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Il est prouvé, au contraire, qu'avant de commencer la mission des Tamarois on prit toutes les précautions possibles, afin de s'assurer qu'on ne léserait aucun droit acquis.
C'est Mgr de Laval lui-même qui le premier a parlé de la mission des Tamarois comme de la clef et du passage nécessaire pour aller aux missions sauvages du Mississipi (i), la représentant a comme le trait d'union entre Québec et les Akansas (2). » C'est lui également qui engagea le séminaire à entreprendre cette mission.
Ecoutons le prélat raconter lui-même les démarches qu'il fit auprès des jésuites, avant son établissement : cette lettre de Mgr de Laval est la meilleure réponse aux pages bilieuses de leur historien sur la mission des Tamarois :
«Une chose, dit-il, m'a extrêmement contristé : c'est la peine que les Pères Jésuites ont paru avoir au sujet de l'établissement que M. de Montigny a fait à la nation des Tamarois . . Le séminaire ayant résolu de commencer par les nations les plus éloignées et abandonnées, à travailler au salut et à la conversion
(1) Archives du séminaire de Québec, Lettre de Mgr de Laval à M. Tremblay, 1699.
(2) L'auteur de la " Vie de Mgr de Laval," t 1, p. 490, n'a fait que citer ce "joli mot;" c'est le premier évêque du Canada qui l'a "trouvé. "
de ces pauvres peuples, jugea bien qu'il n'était pas possible d'exécuter ce dessein, s'il n'avait un établissement plus proche, qui lui pût servir pour avoir une correspondance facile tant à Québec qu'avec les missionnaires qui seraient dispersés dans les dites nations éloignées. L'on s'informa des personnes les plus intelligentes et qui ont la connaissance de tous ces pays, quel lieu on pourrait prendre à cet effet ; et le sentiment commun fut que le plus commode, et l'unique même, qui fût propre pour cet établissement, était la nation des Tamarois, à cause de sa situation sur le bord du Mississipi, qu'elle n'était point des missions des Pères Jésuites, et qu'elle était éloignée de quatre-vingt-dix lieues du dernier de leurs établissements. Nous jugeâmes à propos de nous informer encore de la chose des Pères Jésuites mêmes et de les envoyer prier que je pusse les voir.
«Le P. Germain, qui tenait la place du supérieur, en son absence, me vint trouver ; et lui ayant demandé si les Tamarois étaient de leurs missions, et s'ils y étaient établis, il me répondit qu'ils n'étaient point de leurs missions^ qu'ils n'y avaient point d'établissement. Les missionnaires, qui étaient pour lors sur leur départ, qui fut deux jours après, prirent
de Mgr de Québec des lettres pour le dit lieu des Tamarois, où étant arrivés ils furent priés et fort pressés par les sauvages d'y demeurer. On leur fit présent de deux esclaves pour les obliger à s'y établir. Mais ayant dessein d'aller auparavant jusques aux nations les plus éloignées, ils passèrent outre, et allèrent jusques à ces nations, où ils ont jugé devoir établir deux missions, avec deux missionnaires.
Ils ont fait construire par des artisans qu'ils avaient emmenés exprès, en chaque mission»
une église et une maison pour le missionnaire.
« Ils reconnurent pour lors, tant à cause du grand éloignement que pour plusieurs autres considérations, qu'il était absolument nécessaire de faire l'établissement des Tamarois, sans lequel ils voient manifestement qu'il serait impossible de soutenir les missions éloignées et de pourvoir aux besoins des missionnaires qui y seront employés : ce qui leur fit prendre la résolution de remonter jusqu'au lieu des Tamarois, où M. de Montigny établit un missionnaire et fit construire une église et une maison, comme il avait fait aux deux autres lieux.
