M. DE BKRNIERES AU SÉMINAIRE DE QUÉBEC
I,e séminaire perd quelques bons sujets.— Vues différentesde Mgr de Laval et de son successeur sur le séminaire. — Réforme de cette institution. — Difficultés entre Mgr de Saint- Vallier et les directeurs du séminaire.
En cessant d'être curé de Québec, au printemps de 1687, M. de Bernières quitta le presbytère qu'il avait construit et qu'il habitait depuis vingt-cinq ans. Il alla au séminaire rejoindre ses confrères, MM. de Maizerets, Gauthier de Brûlon, Germain Morin, Charles Glandelet On venait de perdre trois sujets précieux, que la mort avait successivement enlevés en quelques mois, Thomas Morel, Jean Dudouyt, et Jean Guyon, jeune prêtre canadien que Mgr de Laval avait emmené en France avec lui, et qui décéda à Paris entre ses bras ; sans compter M. Poitevin, curé de Saint- Josse, qui ne vint jamais au Canada, mais que l'on regardait comme de la maison, parce qu'il était grand vicaire de Mgr de Laval et s'occupait à Paris des affaires du diocèse et du séminaire de Québec.
Le séminaire avait aussi perdu, trois ans auparavant, un autre sujet précieux, M. Fillon, originaire de la Bourgogne, qui, comme procureur, lui avait rendu de grands services, ainsi qu'aux paroisses de la côte Beaupré. Il périt dans les Caps, en voulant sauver dans une tempête les personnes de son canot. Suivant le témoignage d'un ancien habitant de la Baie Saint-Paul, qui, vers 1780, racontait la chose, d'après son père, à M. Bedard, prêtre du séminaire, il sauva, à diverses reprises, tous ses compagnons ; mais en conduisant à terre le dernier, il eut la tête brisée par un coup de mer qui le précipita sur un rocher, sans faire de mal à celui que ce courageux missionnaire avait préservé du naufrage.
Une fille de l'endroit garda son corps enseveli dans un cercueil d'écorce de bouleau, planta une croix tout auprès, puis enfin le transporta des Caps à la Bonne Sainte-Anne, en le laissant flotter derrière son canot.
On avertit la paroisse par le son de la cloche «t on inhuma le corps le même soir ; c'était un mois après l'accident. La tradition rapporte qu'il fut enterré avec une croix d'or considérable qu'il portait sous ses habits.
L'acte religieux de cette vertueuse fille lui mérita d'être admise chez les Sœurs de la
Congrégation, où le séminaire lui procura son entrée : elle y vécut sous le nom de Sœur Saint-Paul.
C'est M. Pillon qui avait fait bâtir en 1675 l'église du Château-Richer, et en 1676, celle •de Sainte-Anne.
M. de Bernières était encore supérieur du séminaire lorsqu'il quitta la cure de Québec : il ne fut remplacé par M. de Maizerets que dans l'automne de 1688. C'est lui qui présidait â table, au conseil, aux exercices ; c'est lui qui, â la tête du clergé, en sa qualité de grand vicaire et de doyen du chapitre, reçut Mgr de Laval à son retour de France, le 3 juin de cette année (1), et deux mois plus tard Mgr -de Saint-Vallier, auquel il présenta, comme nous l'avons déjà dit, une adresse de bienvenue.
La plupart des curés faisaient encore partie ■du séminaire, suivant le mandement qui avait établi cette institution.
Afin de soulager le procureur, dans l'immense détail qu'entraînait la gestion de tout le temporel du diocèse, on lui donna quatre aides, un teneur de livres, un économe intérieur, un économe extérieur, un payeur. Outre
(1) Le vaisseau qui amena au Canada Mgr de Laval, partit après un court séjour à Québec, pour la baie d'Hudson, afin -d'y aller chercher une cargaison de pelleteries. (Lettre de «Champigny au ministre, 8 août 1688.)
cela, il y avait des assistants, chargés spécialement des biens de l'évêque et des aumônes, et un autre pour les curés et missionnaires (i).
