‹ Henri de Bernières, premier curé de Québec [microforme]Chapitre 12 sur 60 · FAR · texte numérisé non relu

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rable que le supérieur de la mission du Canada ne siégeât pas au Conseil Souverain (1); cette haute fonction, sans être incompatible avec le ministère sacerdotal, pouvait en certains cas être préjudiciable au bien spirituel de la colonie. Le conseil était saisi de toutes les questions de l’ordre administratif, religieux, militaire, judiciaire et temporel. Le prêtre était donc appelé à émettre son avis sur toutes ces questions. Etant donnée son influence sur le gouverneur et sur les autres conseillers, n’y avait-il pas là un inconvénient et un danger (2)? »

L'auteur, après ces réflexions générales, prend à partie l’un des supérieurs les plus distingués de la mission du Canada, le vénérable P. Ragueneau : « Il avait, dit-il, cette faiblesse. de vouloir se mêler des choses politiques, de l’administration civile et des intérêts matériels des colons, plus qu’il ne convenait à un Religieux. De là beaucoup de plaintes, dont ses frères eurent à souffrir. » Puis ii ajoute : « Il mécontenta les missionnaires, en s’immisçant trop dans les affaires civiles et administratives de la colonie..., il déplut à un assez grand nombre de colons... Il se laissa entrainer par un amour excessif du bien public, par le désir d'assurer à l'Eglise la première place dans l’administration coloniale; il n’en fit pas moins fausse route (3). »

En faut-il davantage pour expliquer certains passages peu favorables aux Jésuites, que l’on rencontre dans les documents officiels. comme, par exemple, celui-ci dans les Instructions du Roi à Talon : « Les Jésuites, dont la piété et le zèle ont beaucoup contribué à aitirer dans ce pays les peuples qui y sont à présent, y ont pris une autorité qui passe au delà des bornes de leur véritable profession (4), qui ne doit regarder que les consciences (5); » et cet autre où Talon lui-même les accuse « d'étendre leur con-

(1) Il veut dire sans doute, l’ancien Conseil, qui précéda le Conseil Souverain Celui-ci, en effet, ne fut établi qu’en 1663, et jamais le supérieur des Jésuites n’y siégea.

(2) Les Jésuites et la Nouvelle-France, t. 11, p. 183.

(3) Ibid., pp. 184, 198.

(4) Et non pas possession, comme on lit dans Les Jésuites et la Nouvelle- France, t. 11, p. 182.

(5) Documents relatifs à la Nouvelle-France, t. 1, p. 176, Instructions à l’intendant Talon, 27 mars 1665,

duite jusque sur le temporel, empiétant même sur la police extérieure qui regarde le seul magistrat (4)! »

M. d’Argenson, gouverneur du Canada lors de l’arrivée de Me de Laval, était un homme trop religieux, la Mère de l'Incarnation parle de ses vertus en termes trop favorables, et lui-même, dans sa correspondance, parle trop avantageusement des Jésuites, pour qu'il soit permis de l'appeler « leur ennemi (2). » Le gouverneur avait évidemment en vue les écarts et la « fausse route » du P, Ragueneau, lorsqu'il écrivait de Québec en 1660 : « Il serait bien à souhaiter que tous ceux de la maison du P. Lalemant (3) suivissent ses sentiments; ils ne se mêieraient pas de censurer plusieurs choses comme ils font, et laisseraient le gouvernement des affaires à ceux que Dieu a ordonné pour cela (#). » Les quelques difficultés que M£' de Laval lui-même eut avec M. d’Argenson peuvent aussi s'expliquer, du moins en partie, par ce court extrait de la correspondance du gouverneur : « Il m'aurait été plus avantageux que M. de Pétrée eût pris plutôt sa confiance au P. Lalemant, supérieur, qu’au P. Ragueneau (5). »

(1) On entend encore la même note sur les Jésuites, un siècle plus tard, vers la conquête : « Du fond de leur collège, où ils semblaient ne se mêler de rien, ils cabalaient et donnaient le branle à toutes les affaires... » (Mémoires sur les affaires du Canada. de 1749 à 1760, publiés par la Société historique de Québec, 1838, p. 195).

(2) Les Jésuites et la Nouvelle-France, t. 11, p. 305.

