‹ Henri de Bernières, premier curé de Québec [microforme]Chapitre 15 sur 60 · LL À · texte numérisé non relu

LL À

— td — Telle est l’histoire de la construction du premier presbytère de

certifions à tous qu'il appartiendra qu'il a été emprunté la somme de 6,000 1, du sieur Aubert de la Chesnaye espérant la recouvrer sur la Communauté qui est dépositaire de pareille somme destinée à la bâtisse d'une maison presbytérale, sauf à desduire la somme de 700 1. ci-devant reçue à cette fin sur les deniers du 40 pour cent que l’on a employée à la bâtisse du d. presbytère sis proche l'église Notre-Dame de Québec, iequel nous sert présentement de demeure, pour la bâtisse duquel et le rendre plus logeable pour le nombre des ecclésiastiques nécessaires pour desservir la d, paroisse, Nous y aurions employé plus de 2 000 1. de notre argent, voulant concourir aux intentions de ceux qui ont donné la dite somme de 6,0 0 1, En foy de quoy Nous avons donné le présent certificat à Québec, le 30 octobre 1663, François, évesque de Pétrée.

Collationné à l'original étant au greffe du Conseil Souverain par moy greffier au dit Conseil, ce requérant Mathieu Damours, escuyer, sieur Deschauffours, conseiller du Roy au dit Conseil, marguillier de la paroisse de Notre-Dame de Québec, le dernier jour de décembre 1663 Peuvret, greffier, avec paraphe.

2. Décision du Conseil Souverain, 17 nov. 1663, — Vu au Conseil l'ordonnance du dernier octobre dernier, par laquelle, sur la demande faite par le sieur de La Ferté, conseiller en ce Conseil, au nom et comme marguillier de la paroisse Notre-Dame de Québec, de la somme de 6,000 1., destinée à la bâtisse d'un presbytère, dont la Communauté était dépositaire, ainsi que plus au long il est contenu, il fut ordonné, avant faire droit, que la maison presbytérale serait vue, visitée et estimée par experts et gens à ce connaissans; à ces fins commis d'office Jean Monfort et Jean Charlet, maitres-maçons, Jean Le Mire, maitrecharpentier, Jean et Pierre Le Vasseur, maitres-menuisiers, lesquels à cet effet feraient procès-verbal de la visite et estimation qu'ils en feraient, pour icelui rapporter et certifier véritable par leur serment, être ordonné ce que de raison ;

Procès-verbal des dits ouvriers, en date du 1% des présents mois et an, et d’eux signé, par lequel il appert, la dite maison presbytérale avoir été par eux estimée à la somme de 8,500 I. ; Acte de leur prestation de serment par devant M. le Gouverneur, étant au bas du dit procès-verbal, du dit jour 14 novembre. Tout considéré, le Conseil, après que M. l’Evesque, MM. de La Ferté et Damours, conseillers en ce Conseil, marguilliers de la dite paroisse, se sont retirés, à ordonné et ordonne que la dite somme de 6,000 1., sauf à déduire sur icelle la somme de 700 1., provenant du 10 pour cent, reçue l’année dernière, sera payée aux marguilliers de la dite paroisse, savoir : la somme de 1,500 1. par le Receveur du 10 pour cent de l’année présente, et la somme de 800 1. comptant, par le fermier des droits des pelleteries appartenans à la Communauté, et le surplus, montant à la somme de 3,000 1., sera payé par le dit fermier aux dits marguilliers dans un an, et en ce faisant il en sera tenu compte aux dits receveur et fermier, en rapportant la présente et les quittances de ce que chacun d’eux aura payé en conséquence, moyennant quoy la dite Communauté sera bien et duement déchargée du dépôt de la dite somme de 6,000 1., et demeurera la dite maison affectée à servir de presbytère à la dite paroisse de Notre-Dame de Québec. fl

Fait au Conseil Souverain tenu à Québec le 17 nov. 1663. Peuvret.

Québec (1) : il fut bâti, de 1661 à 1663, par les soins et sous la surveillance de M. de Bernières. Les marguilliers qui se trouvaient alors en charge et lui donnèrent leur concours furent MM. Damours, Gloria, Madry et Delestre.

3. Décision du Conseil Souverain, 2 janvier 1664. — A Nos Seigneurs du Conseil Souverain. Supplient humblement les marguilliers en charge de l’église de Notre-Dame de Québec, disant qu’à Votre Ordonnance en date du 17 nov. de cette année, par laquelle il est dit qu’ils recevront la somme de 6,000 I. destinée à la bâtisse d’un presbytère, il soit ajouté pour leur décharge et plus grande sûreté, qu'ils rembourseront de la somme de 6,000 1. Messire Henri de Bernières, qui a fait les avances pour bâtir la maison affectée pour servir de presbytère et estimée à la somme de 8,506 1., comme il est porté en la susdite ordonnance du Conseil. Damours, J. Gloria, Madry, Delestre, avec paraphes.