On était à la veille de grands changements,, qu'avaient fait déjà pressentir la conduite et le langage de M. de Saint- Vallier dans le premier voyage qu'il avait fait au Canada en qualité de grand vicaire de Mgr de Laval.
Il n'entre pas dans le cadre de cette étude de raconter en détail les démêlés de Mgr de Saint-Vallier avec le séminaire de Québec.
Qu'il nous suffise de noter quelques passages de Mémoires authentiques, qui font voir ce qu'avait établi Mgr de Laval, et ce que voulait son successeur, puis de signaler ensuite quelques incidents qui affectèrent spécialement M* de Bernières.
Voici ce qu'on lit dans un Mémoire de 1694,.
attribué à M. de la Colombière, celui-là même qui prononça l'oraison funèbre de Mgr de Laval à la cathédrale en 1708 :
« Le fondateur de l'Eglise canadienne comprit qu'il n'avait ni assez d'ouvriers, ni assez de bien, pour pouvoir séparer son clergé en plusieurs corps entre lesquels les différentes fonctions fussent partagées, et il sentit encore mieux que la sainteté des particuliers et toute
(1) Histoire manuscrite du séminaire de Québec.
leur consolation dans les difficultés inséparables du ministère ecclésiastique par rapport à un pays où la vie était très dure en toutes manières, dépendait de l'union qu'on établirait tant pour le spirituel que pour le temporel «entre tous les ecclésiastiques qui serviraient sous son autorité cette nouvelle Eglise,
« Il les porta donc tous par ses raisons et par son exemple à vivre tous ensemble dans une même maison où il se renferma lui-même pour en suivre les règlements qu'il avait faits, à mettre tout en commun, à faire servir par les mêmes personnes la cathédrale, la paroisse et le séminaire, et à rendre ce séminaire comme le centre de tout le clergé séculier, où tous les prêtres qui y auraient été formés s'attacheraient pour toujours... »
Voilà bien le séminaire, identifié avec le clergé et l'église de Québec, suivant le titre même du mandement pour son érection : « Patentes pour le séminaire et le clergé. • Cela explique dans quel sens les partisans du système de Mgr de Laval disaient que Mgr de Saint- Vallier « allait renverser cette nouvelle église dans ses fondements. »
Le Mémoire que nous venons de citer ajoute au sujet du Petit et du Grand Séminaire :
« Les prêtres qui viennent de France étant en
petit nombre, il a fallu former un séminaire d'enfants, au nombre de trente, qui, avant même que d'être admis à la cléricature, servent d'enfants de chœur, portent le surplis, aident aux chants et aux cérémonies ; et c'est de leur nombre qu'après une longue épreuve de vie dure, on tire les clercs, qu'on élève par degrés au sacerdoce .... Les ecclésiastiques, jusqu'à l'arrivée de M. de Saint- Val lier, n'avaient donné nul scandale. Composant une seule famille avec l'ancien évêque, ils vivaient doucement avec lui comme avec un père, et trouvaient le moyen de subsister ensemble par l'économie, et de remplir toutes les charges de la cathédrale, de la paroisse, du séminaire, des cures et des pauvres, nonobstant leur peu de bien, qui n'aurait pas pu suffire à tout cela à beaucoup près, si on eût été divisé en différents corps et en différentes maisons.»
Voici maintenant, d'après le même Mémoire, ce que voulait Mgr de Saint- Vallier : ses principes étaient «qu'il fallait gouverner son diocèse comme les autres diocèses de France, et qu'ainsi il fallait séparer les biens et les personnes, et former différents corps pour le chapitre, le séminaire et les paroisses. La dépendance où le séminaire de Québec tient tous les ecclésiastiques du pays, disàit-il, a un air de domination
et d'avarice qu'un évêque doit réprimer ; et il n'est pas de bon ordre qu'un seul corps dispose de tous les biens ecclésiastiques et s'assujétisse tous les prêtres ...»
