N'ES PORT
y Ve
de Québec, et se trouvant sans presbytère, intenta, « à la suscitation des marguilliers (1) », une action aux Pères Jésuites, pour leur faire remettre à la paroisse le nouveau logis qu'ils venaient de bâtir (2), ou bien rembourser les six mille livres. C'était une simple procédure pour arriver à faire payer la Société des habitants.
Le jugement interlocutoire du sénéchal fut signifié aux Jésuites le 22 novembre 1657; ils n’eurent pas de peine à prouver qu'ils s'étaient déjà acquittés de leur dette; et quatre mois après, le 23 mars 1658, le gouverneur d’Ailleboust rendit un jugement définitif, par lequel il déclarait « que la Communauté des Habitants demeurait duement chargée de payer, à la décharge et en l'acquit des dits Pères Jésuites, la dite somme de six mille livres, condamnant le procureur de la dite Communauté, Jean Gloria, à payer par préférence aux autres dettes de la dite Communauté, la dite somme de six mille livres, pour être employée à la bâtisse du dit presbytère (3). »
M. de Queylus cessa d’être curé de Québec dans l'été de 1658, et monta à Montréal. Les Jésuites reprirent leurs fonctions curiales, et les six mille livres continuèrent à rester en dépôt entre les mains des Habitants. Elles y étaient encore lorsque M. de
(1) Lettre de M. d'Argenson au P. Lalemant, au noviciat du faubourg Saint- Germain, à Paris, 5 septembre 1658.
(2) Après l'incendie de 1640, les Jésuites se logèrent dans la maison des Cent-Associés, qui leur fut prêtée, tant pour leur servir de résidence, que pour y faire les offices paroissiaux. « Cette maison s'élevait, d’après un plan de la censive de ja paroisse, à l’angle des rues Sainte-Anne et Des Jardins, » (Mss de l'abbé Beaudet), — Ils se bâtirent ensuite, sur leur terrain, d'abord une résidence temporaire, en bois, puis une maison en pierre. « Quant ‘au collège, il ne fut certainement pas bâti en pierre avant 1647, car ce fut à cette époque que les nouveaux alignements furent donnés à l’église paroissiale dont la construction commençait, et en conséquence à la rue Buade et au terrain des Jésuites. Jusque là ce terrain était aligné sur la rue de La Fabrique. La construction en pierre du collège se fit probablement cn même temps que l'église paroissiale. Lahontan qui écrivait à la fin du xvue siècle nous dit : « Leur « collège (il parle du collège proprement dit) est si petit qu’à peine ont-ils « jamais eu cinquante écoliers à la fois. C’est ce que nous voyons aussi par les renseignements qui nous sont restés de ce siècle, » (Mss de l'abbé Beaudet), — Un demi-siècle plus tard le collège et le couvent des Jésuites de Québec avaient pris de magnifiques proportions. Voir la desc'iption qu'en fait Kalm dans son Voyage en Amérique.
(3) Note de M. Laverdière, dans le Journal des Jésuites, p. 226.
Bernières commença le presbytère; et au lieu de les réclamer de suite, il préféra, comme nous l’avons vu, emprunter de M. de La Chenaie.
Les travaux de construction durent commencer en 1661; ils furent poussés avec assez de vigueur, au printemps de 1662, pour que la maison füt logeable dans l'automne, M. de Bernières y entra avec ses confrères le 5 octobre. On continua à y travailler tout l'hiver et le printemps suivant, pour finir l’intérieur. Elle était termi ‘2rsqu Mer de Laval arriva avec M. de Maizerets le 15 septemi 1663 (1).
C'était une bonne maison en pierre, parfaitement finie à l’extérieur et à l’intérieur. Le Conseil Souverain de la Nouvelle-France, créé cette année-là mème par le roi, nomma, le 21 octobre, une commission de cinq ouvriers, savoir : deux maîtres maçons, un maitre charpentier et deux maîtres menuisiers (2), pour la visiter et en estimer la valeur. L’inspection eut lieu le 14 novembre. La « maison presbytérale » fut estimée à huit mille cinq cents livres, ce qui était une somme relativement considérable pour l'époque.
Après avoir reçu le rapport assermenté des experts, le Conseil Souverain ordonna le 17 novembre que la Communauté des Habitants paierait à la fabrique la somme de six mille livres dont elle était dépos ‘re (3), puis, que les marguilliers eux-mêmes remettraient c somme à M. de Bernières pour le rembourser des avances qu . avait faites pour la construction de l'édifice. Le 17 février 166%, M. de Bernières donna une quittance géi ‘ale tant aux marguilliers qu’à la Communauté des Habitants (4
(1) Journal des Jésuites, p. 321.
(2) Leurs noms sont donnés dans la troisième des pièces publiées ci-dessous. (3) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain de la Nouvelle-France, t.1, p. 9.
(4) Nous publions ici cette pièce, qui est tout à fait inédite, la faisant précéder de trois autres, que nous mettons dans leur ordre chronologique, et dont la première et la troisième sont aussi inédites. La deuxième a été publiée dans les Jugements du Conseil Souverain. Ces quatre documents sont réunis ensemble, dans les archives paroissiales de Notre-Dame de Québee, sous le titre général : Quatre pièces d’escriplures qui concernent la somme de six mille livres reçue de la Communauté et employée a la bâtisse du presbytère.
4. Certificat de Ms de Laval, 30 octobre 1663, — Nous, Francois de Laval, par la grâce de Dieu et du Saint-Siege, évêque de Pétrée, vicaire apostolique en toute la Nouvelle-France, nommé par le Roy premier évêque du dit pays,