Sur la Requeste ci-dessus, et vu l'arrêt de ce Consei:, du 17 nov. dernier, il est ordonné que les marguilliers de présent en charge méttront la dite somme de 6,000 I. entre les mains du dit sieur de Bernières pour remboursement de l'avance qu'il en a faite; ce faisant, qu'ils en demeureront bien et valablement déchargés; que la dite Requeste demeurera au greffe, et que copie leur en sera délivrée, pour servir ce que de raison.

Fait au Conseil tenu à Québec le 2 janvier 166%. Mésy, Rouer Villeray, Ruette d'Auteuil.

Délivré pour copie par moi greffier et secrétaire au Conseil Souverain, à Québec, les jour et an que dessus. Peuvret, avec paraphe.

4. Quiltance de M. de Bernières, 17 fév. 1664, — Je soussigné, Henry de Bernières, faisant les fonctions curialles en l'église de Notre-Dame de Québec, confesse avoir recu des Marguilliers présentement en charge en la d. église la somme de 6,000 1. pour estre remboursé des advauces par moy faites pour la bastisse d’un presbytère : laquelle somme de 6,000 1]. aurait estée payée suivant l'ordonnance du Conseil en date du 47 nov. 1163 cux d. sieurs marguilliers par la Communauté des Habitants, à raison du dépost qui avait été faict à la d. Communauté de pareille somme de 6,000 1. destinée à la bastisse d’un presbytère; et nartant, je promets bien et deument descharger les d. sieurs marguilliers de la d. somme par moy reçue. Fait aujourd’huy, 17 février 1664. H. de Bernières.

(1) Le Conseil Souverain de la Nouvelle-France siégea au moins une fois au presbytère de Québec, savoir le 30 janvier 166%. (Jugements du Conseil Souverain, t. 1, p. 112).

LE TREMBLEMENT DE TERRE DE 1663. — COMMENCEMENTS DU SÉMI- NAIRE DE QUÉBEC. — M. DE BERNIÈRES, PREMIER SUPÉRIEUR.

On travaillait encore au presbytère de Québec, dans l'hiver de 1663, lorsqu'éclata ic fameux tremblement de terre qui répandit la terreur d’un bout à l’autre du pays, et fait époque dans les annales canadiennes. Les récits des contemporains sont tous d’ac-: cord sur son intensité prodigieuse, l'étendue et la durée de son action (1). Commencé dans les premiers jours de février, il se fit sentir plusieurs mois. On en parlait encore au bout de deux générations; et c'est sans doute d’après ce qu'il avait entendu raconter au Canada, que le savant naturaliste Kalm, qui visita la Nouvelle- France plus de trois quarts de siècle après l'évènement, écrivait :

« Au commencement de février 1663, un grand tremblement de terre s’est fait sentir à Québec et par tout le Canada: il reste encore quelques vestiges de ses ravages. » Et il ajoutait: « Aucune personne n'a perdu la vie durant cette convulsion de la nature (2). »

« La merveille, écrit de son côté M. de Latour, fut que dans un si étrange bouleversement, qui dura plus de six mois, personne pe périt, personne ne fut blessé (3). Dieu voulait sans doute convertir le pécheur, et non pas le perdre. Aussi vit-on partout de grandes conversions, même parmi les Sauvages (4). »

L'auteur fait ici ailusion aux désordres propagés dans la colonie par la vente des boissons enivrantes aux Sauvages. Ce commerce avait été prohibé par l'autorité civile, dès le commencement du pays, sous des peines très sévères; mais on s'était relâché à punir les infractions à la loi (5). Les désordres avaient pris une telle

(1) Consulter Lettres de la Mère Marie de l'Incarnation, t. 11, p. 226; Relalions dex Jésuites, 1663; Histoire de l'Hôlel-Dieu de Québec, par Sœur Juchereau, p. 142; Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 18%.

(2) Voyage de Kalm en Amérique, édit. de la Société historique de Montréal, t. 11, p. 83.

(3) « Ce qui est admirable parmi les débris si étranges et si universels, nul n’a péri, ni même a été blessé, » (Lettres de la Mère Marie de l'Incarnation, t. 11, p. 243).

(4) Mémoires sur la vie de M, de Laval, p. 189.

(5) Jugements du Conseil Souverain, t. 1, p. 8.

Le th eu

proportion que l’évêque s'était vu forcé de fulininer l'excommunication contre ceux qui en étaient la cause (4). Malheureusement les efforts généreux de son zèle venaient se briser contre l’avarice et la cupidité des marchands; et il s'était décidé à aller en France pour se plaindre à la cour et demander au Roi quelques mesures efficaces pour arrêter je fléau.