C'était tout l'opposé de ce que disait Mgr de . Laval :
«Il est très important, pour conserver les ecclésiastiques dans l'esprit de Notre-Seigneur r qu'ils reçoivent tous leurs besoins du séminaire de Québec, afin qu'ayant ce rapport ils y demeurent toujours unis. . . (i) »
« Mgr de Saint- Vallier avait pris la résolution, dit un autre Mémoire, de séparer du séminaire la paroisse, le chapitre et les curés, et de partager entre eux les revenus, qui avaient été jusqu'alors en commun . . . , d'ôter aux supérieur et directeurs du séminaire leur rapport avec les curés pour leur direction et leur subsistance.»
Ecrivant lui-même à la cour, il disait :
« Outre le principe général qui apprend aux personnes sages la nécessité indispensable qu'il y a d'entretenir la dépendance et la subordination des inférieurs ecclésiastiques à l'égard de leur évêque, telle qu'elle s'observe en France et selon le droit commun, il y a un principe inébranlable de foi dans l'Eglise, que les .évê-
(i) Lettre de Mgr de Laval au séminaire de Québec, Paris,, mai 1685.
xjues ont été établis pour la conduire, et non pas un séminaire conduire et gouverner les évêques et les ecclésiastiques du diocèse (i).i
Mgr de Saint- Vallier alla jusqu'à se plaindre .à la cour que les curés, quand ils venaient en ville, logeaient au séminaire, ce qui les ren : 4ait dépendants de cette maison. Mais sur ce point, il lui fut répondu « qu'il était plus convenable qu'ils logeassent au séminaire qu'ailleurs, •et qu'il serait fort gênant pour eux de lui en demander la permission.»
Le prélat commença par la réforme du séminaire en rapport avec les paroisses. Il alla lui-même à la Cour (1691) ; et ses demandes furent soumises par le roi à l'examen de l'arvchevêque de Paris et de son compatriote le P. La Chaise, qui était, comme lui, de Grenoble. Ceux-ci donnèrent leur avis sur chacune d'elles. Il y eut un compromis entre l'évêque -et le séminaire des Missions-Etrangères, puis un règlement final (1692) approuvé par le roi.
Les curés n'étaient plus censés faire partie du séminaire; mais de fait le plus grand nombre lui restèrent unis. Quelques-uns, ■cependant, furent bien aises de se déclarer
(1) Documents de Paris, Eglise du Canada, 1. 1, p. 18, 29, -30, "8.
indépendants, d'autant plus qu'ils y étaient fortement incités par le prélat : • il l'exigeait même de ceux qu'il avait amenés avec lui de Prance.»
« On a eu le déplaisir, dit le Mémoire déjà cité, de voir que ceux qui se sont ainsi séparés, partie par complaisance pour le Prélat, partie par le penchant de la cupidité naturelle, se sont trouvés si distraits et si embarrassés par le soin de leur subsistance, dont ils étaient déchargés, que non seulement ils n'ont eu ni le temps ni la volonté de faire selon leur coutume la retraite annuelle, mais qu'ils se sont sentis tout à fait déchus de leur première ferveur, dont ils ont eux-mêmes rejeté la cause sur le changement de leur état.»
Mgr de Saint-Vallier réussit également plus tard à séparer le chapitre et le séminaire. Les lettres patentes du roi, de 17 13, déclarent que « les cofnmunautés et les séminaires sont exclus des bénéfices du chapitre. »
Cela n'empêcha pas les prêtres du séminaire de Québec de remplir encore quelque temps des canonicats ; et l'on en fut bien aise : ils étaient toujours les plus assidus au chœur.
Mais il vint aussi de France un bon nombre d'abbés, qu'attiraient nos bénéfices canoniaux.