(3) M. d’Argenson avait la plus profonde estime pour le P. Jérôme Lalemant : « C'est une personne d’un si grand mérite, disait-il, et d’un sens si achevé, que je pense qu'on ne peut rien y ajouter, » (Manuscrits de la Nouvelle-France, 2 série, t. 1, p. 295).

(4) Ibid.

(5) Ibid.

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RÉSIDENCE TEMPORAIRE DE L'ÉVÈQUE ET DE SES PRÈTRES, — ORDINATION DE M. DE BERNIÈRES, — M. DE BERNIÈRES ET Mer DE LAVAL,

Dans un coin du terrain des Ursulines est une petite maison indiquée « Monsieur l’évêque (4). » C’est la maison de Mme de la Peltrie, où les Ursulines avaient leur séminaire, c’est-à-dire leur pensionnat de filles sauvages (2).

En arrivant à Québec en 1659, Mer de Laval n’a trouvé aucune maison pour se loger. Il x dû demander l'hospitalité, pour lui et ses prêtres, aux Jésuites, d’abord, puis aux religieuses de l’Hôtel- Dieu (3); et dans l'automne il a loué des Ursulines cette maison de Me de la Peltrie. Voici ce qu'écrit à ce sujet Marie de l'Incarnation:

« Notre nouveau prélat n’a rien trouvé de prêt pour le recevoir quand il est arrivé (4). Nous lui asons prêté notre séminaire, qui est à un des coins de notre clôtui tout proche la paroisse. Il y aura la commodité et l'agrément 4 n beau jardin; et afin que lui et nous soyons logés selon les Canous, il a fait faire une clôture de séparation. Nous en serons incommodées, parce qu'il nous faut loger nos séminaristes dans nos appartements; mais le sujet

(4) Plan du haut el bas Québec, comme il est en l'an 1660.

(2) La plupart des écrivains se sont plu à reconnaitre la salutaire influence exercée par les Ursulines pour christianiser les femmes sauvages. Citons cependant l'appréciation contradictoire de l’intendant De Meulles, ne fut-ce que pour

“montrer la grande diversité des opinions humaines : « Rien n’est plus inutile

que de mettre les sauvagesses aux Ursulines, parce que l’austérité dont elles font profession n’accommode nullement un esprit sauvage; aussi est-il vrai qu'aussitôt que ces sauvagesses sont sorties de chez ces religieuses, elles passent d'une extrémité à une autre... » (Manuscrits de la Nouvelle-France, 2 série, t. 1x, p. 212, Lettre inédite du 4 novembre 1683).

(3) « Dans un appartement dépendant de l'hôpital, où il demeura près de trois mois. » (Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, par la sœur Juchereau, p. 118).

(4) Mer de Laval à ouvert la marche aux missionnaires canadiens, qui, depuis lui et à son exemple, vont dresser leurs tentes au milieu de nouvelles colonies,

y fondent des œuvres durables, et créent des merveilles au profit de la civilisation chrétienne.

le mérite, et nous porterons cette incommodité avec plaisir, jusqu’à ce que sa maison épiscopale soit bâtie (1). »

Du reste, le vénéré prélat n’entendait pas être à charge aux Ursulines, sans leur donner une indemnité; et il nous apprend lui-même qu’il payait deux cents livres par année (2).

Il était logé dans cette petite maison de Mme de la Peltrie avec deux de ses prêtres, MM. Torcapel et Pèlerin (*), son chapelain Henri de Bernières, et deux domestiques. « Il donne tout (4) et vit en pauvr écrit Marie de l’Incarnation, et l’on peut dire qu'il a l'esprit * pauvreté. Il pratique cette pauvreté en sa maison, en son vivre, en ses meubles, en ses domestiques; car il n’a qu'un jardinier, qu’il prête aux pauvres gens quand ils en ont besoin, et un homme de chambre qui a servi M. de Bernières. » Elle ajoutait : « En ce qui regarde néanmoins la dignité et l’autorité de sa charge, il n’omet aucune circonstance. Li veut que tout se fasse avec la majesté convenable à l’église, autant que le pays le peut permettre (5). »

Cei ancien serviteur de M. de Bernières-Louvigny qui avait suivi Mer de Laval s’appelait Durant (6). Il en vint un autre, après

(4) Lettres de la Mère Marie de l'J carnation, t. 11, p. 139.

