M. DE BERNIERES, DOYEN DU CHAPITRE
Court aperçu sur les origines du chapitre de Québec. — Mgr de Saint- Vallier le rend indépendant du Séminaire. — I*a Bulle de 1704. — I/édit royal de 171 3. — Prétentions insatiables des chanoines.
M. de Bernières fut remplacé de nouveau par M. de Maizerets comme supérieur du séminaire dans l'automne de 1697 (1), l'année du jubilé sacerdotal de Mgr de Laval.
Si, comme il y a lieu de le croire, ce jubilé fut célébré à la date précise de l'anniversaire de l'ordination du vénéré Prélat, le premier mai, c'est encore M. de Bernières qui était supérieur lors de cette grande fête qui dut réunir au séminaire tous les prêtres de la ville, et des représentants de tout le clergé de la colonie.
Mais à partir de l'automne de 1697, M. de Bernières ne fut plus jusqu'à sa mort que doyen du chapitre.
(1) Archives de Tévêché d'Evreux, lettre de Glandelet à Boudon, 11 octobre 1697.
L'histoire du chapitre de Québec est trop longue et trop compliquée pour entrer dans le -cadre de cet ouvrage. Il convient néanmoins de dire un mot de son origine et des principales phases qu'il eut à traverser.
Le chapitre de Québec fut érigé par Mgr de Laval le 6 novembre 1684. Il était composé de cinq Dignités et huit chanoines ; il y avait de plus quatre chapelains ou vicaires et six enfants de chœur. L'évêque nommait les chanoines et les Dignités, à l'exception du doyen, qui était élu par le chapitre. Le premier doyen, cependant, fut aussi nommé par l'évêque ; ce fut M. de Bernières.
Mgr de Laval attribua au chapitre les menses conventuelles des abbayes de Maubec, dans le diocèse de Bourges, et de Lestrées, dans le diocèse d'Evreux, abbayes que le roi lui avait données pour le soutien de son église ; le prélat se réserva les menses abbatiales. Il n'y avait encore que la mense abbatiale de Maubec qui fût unie à Québec en cour de Rome (1).
Le séminaire, auquel l'évêque avait déjà donné la seigneurie de la Petite Nation, lui ^n remit une partie pour contribuer, lui aussi, à la fondation du chapitre. Mais cette sei-
(1) Par la bulle d'érection du diocèse de Québec, du ier octobre 1674.
gneurie n'avait encore qu'une valeur nominale, le gouvernement n'en permettant pas la concession des terres, à cause de la traite du castor.
Mgr de Laval, en fondant son chapitre, comptait surtout sur le désintéressement de ses prêtres, qui n'avaient d'ailleurs rien à craindre pour leur subsistance, puisqu'ils étaient censés faire partie de son séminaire.
La première assemblée capitulaire eut lieu le 12 novembre, sous la présidence de l'évêque. On y dressa avec sa coopération les statuts du chapitre, et le lendemain le prélat rendit une ordonnance « commettant aux chanoines le soin d'expliquer et d'étendre le règlement»
La deuxième assemblée capitulaire se tint le 24 mai 1685. On y régla qu'à toutes les messes conventuelles on chanterait après VAgnus Dei, le Domine salvumfac regem pour le roi.
Mgr de Saint- Vallier, désigné pour succéder à Mgr de Laval, vint à Québec dans le cours de Tété ; et bien qu'il n'eût pas encore ses bulles et ne fût que grand vicaire de l'ancien évêque, dont la résignation n'avait pas encore été acceptée par le saint-siège, il fut « admis au chapitre pour y présider, « et « M. le doyen lui assigna en effet la place du président (1).»
(1) Archives de l'archevêché de Québec, Registre du chapitre.
A la troisième assemblée capitulaire, le 7 mai 1686, l'archidiacre de Maizefets prononça un discours « sur l'excellence et les obligations des chanoines.»
On a vu qu'à la demande de Frontenac, M.
de Bernières avait, dès 1675, accordé certains honneurs dans l'église au Conseil Souverain.
