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LE PETIT SEMINAIRE DE QUÉBEC. — LES GRANDES CONSTRUCTIONS

Le grand séminaire existait depuis 1664, Installé d’abord au

pres il été transféré dans l'automne de 1667 à la construite par les soins de M#' de Laval et du

périeur, M. de Bernières, tout en exerçant les

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(4) irchives du séminaire de Québec.

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français et canadiens qui se préparaient au sacerdoce : il leur donnait des conférences spirituelles et théologiques; et déjà lun d'eux, Germain Morin, qui remplissait auprès de l’évêque les fonctions de secrétaire (1) et celles de greffier de l'officialité (2), avait reçu l'onction sacerdotale le 19 septembre 1665 dans l'église paroissiale de Québec, où tout jeune et durant tant d'années il avait servi comme enfant de chœur. Il célébra solennellement sa première messe le jour de la Saint-Michel dans l’église du collège es Jésuites où il avait fait ses études (3).

C'était, dit le P. Lalemant, « le premier prètre du pays. » La cérémonie de son ordination et celle de sa première messe attirèrent sans douie toute la population de Québec et des environs, et répandirent partout une sainte joie.

Germain Morin (4) et Louis Joliet, qui étaient ensemble au grand séminaire, n'étaient pas les premiers venus, et faisaient honneur aux Canadiens. Très bien doués sous le rapport de l'intelligence et des talents, ils avaient aussi des goûts artistiques : le P. Lalemant les appelle quelque part « nos officiers de musique (5). »

L'année 1668 vit la fondation du petit séminaire de Québec : il fut l’œuvre de M# de Laval, de M. de Bernières et des autres prêtres du séminaire : « Le prélat, écrit Ango de Maizerets, ne faisait rien de considérable que de concert avec nous tous (6). » Et Mer de Laval, à son tour, ne cessait de répéter, que tout le bien qu'il avait pu opérer au Canada, il l'avait fait avec le concours de son clergé.

La première maison occupée par les élèves du petit séminaire fut la maison même de Mme Couillard, dont on venait d'acquérir la propriété (7). Elle s'élevait tout près de la porte d'entrée don-

(1) Mandements des évêques de Québec, t. 1, pp. 16, 53.

(2) M. Dudouyt fut nommé promoteur, et M. Morin, greffier de l'officialité le 20 octobre 1663. (Archives de l’archevêché de Québec).

(3) Jeurnal des Jésuiles, p. 335.

(4) Une sœur de Germain Morin devint religieuse à l'Hôtel-Dieu de Montréal, et écrivit les annales de cette communauté. Ces annales, demeurées manuscrites, ont été souvent consultées et citées par nos historiens.

(5) Journal des Jésuites, p. 330.

(6) Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 3%.

(7) C'est dans cette maison que le P. Le Jeune célébra la messe à son arrivée à Québec en 1632 : « Nous allâmes célébrer la sainte messe en la maison la plus ancienne de ce pays-cy : c’est la maison de Mme Hébert (mère de

nant sur le jardin du séminaire tel qu'il était avant les nouvelles constructions (1). Voilà le berceau du petit séminaire de Québec.

Il y avait un noyau d'élèves tout prêt pour la nouvelle institution : c'étaient les enfants de chœur dont la paroisse payait la pension chez les Jésuites. Nous voyons en effet que « la fabrique donnait annuellement 600 |, au Frère Joseph pour la pension des enfants de chœur. » À quelques-uns d’entre eux, comme Charles- Amador Martin, par exemple, fils d'Abraham Martin, elle fournissait même des souliers et des hardes \2).

Il n’y eut d’abord que deux enfants de chœur ainsi entretenus et pensionnés par la fabrique; mais en 1659, à l'arrivée de l’évêque, le nombre en fut porté à quatre. Ceux qui, cette année-là, bénéficiaient de cette pension étaient le jeune Boutet, fils de Martin Boutet. Germain Morin, Charles-Amador Martin, et Véron ou Porpeau. Il y en avait un autre, Joseph Dubuisson (3), à qui les Jésuites fournissaient la pension gratis (4).