« Vous pouvez voir par le procédé que nous avons tenu, que nous n'avons rien omis de notre côté pour faire connaître aux jésuites
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l'estime et l'affection que nous avons pour toutes leurs missions, et le désir de conserver avec eux l'union dans laquelle nous avons
toujours vécu jusqu'à présent
« Le P. Supérieur est venu ces jours derniers me donner avis que le P. de Carheil lui écrit de sa mission (i) que M. de Tonti doit faire bâtir une église au fort des Illinois pour M. de Montigny, c'est-à-dire pour les missionnaires dont il a la conduite : c'est un lieu où il m'a dit que quelques-uns de leurs Pères ont demeuré. Sur quoi je l'ai assuré qu'il ne doit pas croire que le séminaire puisse avoir la moindre pensée de s'établir ni de les troubler dans aucun lieu où ils auront résidé ; et si M. de Montigny a ce dessein, il use en notre endroit d'une grande dissimulation . . .
(i) Le P. de Carheil et le P. Marest desservaient la mission de Michillimakinac- Charlevoix nous apprend qu'ils descendirent un jour à Québec, " après avoir brûlé leur maison. " Le P. de Rochemonteix nous dit qu'ils avaient même brûlé leur église : " N'espérant plus, dit-il, accomplir aucun bien à Michillimakinac, " à cause de la licence effrénée des coureurs de bois, ils abandonnèrent la mission, après avoir incendié la résidence et l'église... "
La Cour, informée bientôt de cette étrange résolution, entra dans un vif mécontentement ; et l'on écrivit au gouverneur du Canada :
"Sa Majesté a été surprise d'apprendre que les missionnaires de Michillimakinac aient abandonné leur mission et brûlé leur maison et leur chapelle. Ils ne peuvent avoir eu de bonnes raisons pour le faire, et Sa Majesté désire qu'ils y retournent Elle ne prétend pas que ce rétablissement se fasse à ses dépens, ni même qu'il lui en coûte rien sous quelque prétexte que ce soit."
Il fallut bien retourner à Michillimakinac, reprendre la
« Il est vrai que les missions qu'il a établies, accompagné des missionnaires du séminaire de Québec, ont été faites au nom du dit séminaire ; mais s'il voyait qu'il y eût la moindre apparence qu'il voulût traverser les missions des Pères Jésuites, il n'en trouverait aucun qui entrât dans ses sentiments, le séminaire n'ayant en vue que de travailler à procurer, autant qu'il est en sa vocation, le salut des pauvres sauvages, en esprit d'union avec leurs missionnaires, et de ne porter aucun préjudice à leurs missions, auxquelles nous savons qu'ils travaillent avec toutes sortes de bénédictions.
« Nous ne saurions à la vérité nous persuader qu'ils aient un juste sujet d'avoir de la peine, que les missionnaires du séminaire se soient établis aux Tamarois, lesquels n'étant point mêlés dans les missions qu'ils occupent, ne peuvent leur porter aucun préjudice, dans l'éloignement au moins de quatre-vingt-dix lieues . . .
« Ce n'est point l'esprit de jalousie et d'ambition qui a porté le séminaire à faire cet établissement, mais la nécessité indispensable qu'il a de ce lieu pour le soutien des missions
mission et surtout réédifier ce qu'on'avait détruit. ' %e Roi fut obéi," dit le P, de Rochemonteix ; et il ajoute : "Michillimakinac n'était plus la belle et florissante mission d'autrefois." On n'a pas de peine à le croire. (Les jésuites et la Nouvelle- France, III, 527,)
qu'il a entreprises, lesquelles sans cet établissement ne pourraient subsister, ce dont les jésuites conviennent avec nous (i).
«On ne voit pas d'ailleurs que les jésuites puissent avoir aucun besoin de ce lieu, en ayant tant d'autres dans l'espace de plus de trois cents lieues depuis Michillimakinac jusqu'aux Illinois . . .
Jugez si dans l'entreprise que le séminaire a faite des missions du Mississipi, et la nécessité indispensable qu'il y avait, pour l'exécution de ce dessein, de faire un établissement aux Tamarois, il m'a été possible de donner aux Pères Jésuites de plus grandes marques du désir que nous avons de conserver l'union, que d'avoir voulu être assuré par eux-mêmes que ce lieu n'était point de leurs missions, et qu'ils n'y avaient aucun établissement.