Qu'allaient devenir ces privilèges avec le chapitre ? Celui-ci dissipa bientôt les. inquiétudes qu'on avait pu entretenir. Voici en effet ce qu'on lit dans le registre, à la date du 24 janvier 1687 :
« M. Ango ayant représenté au chapitre le désir qu'avait le Conseil Souverain de Québec d'assister en corps au service de la cathédrale dans les fêtes solennelles de l'année et dans les cérémonies de la Purification, des Cendres, des Rameaux, de l'adoration de la Croix, processions et autres cérémonies extraordinaires, la Compagnie a jugé la chose très avantageuse pour l'édification des peuples, pour conserver l'union entre l'état ecclésiastique et l'état civil, et pour la faire paraître en public : ce qui ne pouvait être qu'une source de bénédictions pour tout le pays. C'est pourquoi la Compagnie a résolu de rendre au Conseil Souverain, lorsqu'il sera assemblé en corps, les honneurs immédiatement après le chœur, à savoir, l'eau bénite v
l'encens et la paix, que tout le corps sera encensé de trois coups, que l'on donnera la paix aux deux premiers, qu'ils viendront à l'autel recevoir les cierges, cendres, rameaux, à l'adoration de la Croix et à l'offrande, et qu'on leur rendra les saluts ordinaires au commencement et à la fin de l'office.»
Le Conseil succombait sous le fardeau des honneurs ; il demanda en grâce qu'on l'exemptât de la paix et des encensements.
C'est cette année 1687 qu'eut lieu l'expédition de M. de Denonville contre les Iroquois Tsonnontouans. Il y eut des prières publiques, à la demande du chapitre, bénédiction des drapeaux et des bateaux de l'expédition.
Nous venons de dire que le chapitre de Québec fut érigé le 6 novembre 1684. Il s'agit ici de l'érection officielle. Mais plusieurs années auparavant Mgr de Laval avait prié les prêtres de son séminaire de réciter l'office en chœur dans sa cathédrale, pour acquitter les charges de ses abbayes, et établi un véritable chapitre, conformément à la bulle d'érection du diocèse. Il en informe le pape Innocent XI dans une lettre datée de Paris le 27 janvier 1679. Il lui en parle de nouveau dans une seconde lettre qu'il lui adresse, de retour à Québec, en novembre 1680 :
« J'ai établi un chapitre, dit-il, comme mes bulles m'obligent de le faire : il n'est pas de légère importance, pour l'affermissement de cette église naissante, que les peuples voient avec quelle splendeur, quelle dignité et surtout quelle piété les offices divins se célèbrent dans notre cathédrale : les nouveaux convertis, surtout, éprouvent une singulière vénération pour nos saints mystères. »
Le prélat faisait ici allusion aux Huguenots qui se convertissaient à la religion catholique. Nous avons vu que M. de Bernières reçut plusieurs de ces abjurations. à Québec.
Si Mgr de Laval attendit à l'année 1684 à ériger officiellement son chapitre, c'est uniquement parce qu'il espérait d'un moment à l'autre voir s'opérer l'union canonique de ses abbayes à son église. Il en parle dans toutes ses lettres au souverain pontife. Le pape l'encourage à espérer ; mais enfin il lui écrit franchement que * l'affaire est hérissée de graves difficultés, à cause des dommages qui résulteraient de l'union, pour deux Ordres très illustres de religieux (1) qui ont bien mérité de l'Eglise. Jusqu'ici, ajoute-t-il, nous n'avons pas vu jour à vous accorder votre demande.»
(1) 1,'Ordre de Saint-Benoit, à Maubec, et l'Ordre de Citeaux, à lustrées.
Ce ne fut que vingt ans plus tard que Mgr de Saint- Vallier ïéussit à obtenir l'union canonique à son église des abbayes de Maubec et de Lestrées, ainsi que de l'abbaye de Bénévent (i), que le roi lui avait aussi accordée.
