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QUÉBEC, A L'ARRIVÉE DE M. DE BERNIÈRES

De I*a Rochelle à Percé, puis à Québec— Henri de Bernières, premier chapelain de Mgr de Laval. — Population de Québec. — Description de la ville.

Suivons maintenant l'abbé de Bernières au Canada, où sa vie sera désormais intimement liée à celle de Mgr de Laval et de tous les principaux citoyens de la colonie. Il n'y fera jamais grand bruit : ce n'était pas dans son tempérament ; et d'ailleurs le bruit et l'éclat étaient tout l'opposé des principes d'éducation qu'il avait reçus de son oncle de l'Ermitage. Mais il y produira des œuvres durables, et son nom restera à jamais attaché à la paroisse et au séminaire de Québec, où il vécut plus de quarante ans, disons même, à l'Eglise du Canada, dont il fut si longtemps le vicaire général.

Le navire sur lequel il monta avec le vicaire apostolique et les autres ecclésiastiques qui accompagnaient le prélat, fit voile de La Rochelle le jour de Pâques, 13 avril 1659, et

mouilla levant Québec (i) le 16 juin, à six heures du soir, lundi dans l'octave du saint Sacrement, après avoir fait escale à Percé, où l'on passa plusieurs jours :

« Partis de La Rochelle le jour de Pâques, écrit Mgr de Laval, nous arrivâmes, après une traversée de trente jours, à une île qui tient à la Nouvelle-France, et qu'on appelle Percée . . Cet endroit offre un port très sûr aux vaisseaux français qui chaque année s'y rendent en grand nombre pour la pêche. J'administrai le sacrement de confirmation à cent-trente personnes ; puis au bout de quelques jours, nous fîmes voile de nouveau, et remontâmes plus de trois cents milles le grand fleuve Saint-Laurent, pour nous rendre jusqu'à Québec. »

Un voyageur qui remonta, lui aussi, le Saint-Laurent deux ou trois ans seulement

(i) " Québec (Kepac ou Kebbec, dans la langue algonquine> veut dire " rétrécissement, c'est fermé, c'est bouché." En effet, de quelque côté que l'on arrive, le fleuve paraît sans issue. A son arrivée, Champlain n'eut qu'à employer pour sa future ville le nom qui existait déjà.

" I/ancien nom de Québec, au temps où Jacques Cartier vint en ce pays (1535), était ** Stadaconé", mot qui, dans la langue des sauvages du Sault Sainte-Marie, veut dire "aîle". Québec, vu de l'est, présente absolument la forme d'un aîle d'oiseau. (Québec, ses monuments anciens et modernes, ouvrage inédit de l'abbé Louis Beaudet).

Quant à la situation de la ville, notons une fois de plus le mot de Frontenac :

" Rien ne m'a paru si beau et si magnifique que la ville de Québec, qui ne pourrait pas être mieux postée quand elle devrait devenir un jour la capitale d'un grand empire."

après Mgr de Laval, écrivit ses impressions, à partir de la Baie Saint-Paul. Nous croyons devoir les reproduire ici, car elles donnent une idée du pays tel qu'il apparut à M. de Bernières et à ses compagnons, lorsqu'ils le virent pour la première fois :

« Je n'aurais jamais fait, dit-il, si je voulais raconter le nombre des îles qui s'y rencontrent, la beauté de leur situation, et la fécondité de leur terroir ; l'île aux Coudres, l'île aux Oies et l'île d'Orléans méritent d'être nommées en passant. La première est souvent remplie d'élans. La seconde est peuplée en son temps d'une multitude d'oies, de canards et d'outardes, dont l'île, qui est plate et chargée d'herbes, comme une prairie, paraît toute couverte. Les lieux circonvoisins retentissent incessamment des cris de ces oiseaux . . .

« L'île d'Orléans est remarquable par sa grandeur, ayant plus de quinze lieues de tour. Elle est abondante en grains, qui y viennent de toutes sortes, et avec tant de facilité, que le laboureur ne fait quasi que gratter la terre, qui ne laisse pas de lui donner tout ce qu'il veut ; et cela durant quatorze ou quinze ans continuels, sans avoir reposé. Cette île n'est que deux petites lieues au-dessous de Québec . «Ce nous fut une navigation divertissante

en montant la rivière, depuis le Cap de Tourmente jusques à Québec, de voir de part et d'autre, l'espace de huit lieues, les fermes et les maisons de la campagne bâties par nos français tout le long de ces côtes : à droite, les seigneuries de Beaupré, de Beauport, de Notre-Dame des Anges ; et à la gauche, cette belle île d'Orléans, qui continue à se peupler heureusement d'un bout à l'autre.