« Ce qu'ils allèguent, que le P. Germain ne le connaissait pas, ne se peut croire, étant une personne aussi sage et prudente qu'il est, et nous l'ayant dit aussi positivement qu'il fit ; et d'ailleurs le P. Bruyas et plusieurs autres de leurs Pères, qui ne pouvaient ignorer ce que le P. Germain, qui tenait la place du
(i) L'auteur de l'ouvrage "Les Jésuites et la Nouvelle- France," mieux renseigné que Mgr de Laval et les jésuites, prétend que les raisons qui engagèrent le séminaire à établir la mission des Tamarois étaient " puériles " ou "peu sérieuses." (T. ni, p. 554).
supérieur en son absence, nous avait dit, et qui avaient une parfaite connaissance de ce qui regardait les Tamarois, n'auraient pasmanqué de nous informer du contraire et n'auraient pas attendu à le faire après que toutes choses ont été disposées pour les missions que l'on a établies par rapport à l'établissement qui a été fait à la nation des Tamarois,. si en effet elle avait été de leurs missions (i). >►
Quel est le lecteur qui, après avoir parcouru cette lettre, pourrait douter un instant de la bonne foi de Mgr de Laval et du séminaire de Québec dans l'établissement de la mission des Tamarois ?
Mais ils ont pu être trompés par M. de Montigny : et alors toute leur faute aurait été de ne s'être pas assez défié du grand vicaire de Mgr de Saint- Vallier.
Nous savons en effet par un autre écrit de Mgr de Laval, que M. de Montigny —lequel n'appartenait pas au séminaire — avait cherché déjà à les entraîner dans une entreprise que n'avait pu approuver le premier évêque de Québec. Frontenac aurait voulu envoyer les Récollets dans les missions illinoises, pour y supplanter les Jésuites, et le projet allait se
(i) Archives du séminaire de Québec, lettre de Mgr de l,aval à M. de Brisacier, 1699.
Téaliser. Il paraît que MM. Dollier et de Montigny, de leur côté, s'étaient dit que les séminaires de Montréal et de Québec devraient profiter de la rivalité entre les Récollets et les Jésuites pour s'emparer de ces missions, conformément à l'adage : Inter duos litigantes, tertius gaudeL M. de Montigny en fit la proposition à M. Glandelet, d'abord, puis à Mgr de Laval, qui la repoussèrent avec indignation :
« M. Glandelet, écrit Mgr de Laval, n'ayant pas satisfait M. de Montigny, il se résolut de s'ouvrir à moi de ce dessein ... Je lui dis que je ne pouvais convenir que ce fût l'esprit de Notre-Seigneur qui eût inspiré ce dessein ; que remarquant au contraire qu'il n'était formé que dans l'esprit de division, c'était purement l'esprit du démon qui en était l'auteur, et que l'on ne pouvait en attendre aucune bénédiction ... Je trouve dans tout ce projet qu'il n'est aucunement fondé sur les principes du christianisme, mais qu'il ressent plutôt les maximes ■de Machiavel. Je suis même surpris qu'il puisse être formé par des ecclésiastiques, qui font profession d'être tout à Dieu.
> Je ne doute pas que MM. Dollier et de Montigny n'aient reçu des ordres de Mgr de Saint- Vallier, parce que M. de Montigny est encore Tevenu deux ou trois fois trouver M. Glandelet
•et le solliciter d'exciter le séminaire à se joindre avec les ecclésiastiques de Montréal pour aller -dans ces missions, et se servir de l'occasion des contestations entre les Récollets et les Jésuites, disant que lui, M. de Montigny, était tout disposé à y aller (i).»