Mgr de Laval était enchanté de son chapitre. Au printemps de 1685, de Paris, où il est allé potter sa démission au roi, il écrit au souverain pontife :
« Avant mon départ de Québec, un chapitre y a été érigé solennellement suivant le désir du saint-siège, des Dignités et des chanoines ont été créés ; et l'office divin se célèbre dans la cathédrale avec encore plus de magnificence qu'auparavant. J'ai le plus grand espoir, ajoutet-il, que le nouveau gouverneur (2) et le nouvel évêque, qui s'en vont tous deux au Canada, vont réparer les fautes qui ont été commises par d'autres, les miennes surtout, et que bientôt tout sera renouvelé dans cette Eglise. »
Nous avons parlé de quelques difficultés que Mgr de Saint- Vallier eut avec son chapitre, du temps de M. Bernières. Elles ne furent que le prélude de plusieurs autres où l'entraîna son
(1) De l'Ordre de Saint- Augustin, dans le diocèse de Limoges.
(2) M. de Denonville s'en venait remplacer M. de la Barre, qui avait succédé à Frontenac,
zèle pour la réforme du séminaire de Québec, suivant les plans qu'il avait awêtés.
Il y eut pourtant un moment de répit, à son retour de France, en 1697. Il choisit pour ses grands vicaires MM. de Maizerets, Glandelet et de la Colombière ; et c'est au mois d'octobre de cette année que le roi, à sa demande, donna des lettres patentes, confirmant pour les fins civiles la bulle d'érection du diocèse de Québec, le décret pour l'établissement du chapitre et l'union de la cure au séminaire.
« Je vous prie, écrivait M. Glandelet à Boudon dans l'automne de 1697, de demander à Dieu pour moi de le bien glorifier, dans le rang qu'il a plu à Mgr l'évêque de me placer, car il m'a fait l'un de ses grands vicaires. »
L'idée de Mgr de Saint- Vallier est que le.
chapitre soit complètement séparé du séminaire, et que celui-ci n'ait rien à voir au revenu des chanoines. «Depuis trente-deux ans que je suis évêque, écrit-il en 171 7, les chanoines de ma cathédrale n'ont jamais pu avoir le revenu de leurs canonicats. » Le séminaire est assez riche, « il a des biens considérables : » l'évêque ne veut pas qu'il partage dans les revenus des abbayes.
Et pourtant, à cette époque, le séminaire avait passé par deux incendies, qui l'avaient
presque ruiné ; de sorte que Mgr Dosquet écrivait quelques années plus tard : « Sans un secours extraordinaire, il est impossible que cette maison subsiste. »
C'est avec l'idée que le séminaire est assez riche, sans avoir part aux revenus du chapitre, et que les chanoines ne doivent pas faire partie du séminaire,que Mgr de Saint- Vallier passe en France dans l'automne de 1700. Avant de se rendre à Rome pour l'union canonique de ses abbayes, il obtient de la cour un brevet par lequel le roi consent à leur suppression et à l'union de leurs revenus à l'évêché et au chapitre de Québec, mais à l'exclusion du séminaire.
Rendu à Rome, il constate que l'on veut réduire le nombre des chanoines de Québec, — sans doute parce qu'on s'est aperçu qu'il n'y a pas de quoi faire vivre tant de monde ; — et il écrit au chapitre, le 20 mai 1703, pour l'en informer. Le chapitre, dans son assemblée du 24 octobre de la même année, proteste énergiquement contre le projet. Mais le pape Clément XI, sans s'occuper de ces protestations, réduit à sept le nombre des chanoines de Québec, par sa bulle du 7 septembre 1704 ; puis il unit canoniquement les trois abbayes de Maubec, Lestrées et Bénévent non seulement à
l'évêché et au chapitre, mais aussi au séminaire de Québec (i).
La bulle de Clément XI, acceptée avec reconnaissance par le séminaire des Missions- Etrangères, n'arrive à Québec qu'en septembre 1707 ; et le chapitre, dans son assemblée du 7 novembre, refuse catégoriquement de l'accepter (2). De son côté, Mgr de Saint- Vallier, encore en Europe, écrit au chapitre, le 25 juin 1711, pour l'encourager dans son opposition. S'appuyant sur l'opinion des parlements, il regarde la bulle comme non avenue :
• Je n'ai pu m'empêcher, dit-il, d'examiner à fond et faire examiner par personnes habiles et versées en ces matières les clauses de cette bulle. Tous m'ont assuré qu'elle était insoutenable, et que jamais les parlements, où elle serait portée pour y être enregistrée, ne la recevraient. Il faut encore moins espérer qu'elle le soit au Conseil du roi . . . Toutes ces raisons m'ont déterminé à prendre le parti d'acquiescer à votre opposition ...»