Voici ce qu'écrivait Mgr Dosquet, en 1729,
à l'occasion du règlement de 17 13 : le Conseil de la marine résume sa lettre :
• Il serait à propos que l'évêque pût nommer aux canonicats vacants quelques directeurs du séminaire de Québec, qui peuvent aisément assister à tous les offices du chœur et remplir les devoirs de leur maison. Par ce moyen il n'y aura pas à Québec tant d'ecclésiastiques inutiles, qui, faute d'occupation, commencent à donner dans les amusements mondains, le jeu, la bonne chère et le dérèglement. Cette oisiveté fait qu'ils ne pensent qu'à chicaner et à semer la division tant entre eux qu'entre les laïques. Il y en a même qui tiennent des discours qui peuvent porter les peuples à l'indépendance et à la révolte.
« Son dessein serait "de mettre dans le chapitre quelques-uns des anciens curés, qui, ayant travaillé avec zèle dans leurs missions, et ne pouvant plus en soutenir les travaux, seraient en état d'assister au chœur, et de rendre plus de services aux peuples de Québec que ces jeunes chanoines en qui ils n'ont pas de confiance, et qui le plus souvent les scandalisent...
« Le défaut de prêtres le porte à proposer les directeurs du séminaire pour être chanoines > n'ignorant pas qu'ils en ont été exclus à la prière de feu Mgr de Saint- Vallier. Il ne con-
çoit pas pour quelle raison il l'a demandé, dans un temps où il n'y avait pas assez d'ecclésiastiques pour fournir aux missions (i). »
Evidemment Mgr Dosquet n'était pas convaincu du bien qu'avait pu faire son prédécesseur • en séparant les personnes » dans son clergé. En fit-il davantage par • la séparation des biens ? »
Le partage des revenus entre l'évêque, le chapitre et le séminaire, — revenus des abbayeâ en France, et sommes inscrites au budget canadien — fut, on le sait, l'objet de malentendus, de discussions, de convoitises, de procès interminables. Même entre eux les chanoines ne pouvaient s'entendre sur leur part respective. MM. de Beauharnois et Hocquart écrivent à la cour en 1 730, que « ceux qui composent le chapitre ont entre eux des discussions d'intérêts pour lesquels ils ont fait saisir les uns sur les autres leurs revenus. » Il en fut ainsi jusqu'à la conquête. Ces abbés de haut lignage, les Lotbinière, les Gannes-Falaise, les Tonnancour, les Cabanac la Jonquière, les La Villangevin, les Lacorne, ne s'en trouvaient jamais assez.
Hélas ! qu'était devenu cet heureux temps où Mgr de Saint- Vallier lui-même avait cru
U) Documents de Paris, Eglise du Canada, t i, p. 89.
« voir revivre dans l'Eglise du Canada quelque chose de cet esprit de détachement qui faisait une des principales beautés de l'Eglise naissante de Jérusalem ? »
Revenons à M., de Bernières.
Evidemment ce ne fut pas sans de vives protestations que lui et M. de Maizerets entendirent Mgr de Saint- Vallier déclarer « qu'il fallait séparer les biens et les personnes » du séminaire, du chapitre et des paroisses ; car le Mémoire déjà cité nous apprend que le prélat leur enleva, peu de temps après son arrivée, leurs commissions de grands vicaires et de supérieurs des communautés religieuses, et leur ôta même la faculté de prêcher et de confesser. « Il aima mieux laisser ces communautés et le diocèse entier sans supérieurs et sans grands vicaires, que de continuer dans ces emplois ces deux hommes, qui,du consentement commun,étaient les plus saints, les plus sages, les plus expérimentés du pays.»