(2) Rapport de Msr de Laval au Saint-Siège, 1660, Mandements des évêques de Québec, t. 1, p. 21.

(3) M. de Lauson-Charny, « official de Msr l’évêque de Pétrée, » était resté chez les Jésuites. Le fils de l’ancien gouverneur du Canada, veuf de la fille du seigneur Giffard de Beauport, craignait sans doute de ne pouvoir se faire à la vie pauvre et excessivement frugale de son évêque. Il resta chez les Jésuites jusqu’au 17 septembre 4664 : «Il sortit alors de notre maison, di: le P, Lalemant, pour aller loger chez M. l’Évéque.., après avoir demeuré avec nous en pension cinq ans moins deux mois, où il payait cent écus de pension. » (Journal des Jésuites, p. 325).

On a beaucoup reproché à Mer de Laval de s'être trop inféodé aux Jésuites et de n’avoir fait &\ 2 avec eux. Nous croyons qu’il y a une bonne réponse à ce reproche dans le fait que nous signalons en ce moment. Au lieu de faire comme son grand vicaire, et de se fixer chez les Jésuites, où il aurait bien pu, lui aussi, payer pension, et où il aurait été encore plus « proche de la paroisse, » il ioue une petite maison à part, afin d’y garder toute sa liberté, et de ne paraître sous la dépendance de personne.

(4) « Pendant les trois premières années de son épiscopat.…., il distribua par ses mains ou par les mains d'autrui, secrètement, dix mille écus à ses ouailles. » (Eloge funèbre de Mer de Laval, par M. de la Colombière, # juin 1708).

(5) Lettres de la Mère Marie de l'Incarnation, t. 11, p. 169.

(6) Journal des Jésuites, p. 273,

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la mort du pieux fondateur de l’Ermitage : Denis Roberge se häta d'aller rejoindre au Canada l’ami et le neveu de son maitre, et se donna à eux pour les servir : il leur fit même donation de ce qu’il avait. Quelle consolation pour le prélat et pour le jeune abbé d’Acqueville de revoir et de posséder avec eux cet homme dévoué!

Denis Roberge, fils de Jacques Roberge et d’Andrée Marchand (1), était originaire de Bayeux. Il fut toute sa vie l’homme de confiance de M#r de Laval. « Plein de l’esprit de son maitre Bernières de Louvigny, il alla par zèle au Canada se donner à M. de Laval, et le servir jusqu’à sa mort (2). » On le trouve un peu partout, dans les actes et les documents, mais surtout à la côte Beaupré, où il remplace très souvent son maître (3), et à l'ile d'Orléans, où, à la demande du prélat, il s'occupe des affaires du seigneur, M. Berthelot (4), qui lui donne pour cela 300 1. par année. Il se

(1) Dictionnaire généalogique de Mer Tanguay, t. 1, p. 524,

(2) Latour, Mémoires sur la vie de M. de Lavai, p. 32.

(3) C’est ainsi, par exemple, que Mer de Laval, le 30 juin 1666, fait mesurer et borner, au cap Tourmente, la terre qu’il a achetée de Fortin de Bellefontaine : Denis Roberge le remplace comme témoin du bornage. (Archives du Séminaire de Québec).

(4) Mer de Laval acheta en 1666 la seigneurie de l'ile d'Orléans, de M. Castillon, l’un des membres de la Compagnie des Cent-Associés. « L'ile d'Orléans é t à cinq quarts de liene de la ville de Québec et a appartenu à François de Laval, ° célèbre et saint évêque du Canada. » (Americana de Dufossé, p. 145). Il l’échangea le 24 avril 1675 avec M. Herthelot, pour l'ile Jésus, et reçut 25,000 francs de retour. M. Berthelot était en Europe, — nous ne croyons pas qu’il soit jamais venu au Canada — et avait pris à ferme quelques propriétés de l’abbaye de Maubec qui appartenait à Mer de Laval. Le prélat, en retour, s’occupait un peu de ses affaires au Canada.