Et il ajoutait, écrivant à ses vicaires généraux Maizerets et Glandelet, prêtres du séminaire : « Notre-Seigneur m'a inspiré d'acquies-
(1) Documents de Paris, Eglise du Canada, t. i, pp. 101, 184, deux mémoires sur l'affaire de l'évêché et du chapitre de Québec, 171 5 ;— Registre du chapitre.
(2) Dpcuments de Paris, t. 11, p. 42, Mémoire de Mgr Dosquet.
cer à l'opposition du chapitre, ce que j'ai fait signifier à vos messieurs de Paris. Les choses regardées ainsi comme rétablies sur l'ancien état, vous devez penser à remplir les Dignités et les canonicats vacants (i). »
Les vicaires généraux, tout entiers à l'idée de continuer le chapitre tel que créé par Mgr de Laval, ne se font pas prier ; et dans le cours du mois d'octobre 1712, peu de temps après la célébration du jubilé sacerdotal de M. de Maizerets (2), ils remplissent le nombre des treize chanoines, en nommant MM. Seré de la Colombière, Calvarin, Hamel, de la Bouteillerie, Le Picart, Plante et Le Blond ; puis, le 12 décembre suivant, le chapitre enregistre solennellement son opposition à la bulle de Clément XI (3), qui a modifié l'institution de Mgr de Laval et diminué le nombre des chanoines, « étant la dite bulle, quant aux points ci-dessus, ainsi que mon dit seigneur évêque (Saint- Vallier) l'a reconnu, préjudiciable à son Eglise et aux libertés de l'Eglise gallicane (4).i
(i) Archives de l'archevêché de Québec, Registre du chapitre.
(2) M. de Maizerets, supérieur du séminaire, avait célébré le 29 septembre son jubilé sacerdotal : "Dix-neuf séminaristes vinrent pour cette fête, de Saint- Joachim, où ils étaient en vacance selon la coutume. " "1/ Abeille, t. i, n° 42.
(3) M. de la Colombière était à Montréal ; M. Boulard, absent aussi, " à cause d'une rupture de jambe. " (Registre du chapitre).
(4) Registre du chapitre.
Voilà où en est rendue l'Eglise de Québec, sortie de la voie où l'avait mise son premier évêque !
A Québec, on veut absolument qu'il y ait treize chanoines, au lieu de sept, comme il a été réglé par la cour de Rome : à Paris, on travaille à leur faire des revenus, en excluant le séminaire du partage des abbayes.
Une commission est nommée par la Cour, sous la présidence de l'abbé Bignon, neveu de Pontchartrain, et assez en faveur auprès de ce ministre : elle s'occupe de faire le partage du revenu des trois abbayes entre l'évêque et le chapitre (i) ; puis le 15 septembre 17 13, le roi donne des lettres patentes par lesquelles il ratifie ce partage, et déclare « que les bénéfices du chapitre ne pourront être possédés par aucune personne attachée à des communautés régulières ou séculières, ni aux séminaires établis en la Nouvelle- France. » Au revenu que les chanoines retireront des abbayes, il ajoute un don annuel de 3.000 livres à prendre sur son domaine d'occident, « à condition qu'il nommera lui-même le doyen et le chantre du chapitre (2). »
(1) Documents de Paris, t. i, p. 83, Lettre de Mgr de Saint- Vallier au ministre, 8 févrien 1718.
(2) Documents de Paris, t 11, p. 74, Mémoire du chapitre de Québec, 1732.
Pour un plat de lentilles, le chapitre sacrifie ainsi son indépendance, et le droit qu'il avait, de par les statuts de Mgr de Laval, de nommer son doyen : il faut toujours payer de quelque manière les faveurs de l'Etat (i).