• La basse et la haute ville de Québec donnaient encore plus d'agrément à notre vue, y voyant de loin des églises et des monastères bâtis, et une forteresse sur le haut d'un rocher, qui commande sur toute la rivière.

« Passant plus outre, nous voyions à gauche les habitants de la côte de Lauson, et à la droite les habitants de la côte Sainte-Geneviève, et les forteresses de Saint- Jean et de Saint-François- Xavier dans les terres, Sillery et toute la côte du Cap-Rouge, habitée sur les rives du grand fleuve. »

Laissons notre voyageur continuer sa description jusqu'à Montréal. Mgr de Laval et M. de Bernières feront eux-mêmes le voyage un an ou deux après leur arrivée au pays :

« Environ trente lieues plus haut que Québec, les habitants du Cap de la Madeleine sortaient de leurs maisons, répandues plus d'une lieue

sur toute cette côte, nous venant au devant, et nous invitant de mettre pied à terre, pour nous régaler à la champêtre.

«Mais il fallait aller descendre à la ville des Trois-Rivières, qui n'est distante que d'une lieue de ce Cap. Nous y fûmes reçus avec autant d'abondance, et les tables où nous fûmes invités étaient quasi aussi bien couvertes et aussi bien fournies qu'elles peuvent être en plusieurs endroits de la France . . .

« Nous entrâmes dans un lac, qui est entretenu par six grandes rivières qui se jettent dedans, outre le fleuve Saint-Laurent qui passe par le milieu. Ces rivières font en leur embouchure des îles et des péninsules si agréables à la vue, et si propries pour l'habitation des hommes, qu'il semble que la nature ait ramassé une partie des beautés de la terre habitable > pour les étaler en ce lieu-là.

« Nous passâmes ce lac en un temps si calme, qu'il ne fut troublé que par les sauts et par le bruit des éturgeons et autres poissons inconnus en Europe, qui sautaient par centaines autour de notre barque . . .

« Nous ne fûmes pas sitôt arrivés à l'extrémité de ce lac, que les célèbres îles de Richelieu se découvrirent à nous» Quand les habitants de ces quartiers ont besoin de venaison

et de gibier, ils n'ont en certain temps qu'à s'y transporter. Il ne faut point d'autre monnaie pour l'acheter, que le plomb et la poudre. »

Notre voyageur arrive enfin à l'endroit où, dans les commencements de la colonie, beaucoup pensaient que serait un jour la ville de Montréal, une espèce de Venise qu'ils s'étaient faite dans leur imagination ; puis ensuite à cet autre endroit où elle s'étend si royalement aujourd'hui; Laissons-le achever sa narration :

« Nous nous avancions toujours, dit-il, du côté de Montréal, et nonobstant la rapidité des eaux qui est grande de ce côté, nous montâmes jusques à la rivière des Prairies, qui vient du côté du nord, et qui se jette dans le fleuve Saint-Laurent.

« Ce lieu-là surpasse encore tous les autres en beauté ; car les îles qui se rencontrent dans l'embouchure de ces deux fleuves, sont autant de grandes et de belles prairies, les unes en long, les autres en rond, ou autant de jardins faits à plaisir, tant pour les fruits qui s'y rencontrent, que pour la forme et l'artifice dont la nature les a préparées, avec tous les agréments que les peintres peuvent représenter -dans leurs paysages. C'était un abord général de toutes les nations de ce pays, avant que les Iroquois eussent infesté toutes ces contrées, et

par conséquent ce sera un jour un pays très propre pour être la situation d'une grande et grosse ville.

« De là nous montâmes à Montréal, le lieu le plus exposé aux Iroquois, et où par conséquent les habitants sont des plus aguerris. Le climat est à même hauteur que celui de Bordeaux, mais fort agréable ; le terroir est très bon ; le jardinier ne fait que jeter la graine de melons sur un peu de terre remuée parmi les pierres, et ils ne laissent pas d'y venir sans aucun soin de la part des hommes. Les citrouilles y viennent encore avec plus de facilité, mais très différentes des nôtres ; car quelques-unes ont quasi le goût de pommes et de poires, quand elles sont cuites.

