‹ Henri de Bernières, premier curé de Québec [microforme]Chapitre 11 sur 60 · LI, P · texte numérisé non relu

LI, P

« Nous sommes aimés à Québec de la plupart des citoyens, écrit le P. Ragueneau : on l’a bien vu cet hiver, alors que M. de Queylus, aidé de deux autres prêtres séculiers, dirigeait la paroisse : très peu de pénitents, ordinairement pas plus que trois ou quatre, s’adressaient à eux, tandis qu’on se portait en foule à notre confessionnal (1) »

Mille difficultés surgissent entre les Jésuites et M. de Queylus; il faut qu’au printemps de 1658 l’archevêque de Rouen rende une ordonnance pour « terminer les différends entre les grands vicaires du Canada (2). » M. de Queylus monte à Montréal pour y exercer seul les fonctions de grand vicaire, laissant le supérieur des Jésuites remplir les mêmes fonctions à Québec.

A part une couple de prêtres séculiers (3), les jésuites restent seuls à Québec, comme ils l’ont toujours été depuis 1632. Eux seuls ont la conduite des âmes; « ils dirigent la conscience des gouverneurs, des magistrats, de tous les habitants (4). » Le supérieur se rend bien compte de la situation : il écrit quelques jours

(1) Les Jésuites et la Nouvelle-France, t. 11, p. 180. — « Amamur in montn regio universim ab omnibus; apud tria flumina amamur etiam nisi à perpaucis, qui quærunt nimium quæ sua sunt; Quebeci et in cireumjacentibus villis amamur à plerisque..….. » (lbid., p. 176).

(2) Les Normands au Canada, Juridiction exercée par l'archevêque de Rouen, p. 86.

(3) M. d’Argenson écrivait de Québec, le 5 septembre 1658, quelques jours après le départ de M. de Queylus : « Ce qu'il y avait de prêtres (séculiers) ont quitté, à la réserve d’un vieil habitant plus capable d’être gouverné que de gouverner des consciences, et un autre qui n’est nullement d’édification dans le pays, quoique je ne sache pas de mal de lui tout-à-fait, » Et il ajoutait : « Si nous avons besoin de prêtres, il est aussi nécessaire que leur vertu ne soit pas commune, » (Manuscrits de la Nouvelle-France, 2 série, vol. L.). Nous croyons qu’il s’agit, en dernier lieu, de M. Guillaume Vaillant, de la côte Beaupré, contre lequel le supérieur des Jésuites « informa secrètement pour l’acquit de sa conscience, » et qui laissa le pays le 4 août 1659. (Journal des Jésuites, pp. 250, 251, 262). Lui parti, il n’y avait plus à Québec d’autres prêtres séculiers que M. de Saint-Sauveur et M. Le Bey, chapelain de l’Hôtel-Dieu. C’est probablement à l’un d’eux que fait allusion Claude Martin, lorsqu'il parle d’un ecclésiastique de Québec, « extrêmement disgracié, et peu adroit en ce qu'il faisait. » Une religieuse Ursuline s'étant un jour moquée de ce prêtre, la vénérable Marie de l'Incarnation lui fit une verte semonce, (La Vie de la Mère de l'Incarnation, Paris, 1677, p. 646).

(4) Les Jésuiles et la Nouvelle-France, t. 11, p. 182.

après le départ de M. de Queylus : « S'il y avait ici des prêtres séculiers, cela accommoderait un certain nombre de personnes (1). »

On se plaint, en effet, qu’il y a des consciences gènées. La Mère de l’Incarnation écrit à son fils qui en a entendu parler en France : « Ceux qui disent que les Jésuites gênent les consciences en ce pays (2), se trompent, je vous assure... » Mais elle ajoute aussitôt, avec son grand bon sens : « Il pourrait arriver néanmoins de certains cas où l’on aurait besoin de recourir à d’autres; et c’est pour cela en partie que l’on souhaite ici un évêque. Dieu nous le donne saint par sa miséricorde (3)! »

Non seulement les Jésuites sont à Québec les seuls guides des consciences, mais ils exercent une influence considérable dans l'administration des affaires de la colonie : le supérieur est de droit membre du Conseil de la Nouvelle-France.

Un religieux de la Corupagnie de Jésus fait à ce sujet les réflexions suivantes : « Nous l’avouerons bien volontiers, il eût été préfé-

(4) « Expediret paucos, hic sacerdotes seculares degere, » (Ibid., p. 235).

(2) On continua à le dire jusqu’à l’arrivée des Récollets au Canada en 1670, Dans un mémoire qu'il adressait au roi l’année précédente, Talon proposait de « faire passer (au Canada) quatre bons Religieux qui ne contraignent et ne gehennent pas les consriences. On ne peut assez dire, ajoutait-il, combien cet article est essentiel à la formation de la colonie, qui souffre beaucoup par ce manquement. » (Archives d'Ottawa, Canada, correspondance générale, vol. 11). Les Récollets vinrent au printemps de 1670; puis, leur provincial retournant à Paris dans l’automne, Talon écrivit à Colbert le 10 novembre : « Je remets au provincial à vous dire ce qu’il a connu de la cont’ te dans laquelle les Canadiens ont ci-devant été, et avec quelle délicatesse a fallu que j'agisse avec l'Église pour conserver l'autorité du roi, le repos des consciences, et ne donner pas sujet de murmurer contre moi. » (Ibid.).

Plus tard, il sera encore question de gêne de consciences, mais ce sera, cette fois, à l’occasion des Récollets, M. de Vaudreuil écrit au ministre le 143 novembre 1716 : « L'église paroissiale des Trois-Rivières est desservie depuis plusieurs années par les Pères Récollets qui ont un couvent dans cette ville où il n’y a ordinairement que deux religieux qui soient prêtres. Il arrive assez souvent que les consciences se trouvent gênées. Ce qui m'engage à supplier le Conseil de vouloir biea recommander à M. l'Evêque d'établir dans cette cure un prêtre séculier avec titre de curé fixe. » Puis il ajoute : « J’oubliais de faire remarquer au conseil que la cure des Trois-Rivières est la seule en ce pays où le roi ait droit de nommer. » (Lettre inédite de M. de Vaudreuil, Documents de Paris, Eglise du Cauada, t. I, p. 123).

(3) Lettres de Marie de l’Incarnalion, édition Richaudeau, t. 11, p. 125.

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