Puis, en conformité aux lettres royales de 1713, Mgr de Saint- Vallier, de retour enfin de sa longue détention en France et en Angleterre, -donne au chapitre de Québec les statuts du 1 1 septembre 17 14, ignorant complètement ceux qu'avait faits Mgr de Laval, tout en protestant « qu'il s'efforce de suivre les vestiges » du vénéré
(1) Les doyens du chapitre nommés par le roi furent MM. «de Latour, en 1729, Chartier de Lotbiniere, en 1738, Cabanac, en 1749, et de Lacorne, en 1755.
M. de Lacorne devint, nous ne savons comment, abbé de Maubec, vers 1765, avec l'obligation d'en acquitter les charges ; puis, quelques années plus tard, l'abbaye se détache complètement de l'Eglise du Canada, et nous la trouvons en 1785 entre "les mains de M. le baron d'Escars." 1,'évêque de Québec fit des démarches pour la recouvrer. Son grand vicaire à Paris, M. de Villars, écrit le 17 juillet 1785 :
"J'ai profité de la circonstance de l'assemblée générale du clergé de France, commencée au mois de mai dernier, pour faire solliciter par nos Prélats le retour de l'abbaye de Maubec à l'évêché et au chapitre de Québec. Cette affaire, fort recommandée par Mgr notre Archevêque, a été portée au au bureau " pour la religion," présidé par Mgr l'archevêque d'Arles, qui est très instruit et très respectable, au " rapport de Mgr l'évêque d'Acqs," qui a cette affaire fort à cœur, et avec qui je suis très uni, et depuis longtemps..."
Il ajoute le 19 août suivant : "Il paraît que l'Assemblée générale du clergé de France est déterminée à présenter un mémoire au Roi pour supplier Sa Majesté de retirer l'abbaye de Maubec des mains de M, le baron d'Escars, et de favoriser Tévêque et le chapitre cathédral de Québec, ou en lui rendant cette abbaye (ce qui paraît beaucoup plus difficile), ou en lui accordant une pension sur les économats ou autrement..." (Archives de la Propagande).
I^a Révolution survint, et l'abbaye ne fut plus pour l'Eglise ■de Québec qu'un souvenir.
prélat : il coiriïiience en effet les siens par ce préambule :
« Notre prédécesseur, dont nous tâchons de suivre les vestiges^ ayant érigé dans notre église cathédrale un chapitre, s'était réservé de faire des statuts qui servissent de règle au dit chapitre, et comme il h 1 a pas exécuté son projet, ni donné des statuts à la dite église, nous nous sommes obligé d'y suppléer et à cette fin de faire les statuts suivants ...»
Or, tout le monde peut lire dans les Mandements des Evêques de Québec, les ■ Statuts et règlements du chapitre de Québec faits par Mgr de Laval conjointement avec MM. les chanoines en l'année 1684.»
Tout le monde paraissait avoir oublié les faits et les dates : jusqu'au Roi qui, dans ses Lettres de septembre 1713, par lesquelles il fait un don de trois mille livres au chapitre de Québec, fait passer Mgr de Laval au Canada en 1663, au lieu de 1659 ' (0
On essaie d'obtenir de nouvelles bulles de Rome, ratifiant les lettres royales de 17 13. Le roi Louis XV adresse à ce sujet une lettre au Souverain Pontife,accompagnée d'un «Mémoire concernant l'église cathédrale de Québec, » et
(1) Edits et Ordonnances, t. I, p. 339.
d'un «Etat général du revenu temporel du chapitre (i). »
La cour de Rouie ne juge pas à propos de revenir sur ses sages décisions, ni de retirer la bulle de 1 704 ; et le chapitre de Québec continue à rester et restera jusqu'à son extinction dans la fausse position où il s'est mis en repoussant une bulle pontificale pour ne s'appuyer que sur les décisions toujours précaires de la Cour.
Mgr Dosquet caractérisait cette situation d'une manière pittoresque, et l'appelait le combat des Bulles :
« Il ne paraît pas, dit-il, que le chapitre da* Québec ait encore tout ce qui lui est nécessaire pour exercer les droits des églises cathédrales ; il n'a encore ni Bulles ni Lettres patentes en forme. Celle de Clément X qui donne pouvoir à M. de Laval de l'ériger, a été révoquée par une de Clément XI qui réduit le nombre des chanoines à la moitié : à quoi le chapitre s'est opposé par un acte du 7 novembre 1707, ayant chargé un Procureur d'en obtenir une troisième ; sur quoi le roi ayant fait examiner l'état du chapitre en 171 2, les commissaires arrêtèrent qu'ils demanderaient des Lettres patentes sur la première
(1) Documents de Paris, t 1, pp. 61, 62, 63.