L'ile d'Orléans fut érigée en comté de Saint-Laurent par Louis XIV en faveur de M. Berthelot; et Msr de Saint-Vallier écrivait à ce sujet en 1685 : « L'ile d'Orléans s'appelle aujourd’hui le comté de Saint-Laurent : elle appartient à M. Berthelot, secrétaire des commandements de Mme la Dauphine, si connu dans le Canada par son zèle pour la décoration des églises, et par l'établissement des petites écoles pour les enfants. » (Mandements des évêques de Québec, t. 1, p. 205).

Pour encourager les mariages, M. Berthelot faisait, dans son comté de Saint- Laurent, un présent de trente livres à chaque couple de jeunes gens qui se mariaient. (Manuscrits de la Nouvelle-France, 2e série, t, 11, p. 36, Lettre inédite de l’intendant Duchesneau, 10 mars 1679.) Il donna, en 1677, 1,200 I. pour le curé de la Sainte-Famille. (Lettre de M. Dudouyt à Msr de Laval, 1677).

François Berthelot, écuyer, conseiller et secrétaire du Roi, vendit, le 25 février 1702, la terre et propriété de l'ile d'Orléans à Charlotte-Françoise

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maria au Château-Richer (1) en 1667, avec une fille de Claude Aubert (2), greffier de la cour de Beaupré, devint marguiller de

Juchereau, veuve Pachot, plus tard épouse de Françoise de Laforest, capitaine d'une comp: gnie du détachement de la marine au Canada, De nombreux différends survinrent entre le nouvel acquéreur et l’ancien possesseur de cette seigneurie : ils furent l'objet de beaucoup de délibérations au Conseil supériear de Québec et au Conseil d'État, (Americana de Dufossé, p. 146).

Quant à l'ile Jésus, dont la seigneurie appartient encore aujourd’hui au Séminaire de Québec, voici ce qu'on lit dans l'Histoire de la colonie française au Canada, par M. Faillon, t. mr, p. 347 : « L'ile Jésus avait été concédée aux RR. PP. Jésuites par la grande Compagnie, le 15 janvier 1636. Ces religieux n’y ayant fait aucuns défrichements, M. Talon la réunit apparemment au domaine, en vertu des ordres qu’il avait reçus du roi, et la donna purement et simplement à M. Berthelot, sans faire mention des premiers propriétaires. D’après les titres imprimés pour la tenure seigneuriale, M. Talon aurait donné l'île Jésus à M. Bertheiot, le 3 novembre 1672, Quoi qu'il en soit, le P. Dablon, supérieur des Jésuites de Québec, pour donner, sans doute, toute sécurité à M. Berthelot, lui fit cession de l'ile Jésus, le 7 novembre 1672, par acte passé devant Becquet, notaire à Québec. »

M. Dudouyt, dans sa lettre de 1677 à Msr de Laval, nous apprend que le séminaire de Québec fut quelque temps en marché de vendre l’île Jésus aux Sulpiciens. La transaction n’eut pas lieu, et la propriété de la seigneurie fut confirmée au séminaire de Québec par M. de Callières le 23 octobre 1699. {Tenure seigneuriale, p. 447).

(4) On lit dans une lettre inédite de Mer de Laval à M. Dudouyt, en date du 6 novembre 1683 : « Puisque la Providence a voulu lui inspirer (à M. Poitevin, curé de Saint-Josse, et grand vicaire de Mer de Laval en France) de vous résigner son prieuré de Château-Richer, nous avons sujet de l’en bénir... » (Archives du Séminaire de Québec). Le nom de la paroisse de Château-Richer n’aurait-il pas quelque rapport d'origine avec celui du prieuré de M. Poitevin? Nous avouons n'avoir jamais eu une grande confiance dans l’histoire d’un nommé Richer qui aurait établi sa demeure dans le tronc d’un arbre :

« Suivant une note de feu M. Bedard, supérieur du Séminaire de Quèuce, le nom de Château-Richer aurait été donné à ce lieu, parce qu’un sauvage ou un Français à demi-sauvage, appelé Richer, aurait établi sa demeure dans le tronc d’un gros arbre, placé sur le cap où est située l’église de ce lieu, et se serait plu à nommer cette singulière habitation, son château. Cette explication de l'origine du nom de Château-Richer a encore cours dans les paroisses de la côte Beaupré. » (Notes sur les Registres de N.-D. de Québec, par l'abbé Ferland, p. 74).