Bientôt cependant il nomme pour son vicaire général un prêtre qu'il a amené avec lui, M.
de Merlac : il lui confie en même temps la charge de supérieur de l'Hôtel-Dieu :
« La supérieure s'y opposa, écrit la sœur Juchereau ; elle ne croyait pas ce prêtre propre à conduire une communauté... »
Puis, lorsque M. de Merlacfut remplacé en 1 694 par M. de la Colombière, elle ajoute :
« Nous eûmes d'autant plus de joie de le revoir, qu'il nous délivra de celui que l'on nous avait donné malgré nous. »
Au séminaire, M. de Maizerets a succédé à M. de Bernières comme supérieur, dans l'automne de 1688 : c'est sur lui principalement que vont tomber les coups. M. de Bernières, d'ailleurs, naturellement timide et modeste, parle peu et se tient sur la réserve. M. de Maizerets, au contraire, avec son franc parler, ne craint pas de « représenter à l'évêque les inconvénients de sa conduite. » Aussi lui devient-il bientôt « peu supportable : »
" Les rois malaisément souffrent qu'on leur résiste. "
M. de Bernières, cependant, reste doyen du chapitre ; et à ce titre, malgré toute sa réserve, il participera à plusieurs actes qui vont blesser Mgr de Saint- Vallier.
Dès le 4 avril 1689, le chapitre se croit obligé de refuser une demande de l'évêque.
Celui-ci prétend que son grand vicaire doit avoir « la première place et séance au chœur dans la cathédrale en l'absence de l'évêque, et celle d'après le doyen, lorsque l'évêque sera présent. » Les chanoines, sans doute, ont prévu cette prétention ; car l'un d'eux se lève séance
tenante, et fait lecture d'une lettre reçue t de la part de M. Boudon, grand archidiacre d'Evreux, où il a été pareillement grand vicaire, qu'il a consulté sur le rang de séance qu'ont les vicaires généraux, officiaux et promoteurs dans la cathédrale. » Voici la teneur de la consultation :
« Les promoteurs, ni même les officiaux, ni les vicaires généraux n'ont aucun rang dans les cathédrales quand ils ont des prébendes ou dignités. Ils y tiennent le rang précisément selon l'ordre de leur dignité ou prébende, et l'on n'a aucun égard à ces autres qualités.
C'est ce qui est sans difficulté, et on ne le dispute pas. Ils doivent donc simplement tenir le rang que leur donue leur dignité ou prébende. Si tels vicaires généraux, officiaux et promoteurs n'étaient ni dignités ni prébendes, ils n'auraient aucune séance parmi les chanoines. »
Cette lecture faite, le chapitre décide * qu'on ne peut pour le présent acquiescer à la prétention de monseigneur, à cause des suites et conséquences. » On le suppliera « de vouloir bien surseoir la chose jusqu'à ce qu'on ait de plus grands éclaircissements de France de ce qui a coutume de s'y pratiquer touchant ce point. » Le syndic du chapitre, M. Glandelet,
et le doyen, M. de Bernières, sont priés de communiquer cette décision à l'évêque.
Le 9 février de l'année suivante (1690), encore un . sursis à une autre demande de l'évêque. Il a nommé M. de Merlac chanoine et grand chantre à la place de M. Dudouyt, et il prie le chapitre de le recevoir en cette qualité. Les chanoines hésitent à le recevoir, sous prétexte que « les dites chanoinie et chantrerie sont en régale, » M. Dudouyt étant mort durant la vacance du siège épiscopal de Québec. Ils ne croient pas « que Sa Grandeur en puisse pourvoir sans en obtenir le don du Roi. »
— Recevez-le, dit Mgr de Saint- Vallier,sous le bon plaisir et agrément du Roi. —
Les chanoines le supplient alors « de trouver bon qu'ils prennent du temps pour s'éclaircir plus particulièrement de la chose, et l'assurent que, comme on ne cherche que la justice et la vérité, l'on fera volontiers pour la satisfaction de Sa Grandeur ce que l'on verra pouvoir faire sans blesser l'honneur du chapitre, et sans faire contre le droit du Roi.» Ils lui demandent «de vouloir bien remettre cette affaire jusqu'au retour de ses visites qui doivent être de quinze jours : à quoi Monseigneur a acquiescé.»