Bulle, ce qui n'a point encore été fait ; en sorte que le chapitre est encore dans le combat des Bulles, n'ayant d'autres Lettres patentes que celles du don de mille écus que le roi lui a fait, en attendant, pour aider à sa subsistance ...»
Le roi ajoutera de nouvelles faveurs au chapitre : en 1724, il augmente de 5.000 1. son revenu annuel (1) ; mais cela n'augmentera ni le zèle, ni la vertu des chanoines : « Ils ne sont jamais que trois au plus au chœur, écrit en 1727 Mgr de Saint- Vallier, et presque toujours les mêmes, ayant les trois plus de zèle *que les autres (2). »
En 1728, M. Plante, l'un des directeurs du séminaire, qui faisait encore partie du chapitre, écrivait : « Il n'y a ordinairement au chœur que quatre ou cinq chanoines, et quelquefois moins, et ordinairement les mêmes.
Ces messieurs me paraissent un peu trop faciles à s'absenter et ne regardent pas d'assez près l'obligation de résider ... M. Le Page a sa terre et ses moulins à faire valoir. M. Leclair a d'autres vues . . . » — < Ils ne pensent qu'à chicaner et à semer la division tant entre eux
(1) Documents de Paris, t. n, p. 75, Mémoire du chapitre de Québec, 1732,
(2) Ibid., t. 1, p. 54, lettre de Mgr de Saint- Vallier, 9 octobre 1727,
qu'entre les laïques, » écrit Mgr Dosquet. — Et MM. de Beauharnois et Hocquart : «Ceux qui composent le chapitre ont entre eux des discussions d'intérêts pour lesquels ils ont fait saisir les uns sur les autres leurs revenus. » Parlant spécialement de l'un d'entre eux, l'abbé Fornel (i) : « C'est une peste qu'un tel sujet dans un pays aussi saint que l'est celui-ci, » écrit M. de Beauharnois (2).
Le ministre, à son tour, répondant le 24 mai 1728 à MM. de Beauharnois et Hocquart :
« Le Roi, dit-il, a été informé que la plupart des chanoines du chapitre de Québec s'abstiennent du service, sous prétexte de maladie ou des voyages qu'ils font sans aucune' nécessité, en sorte qu'ils ne sont jamais que trois au plus au choeur, et presque toujours les mêmes. Sa Majesté, qui a été malédifiée d'une pareille conduite, m'a ordonné de vous écrire de leur expliquer de sa part d'être plus réguliers, à l'avenir, à remplir leurs devoirs ...»
Trois ans plus tard, il n'y avait aucune amélioration, car le ministre écrit de nouveau au gouverneur et à l'intendant :
(1) C'est cet abbé Fornel qui prononça l'oraison funèbre de Mgr de Saint- Vallier.
(2) Documents de Paris, Eglise du Canada, t. i, p. 47.
« Sa Majesté veut que vous expliquiez aux chanoines en général et en particulier qu'Elle est informée de leur insubordination et de leur relâchement dans leurs fonctions. Vous les avertirez d'effacer par une conduite toute différente les mauvaises impressions qu'ils ont données contre eux, et de se comporter de manière qu'il ne revienne plus de plainte à leur sujet. .(i). •
On est porté à rire, lorsqu'on songe que le Roi qui se trouvait « malédifié » de la conduite des chanoines de Québec, n'était autre que Louis XV. D'un autre côtéj n'oublions pas que c'est en sa qualité de fondateur du chapitre, auquel il donnait depuis 1 7 1 3 trois mille livres de rente par année, que le Roi se permettait de lui faire la leçon.