« Le zèle de la gloire de Dieu, écrivait Marie de l'Incarnation, l'a obligé d’excommunier ceux qui exerceraient le trafic des boissons. Ce coup de foudre ne les a pas étonnés. Ils n’en ont pas tenu co:snpte, disant que l'Eglise n’a point de pouvoir sur les affaires de cette nature.

« Les choses étant à cette extrémité, il s'embarque pour passer en France, afin de chercher les moyens de remédier à ces désordres. Il a pensé mourir de douleur à ce sujet, et on le voit sécher sur pied (2). » ;

Le tremblement de terre fut considéré par tous les habitants du Canada comme un avertissement du ciel, ou plutôt comme la voix de Dieu venant appuyer la parole du saint apôtre de la Nouvelle- France. Cette voix fut entendue et écoutée; toutes les chroniques de l’époque s'accordent à proclamer l’heureux changement produit dans les âmes :

« On ne saurait croire, dit Marie de l’Incarnation, le grand nombre de conversions que Dieu a opérées... Au même temps qu'il a ébranlé les montagnes et les rochers de marbre de ces contrées, on eût dit qu’il prenoit plaisir à ébranler les consciences ; les jours de carnaval ont été changés en des jours de pénitence et de tristesse ; les prières publiques, les processions, les pèlerinages ont été continuels; les jeùnes au pain et à l’eau fort fréquents; les confessions générales plus sincères qu'elles ne l'avaient été dans dans l'extrémité des malades.

€ Un seul ecclésiastique, qui gouverne la paroisse de Château- Richer, nous a assuré qu'il a fait faire lui seul plus de huit cents confessions générales. Je vous laisse à penser ce qu'ont pu faire les Révérends Pères, qui jour et nuit étaient dans les confessionnaux. Je ne crois pas que dans tout le pays il v ait un habitant quai n'ait fait une confession générale (1). »

(1) Mandemenls des évêques de Québec, t. 1, p. 14. (2) Lettres de la Mère Marie de l'Incarnation, t. 11, p. 222. (3) Ibid. t. 11, p. 268. Voir aussi Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, p. 147.

us — 90) —

- Le curé de Québec, M. de Bernières, et son assistant, M. Dudouyt, eurent leur grande part de besogne dans cette circonstance : comme leur confrère M. Morel, du Château-Richer, ils surent mettre à profit le mouvement salutaire qui entraînait les fidèles vers l’église et le confessionnal :

« Les églises ne désemplissaient pas, dit Latour, et on ne pouvait modérer la ferveur générale; surtout, pendant longtemps il ne fut plus question de cet odieux trafic des boissons enivrantes qui avaient été la première source du mal, et auquel, d’une voix unanime, tous les Sauvages chrétiens l’attribuaient (4). »

En arrivant à Québec, vers la mi-septembre 1663, M£' de Laval apprit avec une profonde douleur les calamités qui étaient venues fondre sur son peuple; mais il bénit en même temps la divine Providence qui avait tiré le bien du mal, et opéré de si heureux changements dans les dispositions de ses diocésains par rapport à la traite de l’eau-de-vie.

Le prélat, de son côté, apportait à M. de Bernières une excellente nouvelle : il avait prafité de son séjour à Paris pour fonder un séminaire à Québec. Pendant que son ami préparait la demeure matérielle qui devait être comme le berceau de cette grande institution, le prélat créait l'institution elle-même, et la faisait reconnaître par le Roi. Son mandement pour létablissement du Séminaire de Québec est du 26 mars 1663; les lettres royales, du mois d'avril suivant.

Mar de Laval amenait avec lui deux prêtres, Louis Ango de Maizerets et Hugues Pommier, et trois séminaristes (2). Ces séminaristes français ne restèrent pas longtemps au pays; mais ils furent, avec deux canadiens, Germain Morin et Louis Joliet (3), les premiers élèves du grand séminaire de Québec.

(4) Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 190.

(2) MM. Forest et Le Chevalier, et un autre dont le nom n'est pas connu. (Journal des Jésuites, p. 322).

(3) Louis Joliet reçut la tonsure et les ordres mineurs dans la chapelle de la Congrégation, au collège des Jésuites, le 10 août 1662, avant-veille du départ de Mer de Laval pour la France, Il était encore ecclésiastique le 2 juillet 1666, et soutint ce jour-là, avec Pierre de Francheville, une thèse de philosophie (lbid., p. 345); mais il dut quitter la soutane peu de temps après. C’est lui qui, avec le P, Marquette, découvrit, en 1673, le Mississipi. Le « nommé Joliet » — comme dit un certain écrivain — était Français d’origine, sans doute, mais un Canadien, né au Canada.

ET

Page 1