Ce qui est certain, c'est que, si Dieu bénit la mission des Tamarois, dont plusieurs des missionnaires furent de vrais saints, il ne bénit pas également les travaux de M. de Montigny lui-même au Mississipi. Ce prêtre retourna en France ; et M. de Brisacier écrivait à son sujet ^ Mgr de Laval :
« Il a remporté du Mississipi une idée si peu avantageuse du bien qu'on pourrait y faire, -qu'il n'a pu se résoudre à y retourner. Apparemment Dieu ne l'y jugeait pas propre.. .(2). »
Le lecteur a pu se convaincre de la bonne foi avec laquelle Mgr de Laval et le séminaire de Québec agirent dans l'établissement de la mission des Tamarois. C'est la même bonne foi qui présida à la création des petites écoles par le séminaire, du temps de M. de Bernières. Le séminaire, qui avait charge d'âmes, puisque la cure de Québec lui était unie, exprima à
(1) Notes de Mgr de I^aval sur une lettre de M. Tremblay, 3 juin 1696.
(2) lettre de M. de Brisacier à Mgr de I^aval, Paris, 17 juin J701.
Mgr de Saint- Vallier le désir de se charger des petites écoles pour les enfants de la paroisse. Elles étaient tenues par les jésuites : un des Frères « enseignait à lire, à écrire et l'arithmétique aux enfants (i). » L'évêque jugea qu'ils avaient assez de leur collège, dont les classes étaient fréquentées, comme on sait, par les élèves du séminaire, et les pria d'abandonner le soin des écoles proprement dites au curé de la paroisse, c'est-à-dire au séminaire. A Montréal, c'est le séminaire de Saint-Sulpice, curé de la paroisse, qui tenait les petites écoles: « Les petites écoles de Villemarie, écrit Champigny, sont tenues par un prêtre du séminaire du même lieu avec beaucoup de fruit, ce qui sera perpétué, puisque c'est cette maison qui en prend soin. » Les jésuites continuèrent, paraît-il, leur école à Québec (2) ; ce qui n'empêcha pas le séminaire de fonder les siennes, avec l'agrément et la protection de Mgr de Saint- Vallier :
« Les messieurs du séminaire de Québec,.
(1) Documents de Paris, Eglise du Canada, t. n. p. 85.
(2) I*e P. de Rochemonteix nous apprend que Mgr de Saint- Vallier leur ayant demandé de fermer leur école, en faveur du séminaire, ils refusèrent absolument d'obéir a cette "injonction déraisonnable," et en appelèrent à la cour ("Les Jésuites et la Nouvelle- France, " t. ni, p. 558). Tant pis ! H ne peut faire doute à personne que, dans une paroisse, c'est au curé, avant tout autre, qu'appartiennent le soin et la direction des écoles, comme c'est à lui à faire le catéchisme à sesparoissiens.
clit-il, m'ayant demandé de mettre chez eux les petites écoles, et de les fonder, je leur ai promis par acte public de leur créer une rente sur la maison de ville de Paris de quatre cents livres par année, que je leur paie (i). »
Le séminaire affecta • deux salles de son •établissement aux petites écoles des enfants de la ville.» Ces écoles fonctionnèrent très bien, ■et à la grande satisfaction du public.
Ecrivant au ministre, après l'incendie du séminaire en 1701, l'intendant Champigny disait :
« L,es peuples nous ayant représenté le dommage qu'ils souffraient par l'accident arrivé au séminaire, et supplié dans cette vue d'agréer qu'on envoyât une personne en France par la Nouvelle - Angleterre, pour vous demander votre protection auprès du roi en sa faveur, le chevalier de Callières a accordé le sieur Joncaire, maréchal des logis de ses gardes, qu'on a cru un des plus propres d'ici à faire ce voyage.
«Vous voulez bien nous permettre, monseigneur, de nous joindre au public pour vous supplier d'obtenir à ce séminaire quelque secours annuel de Sa Majesté . . . pour lui donner moyen de se rétablir et de continuer le bien
(1) Mémoire de Mgr de Saint- Vallier au P. I*a Chaise,
qu'il fait dans ce pays. C'est dans l'espérance de ces bontés que M. l'ancien évêque et les prêtres de ce séminaire, qui se sont retirés à l'évêché, vont recommencer les petites écoles et reprendre les enfants qu'ils avaient chez eux .... »