« Les habitants y sont si charitables, que quand quelqu'un est pris par les Iroquois, ils cultivent ses champs pour faire subsister sa famille (i). »

Mais revenons à Québec.

« Le gouverneur (2), écrit encore Mgr de Laval, m'accueillit comme le vicaire apostolique de la Nouvelle-France : et au sortir du vaisseau le clergé et le peuple vinrent à notre rencontre avec une grande effusion de joie. »

(i) " Relations des Jésuites ", 1663, p. 26.

(2) Pierre de Voyer, vicomte d'Argenson, gouverneur de la Nouvelle-France de 1658 à 1661.

C'est sans doute l'abbé de Bernières qui fut le premier chapelain de Mgr de Laval, et l'assista dans la cérémonie de la confirmation à Percé, lorsqu'il y descendit le 16 mai ; lui aussi qui le revêtit de ses habits pontificaux, lorsqu'il mit pied à terre à Québec, le mardi 17 juin : le gouverneur et ses officiers avaient été saluer Mgr de Laval à bord du vaisseau, la veille au soir.

On conduisit solennellement en procession le prélat, du quai de la basse ville à la cathédrale, au son des cloches et au bruit du canon du fort : « L'évêque, revêtu pontificalement, paraissait à ces Canadiens qui n'avaient jamais rien vu de semblable, comme un ange du paradis, et avec tant de majesté, que nos sauvages ne pouvaient détacher leurs yeux de sa personne. (1) "

En avant de la procession, les Pères Jésuites, avec les élèves de leur collège, revêtus de surplis et chantant des hymmes, précédés de la croix, et musique en tête. A côté du P.

de Quen, supérieur de la Compagnie de Jésus, marchait le gouverneur, en habit militaire > accompagné de ses officiers. Venaient ensuite les principaux dignitaires et fonctionnaires du gouvernement, puis les chefs des tribus sau-

U) " Relations des Jésuites, " 1659,

vages. En arrière, la foule, sans distinction, de tous les habitants de Québec et des environs, hommes, femmes et enfants.

Mgr de Laval s'avançait accompagné de ses grands vicaires Jérôme Lalemant et Charles de Lauson-Charny, précédé de son chapelain, M. de Bernières, et des deux ecclésiastiques, Torcapel et Pèlerin, qui avaient consenti à venir avec lui au Canada.

On sait pet* de chose de ces deux bons prêtres, si ce n'est qu'eux aussi faisaient partie de la société des Bons- Amis et avaient habité l'Ermitage, qu'ils étaient d'une santé délicate et furent obligés de repasser en France au bout d'une année. Il n'en faut que plus admirer leur zèle et leur dévouement ; il eurent le courage de venir essayer leurs forces dans l'apostolat de la Nouvelle-France, tandis que bien d'autres reculèrent toujours devant cette tâche : le troisième évêqtre de Québec, en particulier, Mgr Duplessis-Mornày, après avoir accepté l'épiscopat de la Nouvelle-France, ne put jamais se décider à passer les mers pour venir remplir ses fonction* de coadjuteur, d'abord, puis d'évêque en titre de Québec.

C'est encore l'abbé de Bernières qui servit de cérémoniaire à Mgr de Laval le jour de la Saint-Pierre, à la première messe pontificale

qui ait jamais été célébrée dans la Nouvelle- France. Il l'accompagna aussi dans la visite qu'il fit peu de temps après son arrivée, à toutes les familles de sa ville épiscopale. Laissons Mgr de Laval raconter lui-même ces deux événements et nous donner en même temps un aperçu de la colonie canadienne :

« Il y a à Québec, dit-il, quatre édifices religieux ; c'est un bel ornement pour la ville : leur aspect extérieur est très agréable ; l'intérieur aussi est beau, et respire la piété. J'ai célébré ma première messe pontificale dans la principale de ces églises le jour de la fête des apôtres Pierre et Paul— ce qui est d'un heureux augure, je l'espère, pour mon épiscopat ; — et le même jour j'ai reçu l'abjuration d'un héiétique récemment arrivé de France.

« Il y a des colons français répandus un peu partout, chaque côté de Québec, jusqu'à une distance de dix milles et davantage ; ils sont fixés sur leurs terres et s'y sont bâti des maisons à faux frais. Il y avait déjà quelques églises de construites (i) ; mais on est à en bâtir d'autres encore (2) pour les besoins de la population qui s'accroît d'année en année. A part

(1) Celle de la côte Sainte- Geneviève, par exemple ; puis celle de Sillery, qui avait été construite vers 1645 ; elle brûla le 13 juin 1657; mais fut rebâtie immédiatement.