Voici, d'après un vieux manuscrit (5), à quelle occasion et dans quel but fut établi le patit séminaire de Québec :

« On à commencé le patit séminaire le 1°" octobre 1668 après

Mwe Couillard), qui s’est habituée auprès du fort, du vivant de son mary. Elle a une belle famille; sa fille est icy mariée à un honnête Français. Dieu les bénit tous les jours; il leur a donné de très beaux enfants; leur bétail est en très bon point, levrs terres leur rapportent de bon grain. Quand ils virent arriver ces pavillons blancs sur les mats de nos vaisseaux, ils ne savaient à qui dirent leurs contentemant; mais quand ils nous virent en leur maison pour y dire la sainte messe, qi ‘1s n'avaient point entendue depuis trois ans (les années d'occupation du pay: par les Anglais), bon Dieu, quelle joyel! Les larmes tombaient des yeux quasi à tous, de l'extrême contentement qu'ils avaient, O que nous chantâmes de bon cœur le Te Deum laudamus! c'était justement le jour de l'octave de saint Pierre et saint Paul, Le Te Deum chanté, j'offris à Dieu le premier sacrifice à Kébec. » (Relations des Jésuites, 1632, p. 8).

(1) Voici ce que je trouve dans mon Journal, à la date du 26 octobre 1666 : a Depuis deux jours on fait des fouilles au jardin du séminaire, près de la porte d'entrée. On a trouvé les fondations de la maison de Mwe Couillard, peut être la première maison de la haute ville, que Mer de Laval avait achetée pour ) commencer le petit séminaire, »

(2) Archives paroissiales de Notre-Dame de Québec,

(3\ Probablement le neveu de ve Couillard, fils de Jean Guyon du Buisson et d'Elisabeth Couillard, Il éponsa à Québec le 29 janvier 167% Geneviève Cloutier, petite-fille de Zacharie Cloutier, du Perche.

(4) Journal des Jésuites, p. 268.

(5) Publié dans l’Abeille du petit séminaire de Québec, vol, 1, n° 26.

avoir surmonté plusieurs difficultés. Les motifs furent pour tirer les enfants de la corruption du siècle, du libertinage où le naturel du pays les porte, les disposer à l'état ecclésiastique et les faire servir à l’église avec décence, en leur apprenant le plain-chant et les cérémonies.

« Ce qui donna occasion à cet établissement fut que M. Talon, intendant, reçut ordre de la cour de travailler à franciser les sauvages, et, pour y réussir, proposa à Ms de Laval d'élever des enfants de la nation des Hurons, et aux Jésuites, des Algonquins; et comme, pour les franciser, il était nécessaire de les mêler à d'autres enfants français, l’on retira du collège des Jésuites, qui tenaient des pensionnaires, tous ceux dont on payait la pension en toutou en partie (1). L'on fit pour ce sujet accommoder promptement la vieille maison où avait logé Mme Couillard... Il (le petit séminaire) fut composé de huit Français et six Hurons, qui entrèrent le jour de la Saint-Denis... »

M. de Bernières était le supérieur général du grand et du petit séminaire, Son assistant, M. de Maizereis, fut le premier directeur des écoliers (2). On lit dans un ancien document : « M. de Maizerets quitta son pays uniquement pour l'œuvre du petit séminaire (3). »

Les élèves allaient en classe chez les Jésuites : au séminaire, ils avaient des répétiteurs, et on formait leur éducation en vue surtout de l’état ecclésiastique auquel il étaient censés appelés.

La maison de Mme Couillard devint bientôt insuffisante pour le nombre des élèves. Après le retour de M#r de Laval de son second voyage en France, en 1675 (4), on fit batir un édifice en pierre « à

(1) Les enfants de chœur dont il a été parlé plus haut.

(2) Après lui, c'est un prêtre canadien, Ignace-Germain Hamel, qui fut employé « à instruire les jeunes gens du petit séminaire, » Il était chanoine, et « presque toujours malade. » Dans un document du 21 septembre 1718, il est appelé « préfet des enfants du petit séminaire » Il y avait à celte date sept prêtres résidants au séminaire de Québec : cinq français, M. de Maizerets, supérieur, M. Glandelet, assistant, M. Thibout, curé de Québec, et son vicaire M. de Royer, puis M. de Requeleyne, « ancien curé de la Rivière-Ouelle et de la Grande-Anse ; » et Geux canadiens, M, Hamel, et M. de Varennes, procureur, (Documents de Paris, Eglise da Canada, t. 1, p. 76).

