EDUCATION DE HENRI DE BERNIERES. — SAINT
PÏERRE DE CAEN
Henri de Bernières reçoit son éducation chez les Jésuites et à l'Ermitage, — Il est nommé curé de Saint-Pierre de Caen. — Description de cette église.
C'était en 1644. Le jeune Henri de Bernières n'avait guères que neuf ans (1). Nous n'avons aucun renseignement précis sur ses études ; mais tout porte à croire que ses parents avaient déjà confié son éducation aux PP. Jésuites qui dirigeaient depuis 1608 le collège du Mont dans la ville de Caen. La famille de Bernières avait une grande vénération pour ces religieux. Le directeur de l'Ermitage, surtout, de même que le baron de Renty et le P. Eudes, ses amis, entretint toute sa vie avec les Pères de la Compagnie de Jésus des relations sincères d'amitié. Il s'était enrôlé dans la Congrégation de la Sainte- Vierge qu'ils avaient établie à Caen. Nul doute qu'il con-
(1) C'est l'âge auquel Mgr de Laval entra lui-même au collège de I,a Flèche, dans l'automne de 1631. "Mémoires sur la vie de M- de I^aval," p. 1.
seilla aux parents de son jeune neveu de l'envoyer au collège des jésuites.
C'est aussi au collège du Mont que fit ses études Daniel Huet, le savant évêque d'Avranches.
Henri de Bernières reçut de bonne heure la tonsure cléricale, suivant l'usage de l'époque, où l'on voyait assez souvent les cadets de famille destinés par leurs parents à la carrière ecclésiastique. Mgr de Laval fut ainsi tonsuré à La Flèche à l'âge de neuf ans.
C'est aussi au collège du Mont, sans doute, qu'Henri de Bernières, après avoir terminé ses études classiques, fit sa philosophie et au moins une partie de sa théologie. On le voit, en effet, au Canada, recevoir l'onction sacerdotale et exercer les fonctions du saint ministère moins d'un an après son arrivée. Tout en faisant sa philosophie et sa théologie au collège des jésuites, il recevait de son oncle, à l'Ermitage, ces leçons de spiritualité et de vertu qui en ont fait un des plus saints prêtres qu'ait jamais possédés le Canada.
Nous n'avons pu constater à quelle date précise il fut nommé, quoique simple tonsuré» à la cure importante de Saint-Pierre de Caen. Mais le fait que ce bénéfice ecclésiastique lui fut conféré nous est attesté par l'abbé Laurent,
dans sa Notice sur M. de Berntères-Louwgny ; et il ne put lui être conféré que par Mgr Servien, qni mourut le 2 février 1659, deux mois à peine avant le départ du jeune de Bernières pour Paris et le Canada : ce qui prouve une fois de plus que le digne évêque n'avait pas tant à se plaindre <}es hôtes de l'Ermitage, qu'on l'a prétendu. *
Henri de Bernières eut pour successeur à Saint-Pierre M. de la Vigne, qui avait été, lui aussi, un hôte de l'Ermitage, et dont le ministère pastoral fut si fécond en bonnes œuvres.
« La ville de Caen était alors une des plus agréables du royaume, tant par sa situation que par la construction de ses bâtiments, ses places, ses édifices publics. Elle était remarquable par l'esprit et la politesse singulière de ses habitants. C'était en effet une ville amie et protectrice des lettres, remplie d'innombrables étudiants attirés par ses nombreux collèges et par sa florissante université (1). »
L'église de Saint- Pierre, à laquelle renonça le jeune Henri de Bernières pour se consacrer, aux missions du Canada, est tout à fait digne de la cité magnifique au milieu de laquelle elle s'élève :
*i) " Duguay-Trouin, " par l'abbé Poulain.
« Saint-Pierre, au centre de la ville, au pied de l'ancien château, se compose d'une nef du xive siècle, terminée ou retouchée au xve siècle, et d'un chœur de la même époque, dont l'abside et les chapelles rayonnantes ont été ajoutées sous François 1er. Cette abside et le clocher sont deux chefs-d'œuvre. La tour, élevée sur un porche au sud de la nef, en 1308, haute, avec sa flèche en pierre dentelée, de soixante-dix-huit mètres, paraît être le prototype des clochers normands du xive siècle à hautes lucarnes et clochetons,émergeant,autour de la flèche, d'un chemin de ronde protégé par une balustrade en encorbellement.
« Le porche et la porte ont été maladroitement restaurés en 1608 et 1825. La porte ouest, mutilée au xvie siècle, n'a pas recouvré ses délicates sculptures ; au portail nord, le plus élégant, on trouve des traces du Jugement dernier qui occupait le tympan.
v L'abside, son déambulatoire, et surtout ses cinq chapelles rayonnantes ont immortalisé leur architecte, Hector Sohier, qui prit en main, vers 1525, la direction des travaux, commencés en 1521. Il avait fallu asseoir les fondements au-dessus du lit de l'Orne ; avant que le cours de l'Orne ne fût modifié pour l'établissement d'un boulevard, et que les sou-
bassements ne fussent en partie enterrés, l'ensemble présentait plus d'élégance et un cachet bien plus pittoresque.
« Le chœur de Saint-Pierre de Caen est une des œuvres d'art qui ont été le plus popularisées par la gravure et la peinture. On en remarque les contreforts à candélabres qui ont fait école à Caen et à Falaise, les délicates arabesques, les médaillons et les fenêtres qui,, tandis qu'elles sont ogivales et à réseaux flamboyants dans la partie haute, sont à plein cintre et dépourvues de meneaux dans les chapelles.
«L'intérieur de Saint-Pierre offre d'autres curiosités. L'abside centrale a quatre pans au lieu de trois ou de cinq. Au chapiteau du troisième pilier du bas-côté gauche de la nef, près de la porte nord, on voit sculptés des sujets tirés des anciens fabliaux. L'orgue et la chaire offrent de remarquables sculptures. Sur la première chapelle absidiale de droite, s'ouvre la porte de la sacristie, dont les ventaux offrent, sculptées, les vies des deux instituteurs des Prémontrés, saint Augustin et saint Norbert (j). »•
(i) Guides Joanne, " Caen et les Bains de mer, de I*ion à.
Port-en-Bessin,