(2) Au Château Richer et à la Bonne-Sainte- Anne,

la colonie de Québec, il y en a deux autres assez importantes, où je n'ai pu encore aller, celle de Montréal, à soixante lieues de Québec, en montant, et celle des Trois-Rivières, dans la même direction, à trente lieues.

« A peine ai-je été arrivé à Québec, que j'ai voulu visiter moi-même les familles françaises qui y sont établies, con\erser avec tout le monde, soit en public, soit surtout en particu-

lier, et entendre même la confession d'un bon nombre, afin de bien me tendre compte de la piété, des mœurs et de l'éducation religieuse des habitants (i). »

Mais combien y avait-il de familles, à l'arrivée de Mgr de Laval et de M. de Bernières, sur cette « pointe de Québec, » que Champlain avait trouvée «toute remplie de noyers» (2), c'est-à-dire à la basse ville, et sur le promontoire, aujourd'hui si admirablement couronné d'édifices splendides, où Marie de l'Incarnation, en arrrivant en 1639, vit « cinq ou six petites maisons tout au plus (3) ? »

Il n'est pas facile de le préciser, en l'absence de documents officiels et authentiques. Mieux

(1) I,ettre de Mgr de I^aval au pape Alexandre VII, 31 juillet 1659.

(2) " Couvres de Champlain," édition I^averdière, pag % inférieure, p, 296.

(3) '* lettres de la Mère Marie de l'Incarnation,"

vaut aller tout droit au premier recensement du pays, un recensement nominal et complet, celui de 1666 : il y avait à cette date dans la haute et la basse ville de Québec soixante et onze familles ou ménages, en tout cinq cent quarante-sept âmes ; dans les faubourgs Saint- Jean et Saint-François et à la côte Saint-Michel, vingt-sept familles, formant cent cinquantetrois âmes ; en tout, dans ce qu'on peut appeler Québec, quatre-vingt-dix-neuf familles, ou sept cents âmes.

La Mère de l'Incarnation estimait en 1653 la population des habitants fixés au Canada, à environ deux mille : « Plus de deux mille français qui l'habitent, dit-elle, et qui ont fait de grandes dépenses pour s'y établir ...» Elle ajoutait d'une manière générale en 1658 :

t Pour notre colonie française, elle multiplie de telle sorte que le pays n'est plus reconnaissable pour le nombre des habitants. » La population totale de la colonie canadienne en 1666 était de cinq cent trente-huit familles ou ménages, trois mille deux cent quinze âmes.

On ne sera probablement pas loin de la vérité en disant que Mgr de Laval et M. de Bernières, en 1659, trouvèrent à Québec et dans les environs soixante-quinze à quatre-vingts familles. ^

On comptait quatre églises en pierre pour ce petit nombre de fidèles : la cathédrale, l'église des Jésuites, celle des Ursulines et celle de l'Hôtel-Dieu : la population de Québec n'était évidemment pas mal partagée ; et il y avait de plus, sur la côte Sainte-Geneviève, une chapelle en bois que Jean Bourdon, • homme de cœur et d'honneur,» dit un document, avait élevée à ses frais pour sa famille et ses censitaires ; on l'appelait « la chapelle Saint- Jean (i).»

Nous avons sous les yeux « le plan du haut et bas Québec comme il est en l'an 1660 (2).» Ce qui frappe tout d'abord, à la vue de ce beau dessin, c'est l'étendue des terrains occupés par les Jésuites, les Ursulines et l'hôpital — le séminaire n'existait pas encore : — évidemment l'Etat ne s'était pas montré parcimonieux envers l'Eglise ; mais en retour, que de services inappréciables ces communautés religieuses n'ont-elles pas rendus à notre pays !

Elles furent assez longtemps sans se décider à concéder des emplacements ; et ce n'est guère qu'au commencement du dix-huitième siècle qu'elles en prirent sérieusement le parti. L'in-

(1) " Relations des Jésuites," 1665, p. 19,

(2) Faillon, " Histoire de la Colonie française en Canada," t, III, p. 373.

tendant Dupuy, en 1727, se faisait gloire d'y avoir fait consentir le séminaire de Québec :

« On a proposé aux communautés, dit-il, de céder des emplacements autour de leurs terrains propres à y bâtir des maisons. La plupart en ont accepté le parti. Les Jésuites le font. J'y ai fait consentir le séminaire de Québec, qui, par la vente de ses terrains, va tirer de quoi payer une partie de ses dettes (1).»