La cupidité est insatiable : les chanoines, comblés des faveurs royales, ne sont pas encore contents : ils s'adressent en 1 749 aux agents du clergé de France, puis à M. de Mirepoix, puis à M. Rouillé, pour leur faire confidence de leur détresse (2) : « Je n'ai jamais vu un plus pauvre chapitre,! écrit au ministre le chanoine Cabanac. Il le remercie « de la grâce •qu'il lui a faite en lui accordant le passage
(1) Lettre de M. de Maurepas à Beauharnais et Hocquart, Marly» 8 mai 1731.
(2) Registre du chapitre.
pour Canada ;» et cependant il ajoute : « Les revenus sont bien minces, et bien au-dessous de ce qu'il m'en a coûté pour venir de France (i).»
Son oncle La Jonquière, gouverneur du Canada, qui travaille depuis longtemps à le faire nommer doyen du chapitre, écrit à la Cour : « Les chanoines nous ont prié de vous représenter l'impossibilité où ils sont de vivre avec le modeste revenu de leurs canonicats (2). »
Mgr de Saint- Vallier écrivait au contraire en 1727 : » Je vois peu de corps plus à leur aise que ce chapitre, quoiqu'ils aient voulu écrire et persuader le contraire.»
Cette cupidité des chanoines ira si loin, qu'ils institueront un procès devant le Conseil pour faire briser l'union de la cure de Québec au séminaire. Les revenus de cette cure excitent leur convoitise (3), et ils prétendent
(1) Documents de Paris, t. n, p. 18, Lettre de Cabanac au ministre, 4 novembre 1750.
(2) Documents de Paris, t. 11, p. 29, Lettre de La Jonquière au ministre, 4 novembre 1749.
(3) En 1756, la cure de Québec rapportait au séminaire environ 3,000 livres. "Je soussigné, procureur du séminaire de Québec, certifie que le dit séminaire ne reçoit du curé de la dite ville que la somme de trois mille livres par an, laquelle dite somme suffit à peine pour la nourriture et l'entretien du dit curé et de ses deux vicaires et pour les gaçes et nourriture d'un domestique, sans que le dit séminaire leur fournisse de voiture. Fait à Québec, ce 8e février 1756. Prbssart, ptre." — M. Pressait, directeur du séminaire, est l'un des quatre jurisconsultes qui furent choisis par le gouverneur Murray, après la conquête, pour préparer un recueil de lois françaises pour le pays. Leur ouvrage, communément appelé l'Extrait des messieurs, est devenu xarissime.
qu'elle leur appartient d'après la bulle d'érection du diocèse. Mgr de Pontbriand (i), dans un excellent Mémoire, se moque très finement de leur manière d'interpréter cette bulle ; et le gouverneur La Jonquière les prenant en pitié, représente à la Cour « le triste état de ces pauvres chanoines, qui ressentent le mépris que le prélat fait d'eux.* Jusqu'à Bigot qui, dans une lettre au ministre, se fait l'avocat du chapitre (2) ! On ne pouvait être réduit à plus grande humiliation.
(1) " Henry-Marie du Breil de Pontbriand, homme de condition de Bretagne, neveu de M. le comte de la Garais, si connu par sa haute piété et sa tendre charité pour les pauvres, qu'il porta jusqu'à faire un hôpital du principal château de ses terres, pour y vivre avec eux, leur en partager le revenu et leur procurer les secours spirituels et corporels pendant le cours de leurs maladies et de leurs infirmités habituelles, ci-devant grand- vicaire de Saint- Malo, fut nommé par le Roi sur la fin de 1740 à l'évêché de Québec, où il se rendit en 1741, sans en être sorti depuis. " (Mémoire de l'abbé de PIsle-Dien, 1759, Documents de Paris^ t. 11, p. 52).
M. l'abbé de l'Isle Dieu était, depuis 1731, " vicaire générai (en France) de l'évêque de Québec, pour la correspondance de toutes les parties de son diocèse et en particulier pour toutes les provinces et colonies qui sont trop éloignées de Québec pour qu'il les puisse gouverner par lui-même," Il nous apprend, en 1759, Q ue "l a seule correspondance de ce vaste diocèse lui coûte chaque année 1.000 1. à 1.200 1. depuis bientôt trente ans."
(2) Documents de Paris, t. 11, p- 30, lettre de Bigot au ministre, 5 nov. 1750.