Quelques jours plus tard, le chapitre se réunit de nouveau pour s'occuper de la question ; et
après mûre délibération on décide que M. de Merlac, lorsqu'il viendra se présenter avec les lettres de Monseigneur, sera reçu aux bénéfices de la chanoinie et chantrerie de feu M. Dudouyt, « sous le bon plaisir et agrément du Roi,» attendu que ces bénéfices sont vacants en régale.
Les chanoines prient M. le dpyen et le syndic du chapitre « de voir Monseigneur,et de lui faire savoir la délibération et la conclusion présente du chapitre, aussitôt qu'il sera de retour de ses visites.»
M. de Merlac ne fut installé cependant comme chanoine que le 29 août 1692. Mgr de Saint- Vallier était passé en Europe en 169 1, et s'était assuré sans doute « du bon plaisir et agrément du Roi.» Tous deux maintenant vont prendre leur revanche contre le chapitre.
Et d'abord, l'évêque revient de France avec la promesse de M. de Brisacier que M. de Maizerets, supérieur du séminaire, sera rappelé à Paris, si dans un an il n'est pas content de sa conduite. Il a la même promesse à l'égard de M. Glandelet, qui, lui aussi, comme syndic du chapitre, lui est devenu « peu supportable.»
M. Glandelet apparaît ici pour la première fois comme le compagnon d'armes de M. de Maizerets. Désormais leurs noms ne seront plus séparés, dans les démêlés de l'évêque avec
le séminaire. On les retrouve ensemble l'année suivante, lorsque Mgr de Saint- Vallier, tenant constamment au-dessus de leur tête, comme une épée de Damoclès, la menace de les faire repasser en France, essaie, mais en vain, de faire enregistrer au Conseil Souverain la promesse écrite qu'il en a eue de M. de Brisacier. On les retrouve vingt ans plus tard, lorsque le même évêque les accuse à la cour de former au séminaire des sujets qui refusent d'obéir à son autorité. Ils répondent tous deux à cette grave accusation par un Mémoire très concluant,, adressé à M. de Brisacier, dans lequel ils donnent des explications franches et loyales, et se justifient des reproches qu'on a voulu faire peser sur eux.
Le gouverneur et l'intendant écrivant à la cour en 171 2 : « Le clergé, disaient-ils,est en ce pays-ci d'une si grande édification,que les ecclésiastiques inspirent de la piété aux peuples,, qui y paraissent fort portés.»
Qui avait formé ce clergé, sinon les Ber~ nières, les Maizerets et les Glandelet ?
Pour donner un peu de satisfaction à l'évêque, M. de Maizerets fut remplacé en 1693 par M.
de Bernières comme supérieur du séminaire, avec M. Dupré comme premier assistant et M.
Gauthier de Brûlon comme second assistante
MM. Glandelet et Maizerets n'étaient plus là que ■pour les ayder à conduire la maison.»
Mgr de Saint- Vallier, ratifiant la nomination des supérieur et directeurs du séminaire, disait : 1 Consentons qu'ils en fassent toutes les fonctions, et ce pendant une année, durant laquelle ayant connu par nous même la bonne conduite qu'ils nous promettent de garder, nous serons plus en état de continuer d'agréer et d'approuver ce qui sera plus avantageux à notre Eglise et au gouvernement particulier du séminaire épiscopal (1). »
M. de Bernières reprit donc de nouveau le poste d'honneur ; mais il ne fut pas longtemps sans y trouver la peine : et voici à quelle occasion :
Un des canonicats de la cathédrale étant devenu vacant fut donné à M. de la Colombière, et le nouveau chanoine fut installé suivant l'usage par le doyen du chapitre, le 6 •décembre 1692. M. de Merlac prétendit que la prérogative d'installer les chanoines lui appartenait en sa qualité de grand chantre; et l'évêque vint à l'appui de ses prétentions par une ordonnance du 24 avril 1693, «portant que ce serait au grand chantre de faire à l'avenir l'installation des chanoines, et que l'acte qui
(1) Archives de l'archevêché de Québec, Rég. A..