(2) « Maitre Claude Aubert » fut nommé par Mer de Laval, le 19 octobre 1671, « Juge de la seigneurie de Beaupré et île d'Orléans, au lieu et place de sieur Bermen de la Martinière. » Il était auparavant greffier de cette juridiction, charge qu'il avait remplie « avec probité beaucoup d'années,» (Archives du Séminaire de Québec).

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Québec en 1691, et mourut en 1709, un an après M#r de Laval. Il était venu au Canada en 1661 avec M. Morel (1).

M. Torcapel desservait la paroisse de Québec, M. Pèlerin, la communauté des Ursulines. L'abbé de Bernières se prépara, sous leur direction et celle de M£r de Laval, à recevoir les saints ordres. Il fut admis aux ordres mineurs dans l’église des Jésuites, le 2 décembre 1659, jour de la Saint-François-Xavier : « M. l'Evèque dit une messe basse sur les sept heures, en laquelle il donna la tonsure à Germain Morin (2) et les quatre (ordres) mineurs au même et à M. de Bernières, La cérémonie fut si longue (3) que tout ce que l’on put faire fut de dire la grand’messe. Le sermon fut différé à l’après-diner, après le Magnificat des vêpres (4). »

Nous ne savons à quelle date M. de Bernières reçut l’ordre du sous-diaconat; il fut ordonné diacre (5) chez les Jésuites, le samedi des quatre-temps du carème, 21 février 1660, et prêtre, à la paroisse, quelques semaines plus tard, le 13 mars, veille du dimanche de la Passion. Il attendit cependant pour dire sa première messe à la Saint-Joseph, fête patronale des Ursulines (6), et il la célébra solennellement à sept heures dans leur église, ayant

(1) En 1689, Mer de Saint-Vallier acheta « de ses propres deniers et revenus, » de Denis Roberge et sa femme, et donna aux sœurs de la Congrégation « une maison, cour et jardin situés en cette hante ville (de Québec), proche la grande place Notre-Dame, vis-à-vis la clôture des RR. PP. Jésuites. » (Archives de l'archevêché de Québec).

(2; Germain Morin était fils de Noël Morin et Hélène Desportes, établis près de Jean Bourdon sur la côte Sainte-Geneviève. Il fit ses études, pensionnaire, au collège des Jésuites, sa pension étant payée, comme enfant de chœur, par la fabrique. (Journal des Jésuites, p. 268). IL est le premier prêtre canadien, né dans le pays, et le premier membre canadien du Séminaire de Québec.

(3) On peut conclure de ce détail, et de quelques autres qui nous sont fournis çà et là par le Journal des Jésuiles, que Mer de Laval était lent et distrait. Voir, par exemple, Journal des Jésuites, p. 289.

(4) Journal des Jésuites, p. 269.

(5) On a son acte de diaconat, mais on n’a pas ceux du sous-diaconat ni des ordres mineurs. L'acte de diaconat de M. de Bernières nous le donne comme étant de la paroisse de Saint-Jean de Caen, diocèse de Bayeux, « et debilé dimissum. » (Archives de l’archevêché de Québec, Rég. A.).

(6) On voit égaleraent que Germain Morin, qui fut ordonné le 19 septembre 1665, ne célébra sa première messe que le 29, jour de la Saint-Michel. O: dirait qu’il était d'usage, à cette époque, que les prêtres fissent une retraite de huit à dix jours entre leur ordination et leur première messe.

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pour prètre assistant M. de Lauson-Charny. « On y alla confesser, dit le P. Lalemant, et il y eut une très grande quantité de communions.. Le P. Chastellain et M. l’Evêque avaient dit la messe avant M. de Bernières. » M£' de Laval accorda aux fidèles une des trois indulgences plénières qu’il avait le pouvoir de donner chaque année.