(3) L’Abeille, vol, 11, n° 15.

(4) I était parti dans l'automne de 1671, et ne revint qu'au printemps de 1675, avec le titre d'évêque de Québec. — Il eut pour successeur comme évêque de Pétrée un Polonais, Mer Albert Stavouski, nommé en mars 1676. (Documents copiés an Vatican),

angle droit avec la paroisse (1) et attenant au chevet de l’église. Cette construction qui se dirigeait vers le petit séminaire actuel fut, quelques années plus tard, réunie par un corridor avec le grand corps de logis... Elle fut prête en 1677. M#r de Laval en fit la bénédiction solennelle le 7 décembre, et le lendemain, jour de l'Immaculée-Conception, les élèves y entrèrent. Il y avait un peu plus de neuf ans qu'ils demeuraient dans le premier petit séminaire de l’Enfant-Jésus (2). »

Il y eut communion générale. On chanta tout d’abord le Veni Creator, ainsi que les litanies de l’Enfant-Jésus, auquel était consacré le petit séminaire. L’image de la Sainte-Famille fut portée solennellement en procession. L'évêque prononça une pieuse allocution; puis l’on chanta le psaume Leætatus sum, dans lequel le prophète se réjouit à la pensée qu'il va entrer bientôt dans la maison de Dieu. C'était bien, en effet, la maison du Seigneur, ce petit séminaire où devaient se former à la piété et se préparer au sacerdoce tant de générations.

Voici les noms de ceux qui entrèrent le 8 décembre 1677 dans le Petit Séminaire du nouveau bâtiment — c'est ainsi qu'on appelait la nouvelle construction :

« Jean-François Buisson; François Grouard; les deux Laval, frères (neveux de l’évêque); Aug. de Tilly; Etienne Volant: Jean- François Buisson de Saint-Cosme; Jean Bissot: Denis de Peurvret ; Jean Soumande; Aug. de Repentigny; Philippe Boucher; Alexandre de Peuvret; Alexandre Lavallière; Daniel Latouche.

« Le même jour entrèrent au grand séminaire : MM. Thury; Claude Denis; Pierre Volant; Pinguet: Vachon; Mathieu Damours; Jean Guyon (3). »

M# de Laval ayant ainsi convenablement logé les élèves du petit séminaire, en 1677, pouvait l’année suivante démolir la maison de Mme Couillard et commencer la construction du sémipaire proprement dit, tout ce qu’il avait bâti jusque là n'étant que temporaire. Il posa solennellement la première pierre de l'édifice

(1) C'est pour se procurer le moyen de bâtir que Msr de Laval avait fait échange de l'ile d'Orléans pour l'ile Jésus, recevant 25,090 fr. de retour. (Lettre de M, Dudouyt, 1677).

(2) Mss de l'abbé Beaudet.

(3) L'Abeille, vol. :, n° 26.

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en mai 1678, et partit pour l’Europe dans le cours de l'automne.

C'est toujours à son grand vicaire M. de Bernières qu'il confiait l'administration de son diocèse durant ses absences. La première fois qu'il passa en Europe, M. de Bernières administra le diocèse conjointement avec M. de Lauson-Charny (1). Durant son second voyage, M. Dudouyt fut adjoint à M. de Bernières en cas de mort ou d’impossibilité quelconque d’administrer le diocèse (2). Cette fois-ci, M. de Maizerets reçut, le 4 novembre 1678, des lettres de grand vicaire en même temps que M. de Bernières (3).

Tout en remplissant ses fonctions de curé de Québec, de supérieur du séminaire et de grand vicaire du diocèse, M. de Bernières devait srrveiller les travaux de construction du nouvel édifice : quelle lourde charge sur les épaules d’un seul homme!

