . du Conseil Souverain).
accomplit le vœu qu'il avait fait de construire une chapelle dédiée à la sainte Vierge, si le Canada était rendu à la France. Elle fut bâtie « aux frais de la Compagnie des Cent-Associés (i).» On lui donna le nom de Notre- Dame de Recouvrance, tant à cause du recouvrement du Canada, que parce qu'on mit audessus de l'autel une image de la sainte Vierge, «n relief, recouvrée d'un naufrage comme par miracle, à savoir le naufrage du P. Noyrot, de la Compagnie de Jésus, qui se noya au détroit de Canso, en 1629, en voulant se rendre au Canada.
L'église de Notre-Dame de Recouvrance était en bois, comme la chapelle du Cul-de-Sac (2). Elle avait environ quarante pieds de longueur, sur vingt-neuf ou trente de largeur. Elle était dans l'alignement de la rue La Fabrique : son portail faisait face au fort Saint- Louis ; et en débouchant de la rue de La Montagne sur ce qu'on appelait alors « la grande place, » on se trouvait devant l'église parois-
d' " Catalogue des Bienfaiteurs de Notre-Dame de Recou-
vrance."
(2) Il n'est plus question de cette chapelle du Cul-de-Sac à partir de 1632. On suppose cependant qu'elle existait encore après la reddition du pays à la France, et que c'est dans cette chapelle que le P. Le Jeune célébra, lorsqu'il descendit le 24 octobre 1632 " dire la messe à l'habitation de nos Français. " " Relations des Jésuites, 1633, p. 3 ; Notre-Dame de Recouvrance, p. 2. "
siale : le chœur coïncidait presque avec celtu de la cathédrale actuelle.
Le P. Le Jeune, dans les Relations^ nous parle à plusieurs reprises de Notre-Dame de Recouvrance, des offices religieux que l'on y célébrait régulièrement pour les Français de la colonie, «qui font déjà une petite paroisse, >► et de la piété qui régnait parmi eux : « tels qui de trois, de quatre et de cinq ans ne s'étaient confessés en l'ancienne France, dit-il, s'approchent maintenant, en la nouvelle, plus souvent que tous les mois de ce sacrement si salutaires
A côté de l'église, était la petite résidence des jésuites, ou le presbytère : deux d'entre eux s'y tenaient régulièrement pour les besoins de la paroisse.
Jusqu'en 1637, la résidence principale des jésuites était à Notre-Dame-des- Anges, à l'embouchure de la rivière Lairet. Le 18 mars 1637^ un terrain de douze arpents leur fut concédé à la haute ville : ils y commencèrent des constructions en bois pour s'y loger temporairement, en attendant que les alignements de la ville fussent définitivement fixés, ce qui eut lieu en 1648 (1).
L'église et le presbytère de Notre-Dame de Recouvrance devinrent la proie des flammes le
(1) Notre-Dame de Recouvrance, p. 8.
15 juin 1640. Le gouverneur, M. de Montmagny, mit alors à la disposition des fidèles une maison appartenant à la Compagnie des Cent- Associés ; elle était située à l'angle des rues Sainte-Anne et des Jardins, sur une partie du terrain occupé aujourd'hui par l'église anglicane. De leur nouvelle résidence, les jésuites n'avaient que la rue à traverser pour se rendre à cette maison : elle servit d'église paroissiale durant dix-sept ans.