L’après-midi, :! y eut aux Ursulines bénédiction solennelle du Saint Sacrement, et ce fut M. de Bernières qui présida la cérémonie. Le chant des religieuses fut goûté de tout le monde. « On en fut fort satisfait, écrit le P. Lalemsant, et la chose parut belle et dévote; toute l’église était remplie, On manqua cependant de mettre au-dessus de la porte : Zndulgence plénière (4). »

Ms de Laval avait pour son jeune ami une estime toute particulière. Il prend la peine de mentionner son nom et de faire son éloge dans son rapport au Saint-Siège, du mois d'octobre 1660 :

« J’ai amené avec moi, dit-il, et j'ai ordonné ici un jeune prêtre qui appartient à une excellente famille de France. Il a renoncé à une grande fortune, pour suivre la pauvreté de Jésus-Christ et se consacrer en esprit et en vérité à la gloire de Dieu : son nom est Henri de Bernières (2). »

Le prélat se fait accompagner par lui dans ses courses pastorales. Is vont ensemble, vers la fin de janvier 1660, à la côte Beaupré. C'est au cœur de l’hiver: le froid est excessif (3); la terre est couverte de quatre à cinq pieds de neige : ils partent en traineau avec deux domestiques, Durant et Boquet (4), et se rendent à

(1) Journal des Jésuiles, p. 276.

(2) Mandements des évêques de Québec, t. 1, p. 26.

(3) Journal des Jésuites, p. 275.

(4) Charles Boquet arriva à Québec en 1657 avec le P. Le Mercier. Il s'attacha aux Jésuites en qualité de frère donné. La Mère de l’Incarnation et les Jésuites l'appellent généralement « le bon Boquet, » ou bien «le Courrier apostolique. » Marie de l’Incarnation dit quelque part : « Je le nommerais volontiers le visiteur évangélique, car il va de mission en mission visiter les ouvriers de l’évangile, » — C'est lui qui servait la messe à Msr de Laval dans l'hiver de 1661-62 que le prélat passa chez les Jésuites : le P. Lalemant écrit, à la date de Noël : « M. l'Evêque n'avait donné aucun ordre pour l’éveiller, de sorte qu'il pensa ne point venir à la messe de minuit, ni lui, ni aucun de ses gens. Mer l'Evêque dit, sur les deux heures, la messe céans au petit autel, où Boquet le servit tout seul, et lui refusa bien à propos l’ablution par deux fois; et bien à propos, car il devait dire à la paroisse la troisième messe le lendemain. » (Journal des Jésuites, p. 289). — En 1666, il prit part à l'expédition contre les Iroquois :

rs Beauport, chez M. Giffard, le seigneur de l'endroit. De Beauport ÿ: * au Petit-Cap, il y a des habitations qui se forment depuis plus de les vingt ans : le recensement de 1666 mentionnera à Beauport vingtce neuf ménages, avec une population de cent quatre-vingt-cinq

âmes; et à la côte Beaupré proprement dite, quatre-vingt-neuf 1 ménages, cinq cent trente-trois âmes.

ui A Beauport, il n’y a pas encore de chapelle : la messe se dit ai dans la maisor de M. Giffard (1). Au Château-Richer, il y a une tot petite église en pierre; et à Sainte-Anne, une chapelle en bois, de sur la terre d’Etienne de Lessart, à l'endroit qui a été choisi en

1658 par M. de Queylus et béni par son suppléant, M. Vignal (2). Pr Du reste, toute la côte Beaupré, ainsi que l’île d'Orléans, Sillery, son Notre-Dame des Anges, Charlesbourg, la côte Lauson, ou plutôt tout le district de Québec est encore censé faire partie de l'unique tre paroisse de Québec. C’est à Québec que s’enregistrent les mariages 6 À et les sépultures : les baptêmes seuls, et depuis peu de temps, t se s’enregistrent aussi à la côte Beaupré (3). est

«M, Tracy m'a demandé les PP, Albanel et Raffeix; de notre plein gré, nous Iles. donnons six hommes, entre autres Guillaume Boivin et Charles Boquet. » pré. (Ibid., p. 3,0). — Nous croyons que c’est la seule personne du nom de Boquet ou- qui soit venue au Canada. (Voir Dictionnaire généalogique de Msr Tanguay). au — Dans notre voyage au pays natal de Mer de Laval, nous remarquâmes avec

plaisir ce nom de Boquet sur une pierre tombale dans le cimetière de Revert à court, petite commune voisine de Montigny-sur-Avre,