Lorsque l’évêque revint au Canada en 1680, la construction était très avancée. Elle fut logeable en 1681, mais on continua à y travailler les années suivantes.

C'était un bâtiment en pierre, à deux étages avec des soupiraux, du côté du sud-ouest; à trois étages avec des soupiraux, du côté du nord-est. Les caves, le rez-de-chaussée du côté du jardin, et même le couloir du rez-de-chaussée du côté de la cour (#4) étaient complètement voûtés. Le toit était en ardoise.

L'édifice avait une belle apparence: il était d'une solidité à toute épreuve. La façade principale donnait sur le jardin et sur le fleuve. Il y avait deux pavillons, un à chaque extrémité de l'édifice. L'un de ces pavillons prolongé plus tard, de 1690 à 1698, du côté de la cathédrale, devint le petit séminaire, remplaçant la maison que l’on avait bâtie au chevet de l’église.

(4) M. de Lauson-Charny retourna en France en 1671 pour ne plus revenir au Canada.

(2) Archives de l’archevêché de Québec, Lettres de grand vicaire à M. de Bernières, 20 oct. 1671.

(3) 1bid.

(4) Il y a aujourd’hui dans cette cour un orme magnifique, que nous avons vu planter nous-même, et au sujet duquel nous trouvons dans les Mss de l'abbé Beaudet la note suivante : « Il fut planté en 1860 par M. Octave Audet, chapelain de Sillery (alors directeur du petit séminaire), lors de la visite du prince de Galles au Canada, Il y avait dans le tronc de cet arbre une fissure, dans laquelle on a introduit une statue de la sainte Vierge en porcelaine avec les noms de tous ceux qui habitaient le séminaire. Cette fissure s’est refermée depuis. »

Vers le milieu de cette aile se trouvaient la chapelle et le parloir. On y arrivait du dehors par une ruelle de vingt-cinq pieds de largeur, qui passait sur le terrain en avant de l’archevêché actuel et que l’on appelait rue du Parloir (1).

Frontenac, qui vit construire l'édifice principal du séminaire vers Ja fin de sa première administration, ne pouvait en croire ses yeux. Cet homme, « avec ses qualités militaires et ses grands talents de société et d'administration, avait la faiblesse de vouloir primer en tout. Îl trouvait que l’évêque devait être puissamment riche pour bâtir une maison aussi dispendieuse. » Voici ce qu'il disait en 1679 pendant la construction même :

« M. l'Evêque empèche lui-même qu'on en puisse douter (de son revenu) par les grands et superbes bâtiments qu'il fait faire à Québec, quoique lui et ses ecclésiastiques fussent déjà logés plus commodément que les gouverneurs (2); le palais qu’il fait faire, au dire du Frère Luc (3), Récollet, qui en a donné le dessin, et qui en pourra rendre témoignage, coûtera plus de 400,000 livres. Cependant, nonobstant les autres dépenses que fait M. l'Evèque, la plupart non nécessaires, il en a déjà fait faire le quart en deux ans; le bâtiment est fort vaste et à quatre étages (#): les murailles ont sept pieds d'épaisseur, les caves et les offices sont voütés; les fenêtres d’en bas sont faites en embrasures, et la couverture est d’ardoise toute apportée de France.

« Mais ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que ce palais est situé an milieu d’un jardin, qui a été dressé à force de mines et aplani par le moyen de terres apportées d’en bas au haut du rocher sur leqnel il est, et qui occupe le seul endroit où l'on peut faire un fort pour la défense de la rade de Québec et des vaisseaux, et que l’on ne saurait défendre par aucune batterie si on ne la fait dans ce jardin (5). »

(1) Ne pas confondre cette rue du Paloir du séminaire avec la rue du Parloir des Ursulines.

(2) Dans le presbytère, avec l'agrandissement dont nous avons parlé.

(3) François Luc, natif d'Amiens. « Excellent peintre, dit Tanguay, il passa au Canada, où il a laissé des peintures remarquables. » (Répertoire du clergé canadien). D'après Frontenac, ce serait lui qui aurait dressé les plans du séminaire de Québec,

(4) Du côté du jardin, et y compris le toit,

() Mss de l'abbé Beaudet,.

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