Où trouver en effet les fonds nécessaires pour bâtir une église convenable dans une petite colonie encore si peu nombreuse, si dénuée de ressources ? Dès 1643 et 1644, * on fit une cueillette parmi les habitants,» et le produit des quêtes fut mis de côté pour la construction de l'église. Il en fut de même du produit des. castors apportés du pays des Hurons par les soldats que le roi avait envoyés au Canada pour le défendre contre les Iroquois : il fut décidéque la somme serait employée à la construction d'une église paroissiale et d'un presbytère près de l'église. %
Il fut décidé, en même temps, que la nouvelle église porterait le titre de Notre-Dame de la Paix, en souvenir de la paix que l'on venait de conclure solennellement aux Trois-Rivières avec les Iroquois (1645). Hélas ! on ignorait
encore combien étaient éphémères les traités conclus avec ces barbares, et l'on eut bientôt mille raisons de laisser de côté le titre que l'on avait songé à donnera Notre-Dame de Québec
Avant d'entreprendre la construction en pierre de la nouvelle église, il fallait décider définitivement dans quelle direction on la bâtirait. L'ancienne église de Notre-Dame de Recouvrance, la rue Buade (i), le terrain des jésuites, tout cela était dans l'alignement de la rue La Fabrique : on changea cet alignement, de manière à donner à l'église la position qu'elle occupe aujourd'hui, faisant angle avec la rue La Fabrique ; et la façade de l'église fut tournée vers le sud-ouest
L'édifice fut commencé le 23 septembre 1647, comme le témoigne l'inscription suivante :
" Le 23 septembre (2) 1647, * e R- P- Hiérosme Lalemant, supérieur de la. mission, et M. de Montmagny, gouverneur, ont mis la première pierre de l'église de Notre-Dame de la Conception à Québec, soubs le titre de Notre-Dame de la Paix. La dite première pierre est au coin de la croisée de main gauche en entrant à
(1) C'est-à-dire la rue que Ton appela plus tard Buade, du nom de Frontenac.
(2) Le "Journal des Jésuites" dit: "Le 24 (septembre) la première pierre à l'église avec les cérémonies du Pontifical ajustées comme il se put."— Le 24 septembre est le jour de la fête de Notre-Dame de la Merci.
réglise,du côté et coin qui est le plus proche du grand autel. Il y a un nom ait Jésus et Maria gravé en ladite pierre avec une plaque de plomb.»
Le P. Poncet fit la bénédiction de la nouvelle église, et y célébra la première messe la veille de Noël 1650. Il y célébra également la messe de minuit Mais elle était loin d'être terminée, et ce ne fut qu'à Pâques 1657 qu'on commença à y faire les offices régulièrement.
Elle était en forme de croix latine, avec un sanctuaire demi-circulaire: sa longueur était de cent pieds, et sa largeur de trente-huit.
Il y avait un clocher sur le transept (1).
Dès l'automne de 1648, on y monta une cloche, pesant environ cent livres, que le gouverneur M. de Montmagny donna à l'église de la part de la Compagnie des Cent-Associés. Deux ans plus tard, Robert Hache en donna une de mille livres (2). D'après M. de Latour, il y avait trois cloches en 1664, et l'évêque en fit cette année-là la bénédiction. Suivant le même auteur, elles avaient été « fondues dans
(1) I*e charpentier Charles Boivin, au service des jésuites, travailla durant trois mois à ce clocher. (Catalogue des Bienfaiteurs).
(2) (Catalogue des Bienfaiteurs)- (10)
le pays (1) : » ce qui, il faut l'avouer, semble bien difficile à croire.
Outre le maître-autel, dédié sous l'invocation de la bienheureuse Vierge Marie et de saint Louis, il y avait deux chapelles, l'une dite de Saint- Joseph, du côté de l'épître, l'autre de Sainte-Anne, du côté de l'évangile. Il y avait aussi la chapelle du Scapulaire, où fut enterré, en 1668, Jean Bourdon, l?un des citoyens les plus estimés de la colonie.
Voilà l'église que Mgr de Laval et M. de Bernières trouvèrent à Québec, lorsqu'ils y arrivèrent en 1659.
