‹ Henri de Bernières, premier curé de Québec [microforme]Chapitre 19 sur 60 · M, NÉS · texte numérisé non relu

M, NÉS

Ce qui faisait la richesse du séminaire, c'était l'esprit de désintéressement de son fondateur, Mar de Laval, et de ses collaborateurs. Ils vivaient tous avec la plus grande simplicité, ne prenant que ce qu'il fallait absolument pour leur subsistance sur les six mille livres allouées chaque année pour l'Eglise du Canada (1), et consacrant le reste à l’œuvre du séminaire. La plupart avaient en France des biens patrimoniaux : tout fut abandonné au séminaire ; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que la mise de chacun n'est mentionnée nulle part : tout se perd dans la protondeur de l'oubli le plus désintéressé. M. de Bernières passa en France en 1672 (2), non pas tant pour revoir sa famille que pour réaliser une partie de son patrimoine et la donner au séminaire, en vue des constructions que l’on allait commencer.

C'est avec ses ressources personnelles et celles de ses collaborateurs que Mer de Laval put acquérir pour le séminaire le terrain Couillard, ainsi que la seigneurie de Beaupré et de l'ile d'Orléans (3) : avec ces ressources, également, il put entreprendre la construction de ces édifices dont les vastes proportions étonnaient Frontenac. En 1692, le prélat estimait à 50,000 écus ce que lui avait coûté le logis principal de son séminaire. C'est aussi l'estimation qu'en faisait Bacqueville de La Potherie.

Voici la description que cet auteur donnait du séminaire de Québec en 1700, l'année même de la mort de M. de Bernières :

« Le séminaire de Québec est tout proche de la cathédrale ; M. de Laval en est le fondateur. Il est sur la plate-forme de la pointe qui donna le nom de Québec. La face, qui regarde le canal

(4) « Sa Mijesté fait une gratification de 6,000 livres à M. l'Evêque de Pétrée pour subvenir à ses nécessités personnelles, à celles de ses prêtres et dé son Eglise, dont il ne manquera pas de faire un bon usage. » (Archives du Ministère des colonies, Canada, correspondance générale, vol. m1, Lettre de Colbert à Talon, avril 1667).

(2) I fut absent une année, durant laquelle M. Dudouyt administra le diocèse, et M. de Maizerets fut curé de Québec et supérieur du séminaire,

(3) Le « lieu seigneurial » était Château-Richer; c'est là que se rendaient « tous les devoirs seigneuriaux, aveux, foy et hommages, cens et rentes, lods et ventes, et tous autres droits de quelque nature qu'ils puissent être. » (Ordonnance de Mer de Laval, 28 avril 1667) Pierre Gagnon fut chargé d'y surveiller « la bâtisse d’une maison de pierre, » et Msr de Laval « lui avait mis en mains une somme d'argent, » dont il donna quittance le 20 novembre 1667, (Archives du séminaire de Québec),

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(le fleuve), accompagnée de deux pavillons, forme la plus belle vue de la ville. L’aile gauche, où est renfermée la chapelle, a deux cent vingt pieds de long, et la largeur du bâtiment est de trente pieds en dehors.

« La chapelle avec la sacristie a quarante pieds de long. La sculpture, que l’on estime dix mille écus (trente mille francs), en est très belle : elle a été faite par les séminaristes, qui n'ont rien épargné pour mettre l'ouvrage dans sa perfection.

« Le maitre-autel est un ouvrage d'architecture à la corinthienne; les murailles sont revêtues de lambris et de sculptures, dans lesquelles sont plusieurs grands tableaux. Les ornements qui les accompagnent se vont terminer sous la corniche de la voûte, qui est à pans, sur lesquels sont des compartiments en losange, accompagnés d’ornements de sculptures peints et dorés.

« Cette maison a coûté environ cinquante mille écus.. Il y a trente deux ecclésiastiques (prêtres) attachés à cette maison (1), sept missionnaires dans le Mississipi (2), quatre dans l’Acadie, huit frères, qui sont des personnes attachées pour toute leur vie à une communauté, où ils font les fonctions de domestiques.

« Ils ont quatre vingts pensionnaires, qui vont au collège des Jésuites. Leurs habits sont uniformes, ayant un capot bleu à la Canadienne, sur lequel il y a un passe-poil blanc d'étofte.

« Les caves sont d’une grande beauté. On dirait, en hiver, que ce serait un jardin, où tous les légumes sont par ordre, comme dans un potager (3). »

(4) La plupart des curés appartenaient encore au séminaire, conformément à l'institution de Msr de Laval.

(2) Il y avait deux ans que la mission des Tamarois et du Mississipi avait été confiée aux prêtres du Séminaire des Missions-Etrangères de Québec par Mer de Saint-Vallier, conformément à l’une des fins de leur institut. (Mandements des évêques de Québec, t. 1, pp. 377, 380, 49).

(3) Histoire de l’'Amerique septentrionale, t. 1, p. 235.

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