Entre « la grande église, » l'hôpital, et l'escarpement de la colline, il y a aussi un très grand terrain vacant, celui de Guillaume Couillard, gendre de Louis Hébert, premier habitant de Québec, que Mgr de Laval achètera bientôt pour son séminaire. Ce terrain, prolongé en bas de la colline, jusque dans le lit de la rivière Saint-Charles (2), est ce qu'on appelle la seigneurie ou fief du Saut-au-Matelot, borné au sud-est par le domaine du roi, et au nordouest par les terrains de l'Hôtel-Dieu. La seigneurie du Saut-au-Matelot fut concédée à Louis Hébert par le duc de Montmorency, viceroi du Canada, le 4 février 1623, et ^ a conces-

(1) Documents de Paris. Eglise du Canada, lettre de Dupuy au ministre, Québec, 20 octobre 1727.

f 2> Même l'espace occupé par le bassin Louise appartenait à la seigne une du Saut-au-Matelot Aussi, lorsque les travaux de ce bassin furent entrepris, le gouvernement fédéral accorda au séminaire, comme une légère indemnité, un morceau de grève contigu à la ferme de Maizerets.

sion ratifiée par le duc de Ventadour, successeur de Montmorency, le 28 février 1626.

A part l'emplacement sur lequel elle est bâtie, et qui lui a été donné par Guillaume Couillard, à la condition d'avoir un banc dans l'église, pour lui, ses hoirs et ayant cause, à perpétuité, l'église paroissiale possède au sud de la rue Buade et le long de la rue la Fabrique une lisière de terrain, désignée quelquefois dans les vieux documents sous le nom de « cloître de l'église,» et qui lui a été concédée par M. de Lauson, ancien gouverneur du Canada, dans le but de lui créer un certain revenu par la vente des emplacements.

Les maisons des particuliers sont cour la plupart à la basse ville. On y voit aussi le magasin, à la place de l'ancienne habitation de Champlain, où s'élèvera plus tard l'église de Notre-Dame-des- Victoires ; puis, en montant la côte, on aperçoit à droite, sur la pointe, un terrain triangulaire coupé en talus, planté ça et là de quelques croix : c'est le cimetière de Québec. On sait que dans l'hiver de 1608 à 1609 l a plupart des hivernants, vingt sur vingt-huit, moururent du scorbut ; ils sont inhumés dans ce cimetière. La carte de Champlain, dans son édition de 1613, ne laisse aucun doute à cet égard : c'est là que la popu-

lation primitive de Québec dort son dernier sommeil. Il y a aussi le cimetière des pauvres de PHôtel-Dieu, et celui de Saint-Joseph à la paroisse ; mais jusqu'en 1688' le cimetière de la côte de la Montagne sera le cimetière commun. A cette époque, le terrain passera à Mgr de Saint- Val lier, qui l'unira à celui de son évêché (1).

Plus loin, à gauche, en montant la côte de la Montagne, on aperçoit le fort des Hurons, à côté du fort Saint-Louis :

« Un certain nombre de Hurons, écrit Mgr de Laval, se sont retirés à Québec, après la destruction de leur nation, pour être plus en sûreté, au milieu des Français, contre les Iroquois, ces ennemis du nom chrétien. Les jésuites ont pour ces pauvres sauvages une charité admirable, et ne cessent par d'abondantes aumônes de subvenir aux besoins de leurs enfants, des veuves, des orphelins, des vieillards et des malades (2).»

(1) Le 9 mars 1655, M. de Lauson, gouverneur du Canada, donna un terrain pour agrandir le cimetière de la côte de la Montagne. (Archives de l'archevêché de Québec, Rég. A) Le cimetière de la côte de la Montagne fut entouré en 166 d'une bonne clôture en cèdre, qui coûta plus de deux cents livres. Elle fut un peu endommagée par le feu qui dévasta la basse ville en 1682 : les réparations coûtèrent trente livres (Archives paroissiales de N. D de Québec)-

(2) lettre de Mgr de Laval au pape Alexandre VII, 31 juillet

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