(1) On commença par dire la messe « dans la maison de M. Giffard. » (Archives paroissiales de N.-D. de Québec). Mais, d’après Latour, M. Giffard, à l'exemple de Jean Bourdon, sur la côte Sainte-Geneviève, aurait bâti ensuite une chapelle près de son manoir : « Il n’y avait à Beauport, dit-il,

acha qu’une chapelle domestique de M. Giffard, seigneur du lieu, dédiée à la Natiuites vité de la sainte Vierge, où l’on disait la messe. M. Martin (Charles-Amador), ue. » curé, la fit bâtir en pierre en 1672. » (Mémoires sur la vie de M. de Laval, visi- p. 170). — Nous voyons, à partir de 1660, et notamment en 1664, M. de Lauson- Pvan- Charny, « prêtre et official de Mgr l'Evêque de Pétrée, » aller souvent exer- 61-62 cer les fonctions du saint ministère, « en la chapelle de Beauport. » (Archives oël : paroissiales de N.-D, de Québec).

rs (2) Journal des Jésuiles, p. 233.

hs (3) Le plus ancien registre de la paroisse de Québec date da 24 octobre 1621 ; opos; mais tous les actes avant 1640 ont été refaits de mémoire, le registre original raül ayant brûlé dans l'incendie de 1640. — Une note se lit comme suit : «Il y a où: depuis 1621 jusques à 1660, 670 baptisés, dont il y en a 74 morts. » — Une

autre note, écrite en 1660 : « Il faut remarquer que les baptisés à la côte

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Mais les Jésuites vont plusieurs fois par année desservir les différents groupes d'habitations; et M. de Saint-Sauveur a été longtemps le missionnaire ambulant de la côte Beaupré (1).

Les colons de Beauport et de Beaupré sont particulièrement chers à Mér de Laval : ils viennent presque tous d’un pays qui lui est bien connu et familier, le Perche, voisin du Thimerais, son pays d’origine (2).

Le prélat donna la confirmation aux enfants de la côte Beaupré le 2 février, au Château-Richer; puis il rentra à Québec avec M. de Bernières.

Trois mois plus tard, nous retrouvons encore Henri de Bernières accompagnant son évêque dans une fonction importante. Meï de Laval préside à l'élection d’une supérieure pour remplacer la Mère Forestier de Saint-Bonaventure, qui a fini ses deux triennats, et il est assisté de M. de Lauson-Charny et de M. de Bernières : « Monseigneur nous fit une exhortation sur l'importance de l’action que nous allions faire, écrit la sœur Juchereau; il nous fit promettre en présence dn Très Saint Sacrement, que nous donnerions nos suffrages à celle que nous jugerions la plus capable de remplir l'emploi de supérieure (3). » Evidemment Ma de Laval voulait initier M. de Bernières à tous les détails importants de l’administration.

Et cependant, il lui faisait en même temps apprendre la langue iroquoise, dans le but de l’envoyer en mission chez les sauvages des Cinq-Cantons (4). Lorsqu'il lui avait proposé cette œuvre de zèle, le jeune prêtre avait acquiescé avec plaisir au désir de son évêque, et il se préparait avec ardeur à remplir sa tâche, lorsque le départ de M. Torcapel pour la France, dans l'automne de 1660, vint déranger les plans de Mer de Laval. M. de Bernières fut nommé

Beaupré depuis environ deux ans ne sont ici compris. Les baptisés le long de la côte Beaupré et à l’ile d'Orléans sont au registre de l’église du Château- Richer. — Le plus vieux registre original du Canada est celui de Sillery, qui se conserve aux arch.ves de l’archevêché de Québec : on y constate que la mission fut fondée en juillet 1637, et que les PP. Le Jeune et De Quen s’y installèrent le 4% avril 1638. Le premier acte est du 18 avril 4638, écrit par le P. Le Jeune.

(1) Journal des Jésuiles, p. 8.

(2) L’Avre qui coule au pied du château de Montigny prend sa source dans les collines du Perche.

(3) Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, p. 124. (4) Lettres de la Mère Marie de l'Incarnaltion, t. 11, p. 190.

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le 21 octobre pour remplacer M. Torcapel à la cure de Québec, avec le P. Le Mercier pour vicaire (1).

Il n'avait pas encore, à proprement parler, le titre de curé de Québec, car la paroïsse n’était érigée ni canoniquement, ni civilement; mais il en exerçait toutes les fonctions, et sa juridiction s'étendait sur tout le territoire du district de Québec dont nous avons parlé.

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