Le prélat écrivant au saint-siège en 1664:
« Il y a ici, disait-il, une basilique construite en pierre : elle est grande et magnifique»
L'office % divin s'y célèbre suivant le cérémonial des évêques ; nos prêtres, nos séminaristes, ainsi que dix ou douze enfants de chœur y assistent régulièrement. Dans les grandes fêtes, la messe, les vêpres et le salut du soir se chantent en musique, avec orchestre, et nos orgues mêlent leurs voix harmonieuses à celles des chantres. Il y a dans la sacristie (2) de très beaux ornements, huit chandeliers
(1) Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 172*
(2) C'était un frère jésuite qui avait soim de la sacristie <3ê la paroisse. (Catalogue des Bienfaiteurs).
d'argent ; et tous les calices, ciboires, burettes, encensoirs, sont ou dorés ou d'argent pur.»
Nous avons vu que la fabrique faisait les frais d'entretenir chez les jésuites quelques enfants de chœur, afin d'être toujours sûre d'en avoir. Elle payait également un chantre, <jui fût toujours prêt à soutenir et à diriger le chœur : on l'appelait « le principal chantre de l'église.» Ce fut longtemps Martin Boutet qui remplit cette fonction : il recevait centvingt livres par année (i). Il était aussi «clerc de la fabrique,» et s'occupait de la vente des bancs dans l'église (2).
Martin Boutet de Saint-Martin, originaire de Xaintes, habitait Québec dès 1648, et demeurait sur la rue Sainte-Anne. Après avoir marié l'aînée de ses filles à Charles Phelippau, en 1654, et placé l'autre chez les ursulines, il entra chez les jésuites en qualité de frire donné. Il y était en 1655. Le recensement de 1667 nous le donne comme âgé de cinquante ans. Arpenteur de profession, il inaugura au collège de Québec, en 167 1, à la prière de Talon, un cours de mathématiques et d'hydrographie.
(1) Archives paroissiales de Notre-Dame de Québec.
(2) En 1651, il donna à la fabrique " la somme de soixante livres pour être employée en livres d'église pour le chœur."
Catalogue des Bienfaiteurs).
En 1674, à la suite de plusieurs contestations entre propriétaires de terres ou d'emplacements au sujet des bornes de leurs propriétés, tous les arpenteurs sont tenus, par ordre du Conseil, d'apporter à Martin Boutet, « professeur ès-mathématiques, » leurs instruments, pour être par lui égallés.» Aucun arpenteur, à l'avenir, ne sera reçu, s'il n'a au préalable fait conformer par lui l'instrument dont il se prétendra servir, aux boussoles des autres arpenteurs.
Il était l'homme de confiance des jésuites :
à plusieurs reprises on le voit comparaître au Conseil Souverain comme leur «procureur.!
Le 26 novembre 1664, il va de leur pjtrt déclarer, «qu'ils n'ont fait jamais aucune profession de vendre, et n'ont jamais rien vendu, mais seulement que les marchandises qu'ils donnent aux particuliers ne sont que pour avoir leurs nécessités ...» L'été précédent, il avait été employé pendant deux mois pour explorer une mine qu'avait découverte le sieur Lépinay ; et le Conseil lui alloua cent livres. Quelques mois auparavant il fut même appelé au Conseil pour occuper temporairement la place d'un Conseiller.
Sa fille Marie, entrée toute jeune aux ursulines, y prit le saint habit le 22 janvier 1659,
et devint «la Mère Marie Boutet de Saint- Augustin.»
Les orgues dont parlait Mgr de Laval en 1664, il les avait apportées de Paris l'année précédente. Si l'on en croit M. de Latour, elles ne tardèrent pas à développer chez les canadiens un talent remarquable pour la fabrication de ces instruments : « Sur ce modèle, dit-il, un ecclésiastique, qui a du génie pour la mécanique, en a fait dans plusieurs églises avec du bois seulement, qui rendent un son fort agréable.t
Ceux qui touchaient l'orgue de la cathédrale devaient être Germain Morin ou Louis Jolliet, «nos officiers de musique,» dit le P. Lalemant.