avait été fait de celle de M. de la Colombière ne saurait être d'aucune autorité, non plus <ju'un grand nombre d'autres qui sont aussi dans le registre du chapitre, jusqu'à ce que les dicts actes aient été rectifiés de concert avec le dit sieur évêque (i). »
Le doyen, appuyé par tout le chapitre et spécialement par l'archidiacre et le théologal, MM. de Maizerets et Glandelet, crut devoir, pour soutenir ses droits, en appeler de l'ordonnance de l'évêque, et, suivant l'usage de l'époque, demander au Conseil des « Lettres de relief d'Appel comme d'abus. » Ces lettres furent accordées le 30 juin (2).
M. de Mer lac, sans contester la juridiction du Conseil Souverain pour les cas ecclésiastiques ordinaires, prétendit que le sien était un cas privilégié, et que pour les cas privilégiés, suivant l'édit de Melun de 16 10, «si les parties veulent appeler comme d'abus, ils ne peuvent se pourvoir qu'au grand sceau de France (3). »
L'affaire n'alla pas plus loin, car l'évêque venait de frapper un grand coup. Piqué au vif de la îésistance de MM. de Bernières, de Maizerets et Glandelet à son ordonnance, il leur avait enlevé toute faculté «de prêcher et
(1) " Edits et Ordonnances," t. n, p. 129.
(2) "Ibid.,"p. 130.
(3) "Jugements du Conseil Souverain," t ni, p. 754.
de confesser. » Etrange situation que celle des «trois premiers officiers du séminaire,» l'un d'eux, M. Glandelet, professeur de théologie morale (i), mis dans l'impossibilité de confesser même leurs élèves! Cette situation dura une année entière (2).
Au printemps de 1694, l'évêque reçut des lettres de la Cour qui l'invitaient à passer en France. Une foule de plaintes contre son administration l'y attendaient. Frontenac, bon nombre de citoyens, les Récollets, les Jésuites, le séminaire de Québec, il s'était brouillé avec tout le monde.
Avant de partir, « il se contenta de lever verbalement » l'interdit qui pesait sur MM. de Bernières, de Maizerets et Glandelet, mais se garda bien de confier l'administration du diocèse à ces vétérans du sanctuaire. Il la confia, pour Québec, à un jeune homme de vingt-cinq ans, M. de Montigny, et pour Montréal, à M.
Dollier de Casson. C'était mieux qu'à son voyage précédent, où il était parti sans nommer d'administrateur.
(1) Le 11 janvier 1686, M. Glandelet est dispensé d'assister au chœur, à raison des leçons de théologie morale qu'it donne. " (Jugements du Conseil Souverain, t. III, p. 754). — Cela prouve que tout l'enseignement ne se donnait pas cher les jésuites, comme on l'a prétendu, mais qu'il y avait au moins des conférences de théologie au séminaire.
(2) Documents de Paris, Eglise du Canada, t. 1, p. 27.
— 3 ox —
Le Prélat fut trois longues années absent de son diocèse. M. Glandelet écrivant à l'archidiacre Boudon le il octobre 1696 :
« Nous sommes toujours, disait-il, dans Pat tente du succès qu'il plaira à la divine Providence de donner aux affaires de cette pauvre Bglise, pour son entière paix. Je me suis senti inspiré de m'abandonner plus que jamais à ses aimables soins, en lisant, le jour de Saint- Denys, ces paroles à l'évangile de la messe : Omnes vestri capilli capitis numerati sunt.
Tous nos maux ne viennent que de nos défiances et peu d'abandon. Offrez-moi, monsieur, selon votre pouvoir, à Jésus, Marie et Joseph, et aux saints Anges....»